Le plan 15 000 places de prison, trop tard, trop cher

La Cour des Comptes a publié en décembre 2025 un audit flash intitulé « Le plan 15 000 places de prison : une ambition forte,  une concrétisation laborieuse. »  Elle relève l’important retard pris par la réalisation du plan et s’inquiète de la dérive des coûts.

Le rapport rappelle les objectifs de ce plan annoncé en 2017 pour dix ans : répondre à la surpopulation chronique des établissements pénitentiaires et engager une diversification des structures de prise en charge des condamnés, en privilégiant celles orientées vers la réinsertion. Il s’agissait de porter le nombre de places de prison opérationnelles à 75 000 et de porter le taux d’encellulement individuel de 37,2% en 2015 à 80% en 2027.

La prévision de 75 000 détenus en 2027 a été dépassée dès novembre 2023 : le nombre de détenus a poursuivi sa trajectoire ascendante pour atteindre 84 555 détenus au 18 septembre 2025 pour 62 685 places disponibles, soit une densité carcérale moyenne de 135 %.

Par ailleurs, le Plan 15 000 a pris un retard considérable. Sept années après son lancement, en septembre 2025,  un tiers seulement des places prévues a été livré : 7 384 places « brutes », mais 5 411 places « nettes » compte-tenu de la fermeture nécessaire de près de 2 000 places dans des établissements obsolètes. Les raisons de ce retard massif sont multiples, mais la principale consiste dans la difficulté à identifier et acquérir des terrains, procédure souvent freinée par des règlementations environnementales et  retardée par des contentieux.

La Cour des Comptes insiste sur le dérapage des coûts du programme. « Le coût prévisionnel du Plan 15 000 a augmenté de 46 % par rapport aux estimations initiales du ministère de la justice, lit-on dans le rapport d’audit : il est passé de 3,9 Md€, en 2019, à 5,7 Md€ en juin 2025. Les causes de cette augmentation sont multiples : exogènes, comme l’inflation, et endogènes, comme les évolutions dans le choix des implantations, les modifications des programmes immobiliers et les aléas rencontrés sur les chantiers.

Causes du surcoût du centre pénitentiaire de Bordeaux Gradignan : 136,5m € prévus en 2018, réestimés à 191,5m€ en 2025 (+40%)

Cette charge est difficile à financer par le budget immobilier du ministère de la justice qui doit faire face à d’autres impératifs. « Le parc pénitentiaire est en effet vieillissant, ce qui impliquera des dépenses d’entretien élevées et la nécessité de procéder à la rénovation lourde des huit établissements pénitentiaires les plus vétustes, estimée, à elle seule, à 1,2 Md€. S’y ajoute le paiement contractuel des loyers des prisons réalisées en partenariats public-privé (PPP) jusqu’en 2038. Enfin, d’autres priorités sont apparues, comme l’aménagement de prisons de haute sécurité, qui a été décidé par le garde des sceaux et qui impose, elles aussi, la mobilisation rapide de financements. »

Il faut également tenir compte du plan d’urgence de fabrication en préfabriqués de quartiers de semi-liberté, décidée par le ministère pour un budget d’environ 300 millions d’euros. Le Cour des Comptes s’inquiète du fait que cette dépense s’ajoutera à celles liées à la réalisation du Plan 15 000. Elle exprime aussi un doute sur l’estimation des coûts de cette opération et sur sa faisabilité, compte-tenu « du fait qu’aujourd’hui les personnes incarcérées présentent en moyenne des difficultés sociales, sanitaires et de réinsertion plus lourdes que les publics de milieu ouvert, avec des risques de réitération accrus. »

Dans le contexte d’extrême tension budgétaire actuelle, l’immobilier pénitentiaire sera probablement soumis à de sévères restrictions. Il est clair que la création de nouvelles prisons ne constitue pas une solution à la surpopulation carcérale, qui atteint un niveau insoutenable. « Le ministère, conclut le rapport, gagnerait à mettre en œuvre des solutions alternatives à l’incarcération, moins onéreuses et à l’efficacité comparable en matière de lutte contre la récidive. »

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