Le souper d’Emmaüs selon le Caravage

Parmi les merveilles de la National Gallery à Londres, un tableau m’a particulièrement frappé : Le souper d’Emmaüs, peint par Michelangelo Merisi de Caravaggio (le Caravage) en 1601.

Il se réfère à un épisode troublant de l’Évangile de Luc. Trois jours après sa mort, deux disciples de Jésus sont en chemin entre Jérusalem et le village d’Emmaüs. Un homme s’approche d’eux, fait route avec eux. En chemin, il apprend qu’ils sont consternés parce ce que le prophète puissant en œuvres et en paroles qu’ils suivaient a été crucifié.

« Lorsqu’ils furent près du village où ils allaient, il parut vouloir aller plus loin. Mais ils le pressèrent, en disant : reste avec nous, car le soir approche, le jour est sur son déclin. Et il entra, pour rester avec eux. Pendant qu’il était à table avec eux, il prit le pain ; et, après avoir rendu grâces, il le rompit, et le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent ; mais il disparut de devant eux. »

Le souper d’Emmaüs, Le Caravage, 1801, National Gallery, Londres

Le tableau du Caravage saisit ce moment de la reconnaissance. Quatre personnages sont en présence. Au centre de la scène, un homme jeune, imberbe, yeux clos comme absorbé par une mission, lève la main droite en signe de bénédiction. Debout aux côtés de cet homme, l’aubergiste semble indifférent à ce qui se passe.

Au premier plan, deux hommes pauvrement vêtus semblent interloqués. Celui de gauche bondit de son siège. Celui de droite, qui porte la coquille des pèlerins de Saint Jacques, écarte les bras dans un geste d’effarement. On imagine leur confusion quand, quelques instants plus tard, le convive disparait de devant eux. Il était là, physiquement présent, partageant le pain, la volaille et les fruits et soudain il est absent. Il avait les traits d’un jeune homme d’un autre monde, mais il se révèle comme le leader qu’ils ont suivi pendant des mois.

Cinq ans après ce souper à  Emmaüs, le Caravage réalisa une autre toile sur le même thème. Il est exposé à la pinacothèque de Brera à Milan. La composition est semblable : autour d’une table, les trois marcheurs vers Emmaüs, deux disciples de Jésus et celui qui a marché avec eux ; debout, l’aubergiste, est ici accompagné par une autre employée de l’auberge. Il y a des différences majeures avec le tableau de 1601. Le personnage central n’est plus un jeune homme imberbe, mais un homme d’âge mur barbu, selon l’iconographie habituelle du Christ. Les disciples ne sont plus représentés comme des hommes du peuple. Ils sont intéressés, mais pas frappés de stupeur comme dans le premier tableau. Peut-être le Caravage était-il devenu plus sage ?

Le souper d’Emmaüs, le Caravage, 1601, pinacothèque de Brera, Milan

 

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