Mes bonnes, mes pauvres, mes chères sœurs

La visite commentée du château de Cadillac sur Garonne et de l’église Saint-Martin toute proche nous a fait découvrir un personnage attachant : Alcide Vital Lataste, devenu frère Jean-Joseph chez les Dominicains. Il a été surnommé « l’apôtre des prisonniers ».

 Transhumances a rendu compte de l’exposition « Effacées, l’enfermement au féminin au château de Cadillac, 1822-1951 ». La direction du château propose des visites guidées faisant revivre la longue histoire pénitentiaire de ce lieu. Chacune des pièces, aujourd’hui décorées de tapisseries, de sculptures et de peintures du dix-septième siècle, est replacée dans le contexte carcéral de la maison de force et de correction et de l’école de préservation que fut le château au dix-neuvième et vingtième siècles.

Dans l’église Saint-Martin, une chapelle conserve le souvenir d’Alcide Vital Lataste, né en 1832 à Cadillac. Bien qu’ayant étudié au petit séminaire à Bordeaux, ce n’est qu’à l’âge de 25 ans qu’il décida de devenir religieux et prêtre. Il avait exercé le métier d’inspecteur des impôts à Privas, Pau et Nérac. À Privas, il était tombé amoureux d’une jeune fille, que sa famille avait éloignée.

Statue du père Lataste dans l’église St Martin de Cadillac

Dans les villes où il était muté, Alcide participait à l’œuvre de charité des Conférences de Saint Vincent de Paul, d’où naquit par la suite l’œuvre de la visite de détenus dans les prisons. C’est dans l’ordre de Saint-Dominique, réinstallé en France par Henri Lacordaire après son interdiction par la Révolution, qu’il décida de mener sa vie. Son modèle : Marie-Madeleine, que la tradition identifiait alors comme Marie de Béthanie, une prostituée repentante disciple de Jésus.

En 1864, Lataste revint dans sa ville natale pour prêcher une retraite aux quelque 400 femmes incarcérées dans la maison de force et de correction. Il s’adressa à elles en ces termes : « Je vous appelle : mes bonnes, mes pauvres, mes chères sœurs. Et ce n’est pas là une parole banale […]. D’où vient que vous m’êtes si chères, vous que le monde oublie et méprise ?… C’est que nous sommes les ministres d’un Dieu qui vous aime, malgré vos souillures, d’un amour sans égal ici-bas, d’un Dieu qui vous poursuit de son amour sans cesse. »

Le château de Cadillac, alors maison de force et de correction

Il faut souligner que les « souillures » renvoient à des délits et des crimes jugés sur une échelle différente aujourd’hui d’il y a deux siècles : le vol était puni plus sévèrement que l’infanticide. Elles ont aussi une connotation fortement sexuelle, liée au dévergondage et à l’immoralité.

Le frère Jean-Joseph revint l’année suivante prêcher la retraite. Il sortit de cette expérience forte avec l’idée de créer une congrégation religieuse qui recevrait celles des détenues qui le souhaiteraient, lors de leur libération. Il ne serait pas seulement question de les héberger, mais de les accueillir au même rang que les religieuses venues du monde libre. Il exposa son projet dans une brochure intitulée « les Réhabilitées ». Il créa avec une sœur dominicaine, Henri-Dominique Berthier, la maison des sœurs de Béthanie.

Porte dans l’ancienne prison

Il peut sembler étrange de proposer à des femmes qui sortent d’incarcération de vivre sous le régime de la clôture. Mais l’intuition des Sœurs dominicaines de Béthanie, c’est que « Dieu ne regarde pas ce que nous avons été, il n’est touché que de ce que nous sommes. »

Jean-Joseph Lataste, qui avait toujours été de santé fragile, mourut à l’âge de 37 ans. Il fut déclaré Bienheureux, étape vers la canonisation, par le pape Benoît XVI en 2012.

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