Criminocorpus, Musée d’histoire de la justice, des crimes et des peines, a consacré une exposition virtuelle aux prisons de Guillaume Apollinaire.
Du 7 au 12 septembre 1911, Wilhelm Apollinaris de Kostrowitzky, connu comme Guillaume Apollinaire, a été incarcéré à la Maison d’arrêt de la Santé à Paris. Durant sa détention, il rédigea une série de courts poèmes qui, sous le titre « À la Santé », furent par la suite intégrés au recueil « Alcools ». Au lendemain de sa mise en liberté provisoire, il signa également, pour un quotidien parisien, deux articles dont l’un qu’il titra « Mes prisons ».
L’historien Franck Balandier a placé cette incarcération dans son contexte. Se fondant sur le récit qu’en a fait le poète et des documents d’époque, il raconte heure par heure six journées qui l’ont profondément marqué.
Guillaume Apollinaire était suspecté d’avoir recélé trois statuettes ibériques qu’un de ses amis, Géry Pieret, avait volées au musée du Louvre. De fait, il avait eu en mains une statuette, et l’avait vendue pour 50 francs à un autre ami, Pablo Picasso. Mais les statuettes avaient été restituées au Louvre par l’intermédiaire de journaux. Apollinaire bénéficiera d’un non-lieu le 12 janvier 1912.
On lira ci-dessous trois des six poèmes qui composent « À la Santé ».
Avant d’entrer dans ma cellule
Il a fallu me mettre nu
Et quelle voix ulule
Guillaume qu’es-tu devenu
Le Lazare entrant dans la tombe
Au lieu d’en sortir comme il fit
Adieu adieu chantante ronde
Ô mes années ô jeunes filles
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Non je ne me sens plus là
Moi-même
Je suis le quinze de la
Onzième
Le soleil filtre à travers
Les vitres
Ses rayons font sur mes vers
Les pitres
Et dansent sur le papier
J’écoute
Quelqu’un qui frappe du pied
La voûte
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Que lentement passent les heures
Comme passe un enterrement
Tu pleureras l’heure où tu pleures
Qui passera trop vitement
Comme passent toutes les heures

