Trois chercheurs en sociologie, issus de la Direction des services pénitentiaires d’Outre-mer et de Sciences Po, ont publié en mars 2025 un rapport sur les factions criminelles brésiliennes en Guyane.
Des factions criminelles originaires du Brésil sont en compétition pour maîtriser la chaîne de valeur d’activités illicites en Guyane : cocaïne, orpaillage illégal, prostitution, blanchiment d’argent. La frontière avec le Brésil (730 km) avec le Surinam (510 km) est si longue que son franchissement pour des activités illégales est aisée.
Le rapport retrace l’itinéraire fictif, mais basé sur des faits réels, de Lucas, natif d’Oiapoque, à la frontière de l’État d’Amapá (Brésil) et de la Guyane. Sa famille s’installe à Cayenne lorsqu’il a 6 ans. Il entre en contact avec le milieu criminel dès l’âge de 12 ans, au sein de son quartier, par l’intermédiaire de ses amis de la rue.

Il intègre à l’âge de 15 ans une faction criminelle, le Comando Vermelho. Il est baptisé par la faction lors d’un rite au cours duquel lui est attribué un numéro à cinq chiffres, marque indélébile de son appartenance à l’organisation. Ce numéro, il le portera à vie, à la fois symbole et preuve de son engagement irréversible dans la faction.
Lucas aura donc été baptisé deux fois, enfant dans une église évangélique à Oiapoque, adolescent dans le Comando Vermelho.
« Au fil des années, lit-on dans le rapport, Lucas s’est fait tatouer plusieurs symboles sur le corps, chacun racontant une partie de son parcours criminel : les braquages qu’il a commis, le meurtre qu’il a perpétré. Ces tatouages ne sont pas seulement des marques corporelles, mais également des symboles de son appartenance. Le sang versé est inscrit sur sa peau comme une preuve de sa fidélité. »
