Inégalités en Grande Bretagne

  

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Le quotidien britannique The Guardian s’est fait l’écho récemment des recherches d’un universitaire de Sheffield, Danny Dorling, qui tendent à prouver que les inégalités s’accroissent en Grande Bretagne, malgré les politiques impulsées par le Parti Travailliste.

Dorling indique qu’à Londres, les 10% les plus riches ont un patrimoine moyen de £933.563 contre un maigre £3.420 pour les 10% les plus pauvres, soit un facteur 273. « L’écart de richesse a produit un inquiétant écart de santé. L’espérance de vie à la naissance du groupe le plus riche croit chaque année d’un an, alors que les plus pauvres ne voient presque aucun accroissement. En 2008, une femme née dans les quartiers huppés de Kensington et Chelsea pouvait espérer jusqu’à 88 ans et neuf mois – un an auparavant elle aurait pu atteindre 87.9 ans. A Glasgow, par contraste, les femmes peuvent espérer vivre jusqu’à 77.1 ans en 2007, mais elles n’ont gagné qu’un mois en 2008 pour atteindre 77.2 ans. »

Danny Dorling souligne que les riches tendent à se séparer du reste de la société, à vivre dans des quartiers isolés, à envoyer leurs enfants dans des écoles différentes. Cette ségrégation choisie peut avoir un effet négatif pour le Parti Conservateur : son électorat est de plus en plus concentré dans quelques circonscriptions. Comme l’élection est par scrutin uninominal à un tour, le parti manque d’électeurs dans les circonscriptions populaires : le Parti Travailliste pourrait remporter plus de sièges aux élections du 6 mai même s’il obtient moins de voix.

Le chercheur identifie six ensembles de croyances – élitisme, exclusion, préjugé, avidité et désespoir, qui remplacent les cinq fléaux sociaux à l’aube de l’Etat Providence : l’ignorance, le besoin, l’oisiveté, la misère noire et les maladies. Il considère que les politiciens britanniques ont accepté et encouragé l’idée que l’inégalité est fâcheuse mais inévitable au lieu de la voir, d’abord et avant tout, comme injuste. Il affirme que les politiques travaillistes les plus progressistes, comme la réduction de la pauvreté chez les enfants, sont rendues inutiles par un système élitiste qui permet aux « super-riches » d’accumuler des niveaux record de richesse.

(Photo : yacht Odyssey II, www.shipphotos.co.uk)

Deux cents articles de « transhumances »

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Ceci est le deux centième article du blog « transhumances », lancé le 5 septembre 2009.

Les catégories d’articles les plus souvent utilisées sont « Grande Bretagne » (le pays où je vis), Actualité, Livres, Société et Economie.

L’article le plus consulté est, de loin, « Belles filles albanaises » (8 mars 2010), consacré à la lettre ouverte d’Elvira Donnes à Silvio Berlusconi mais dont je ne suis pas sûr qu’il ait comblé les attentes de tous les lecteurs arrivés là par des moteurs de recherche ! Curieusement, viennent ensuite deux articles déjà anciens, Tics de langage des journalistes français (5 janvier 2010) et Gerda Taro, photographe de la guerre civile espagnole (27 octobre 2009). Dans les cinq premiers figurent aussi deux articles récents « Le Concert » (25 avril) et « Citoyen du monde » (13 avril).

Environ 30 pages de « Transhumances » sont consultées chaque jour. Un tiers environ des lecteurs arrive par des moteurs de recherche, les autres sont des fidèles qui fréquentent le blog plus ou moins régulièrement. Voir cette communauté de lecteur grandir peu à peu est un encouragement. Les commentaires restent rares, mais appréciés.

Photo « transhumances », prise dans le jardin de la Henry Moore Foundation, Perry Green.

Henry Moore à Perry Green

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La visite à la maison et aux ateliers du sculpteur Henry Moore à Perry Green, non loin de Hertford, offre une magnifique promenade printanière.

Pour visiter la propriété dans laquelle Henry Moore et sa femme Irina emménagèrent lors du Blitz de Londres en 1940, il faut réserver à l’avance. On ne pénètre dans la maison elle-même qu’équipés de chaussons. Chaque pièce est surveillée par un jeune étudiant qui s’offre pour un commentaire du cadre de vie du sculpteur et des œuvres d’art qu’il collectionnait, peintures de Degas ou de Renoir, masques de Nouvelle Guinée, coraux.

Le parc est étendu. L’herbe est fraîchement coupée et on hume un délicieux parfum de fleurs et de printemps. Comme au musée Chillida d’Hernani, au Pays Basque, d’immenses sculptures jalonnent la prairie. Leurs volumes, la matière dont elles sont faites, leur couleur, entrent en contraste ou en résonnance avec les arbres en fleur. Le soleil les caresse et fait subtilement varier leurs volumes.

A mesure que ses œuvres se vendaient et que sa fortune s’accroissait, Moore agrandit son domaine et fit construire plusieurs ateliers capables d’abriter la production d’œuvres de grand gabarit. Ces ateliers se visitent et enseignent la technique du sculpteur, de la réalisation de maquettes en modèle réduit à l’utilisation du polystyrène pour simuler de plus grands volumes.

Photo « transhumances » : statues d’Henry Moore à la Henry Moore Foundation, Perry Green, Hertfordshire.

Le Concert

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Le film Le Concert de Radu Mihaileanu (2009) raconte une belle et invraisemblable histoire. Il trouve un ton juste entre la sensibilité bouleversante de la musique de Tchaïkovski et le ton de la farce.

Andrei Filipov (Alexeï Guskov) travaille au Bolchoï, comme homme d’entretien. Trente ans auparavant, sous Brejnev, le concert de Tchaïkovski qu’il dirigeait comme chef d’orchestre avait été interrompu par la police parce qu’il avait refusé de licencier ses musiciens juifs. Il intercepte un fax invitant le Bolchoï à donner un concert au Théâtre du Châtelet à Paris. Pourquoi ne pas reconstituer l’orchestre de l’époque, se faire passer pour le Bolchoï et saisir sa chance ?

Andrei exige que la soliste soit une jeune française, Anne-Marie Jacquet (Mélanie Laurent). Ce choix n’a rien d’innocent : Anne-Marie est la fille de la soliste du concert interrompu, morte quelques années plus tard dans l’Archipel du Goulag. Pour Andrei, le concert de Paris est l’occasion de reprendre le fil rompu à Moscou et d’atteindre « l’ultime harmonie ». Anne-Marie aura la révélation de sa filiation.

Le film balance entre l’émotion sublimée par la musique de Tchaïkovski et le choc comique de deux cultures, celle de la Rive Gauche envahie par une bande de barbares buveurs, indisciplinés, arnaqueurs mais aussi saouls de musique et d’envie de vivre.

« L’ultime harmonie, dit Radu Mihaileanu, c’est le rêve que veulent atteindre mes personnages russes qui ont été mis au ban de la société. On a tous été, à un moment donné, ravagés par la vie et « envoyés au tapis » comme on dit en boxe. C’est très difficile de se relever et c’est précisément ce que mes personnages tentent de faire ; ils essaient d’abord de retrouver l’estime d’eux-mêmes, puis de se remettre debout et de redevenir des êtres humains dignes. Pour retrouver l’ultime harmonie, ne serait-ce qu’une seconde – le temps d’un concert – et pour prouver à eux-mêmes qu’ils ont encore la force de rêver et d’être debout. C’est une petite victoire sur la mort qui nous guette en coulisse  (…) L’humour que je préfère est celui qui est une réponse à la souffrance et à la difficulté. Pour moi, l’humour est une arme joyeuse, ludique et intelligente – une gymnastique de l’esprit – contre la barbarie et la mort, une fracture de la tragédie qui en est sa sœur jumelle. »

Et Alexeï Guskov ; « on peut partir d’une simple histoire d’un homme ordinaire et la généraliser, dans la tradition chaplinesque, à la dimension épique. »

Photo : Mélanie Laurent et Alexeï Guskov.