Le musée d’ethnographie de la ville de Bordeaux, rouvert récemment, présente une exposition intitulée « nommer le vivant, dire le monde ».
Ce tout petit musée, situé dans un bâtiment de l’Université Bordeaux Victoire, a été créé en 1894. Son histoire est liée à la faculté de médecine, qui formait des médecins de marine. Ils parcouraient le monde entier et lui apportaient des objets des objets caractéristiques des peuples rencontrés. Le musée n’expose pas sa collection permanente, mais propose des expositions temporaires en écho aux recherches scientifiques.
L’exposition « nommer le vivant, dire le monde » s’ouvre par un cabinet de curiosité. On y présente des vivants dont la description ne suffisait pas, il fallait les nommer. Au fond de la salle est présentée la classification périodique des éléments initiée par Mendeleiev. Un panneau est consacré à Antoine Laurent Lavoisier (1743-1794). C’est lui qui, dans deux ouvrages fondateurs de la chimie moderne, donna leur nom au carbone, à l’oxygène, à l’hydrogène et à l’azote.

Donner un nom est un acte fondateur. Le nom qu’on attribue à un nouveau-né en dit beaucoup sur le positionnement qu’on entend lui donner par rapport à sa famille et à son environnement. L’exposition propose une promenade au cimetière des chiens d’Asnières, à la recherche des noms attribués aux toutous au long de l’histoire.
En biologie, nommer c’est donner une existence à une espèce et l’accrocher à une famille. Depuis Linné, les noms scientifiques sont en latin. Mais les scientifiques ne sont pas départis d’humour. On apprend ainsi que « le Dermophis Donaldtrumpis est un amphibien nommé d’après le président américain parce qu’il « enfouit sa tête dans le sable » à l’instar de celui qu’on accuse de déni climatique. »

Un être étrange, le Physarum polycephalum ((« petite vessie à plusieurs têtes », 1822), a été surnommé « blob », en référence à un film de science-fiction mettant en scène un extraterrestre géant et gélatineux. On apprend qu’il vit « dans les milieux humides des forêts. Il mange et se déplace comme un animal et génère des pigments (jaunes) comme une plante (…) Espèce unicellulaire cousine des amibes, sa cellule contient des milliers de noyaux et double de taille tous les jours, ce qui en fait un organisme fascinant et monstrueux. »
Une salle a été dédiée à une tout autre exposition, intitulée « broder l’Inde, instantanés de vie à Pondichéry ». Sont présentées neuf tentures brodées données au musée par l’association Brodindra. Après la visite plutôt austère des salles scientifiques, on est saisi par les couleurs et la vivacité des scènes représentées.
