Dans « Perpétuité » (Éditions Verticales, Gallimard, 2025), Guillaume Poix raconte une nuit vécue par les surveillants dans une maison d’arrêt du sud de la France.
Une équipe de onze surveillants sont de garde de 18h45 à l’aube. Ils ont la charge de 950 personnes détenues, alors que l’effectif de jour est de presque une centaine d’agents.
Le premier surveillant, chef de l’équipe, se nomme Pierre Wegelin. Dans son équipe se trouvent plusieurs femmes, Sandrine, Maëva, Kim, Giulietta ; les hommes sont Laurent Belmondo (Bebel), délégué FO, Abraham, Aziz, Igor et Chris-Marceau, qui vient d’intégrer l’établissement. Dans la salle de convivialité, on cuisine des lasagnes et du tiramisu et on s’attribue des surnoms : outre Bebel, Harissa, le Mexicain, Beyoncé, Bouledogue ou Mamma Mia.
La nuit commence par l’arrivée, escortée de journalistes, de Duquesne, le criminel le plus célèbre de France. La directrice, Bianca Mariani, se déplace à la prison pour l’accueillir. Elle est respectée par le personnel, qui lui attribue le titre de VRP, Vendeuse de Rêve Pénitentiaire.
Des objets largués par un drone dans la cour font un bruit métallique. S’agit-il d’une livraison d’armes ? Il faut aller voir, sous les insultes des détenus massés aux fenêtres.
Un détenu sujet à des crises d’angoisse met le feu à sa cellule. Il faut appeler les pompiers et l’amener, entravé, aux urgences de l’hôpital.
Un jeune détenu, Bachir Al Alaoui, a été condamné au quartier disciplinaire. Il se pend. Un protocole se met en place, qui inclut un massage cardiaque prolongé. Bachir meurt. Émilie Lavorel, l’officier qui l’a fait condamner au mitard, est rongée par la culpabilité. Elle doit aussi gérer un autre conflit personnel : Kim, la surveillante avec qui elle entretient une relation amoureuse, va être mise à pied à la suite d’une violence infligée à un détenu. Mais le fossé entre officiers et simples agents s’avère infranchissable.
Guillaume Poix porte un jugement désabusé sur la situation des prisons et sur le quotidien de ceux qui y vivent, surveillés et surveillants. Il évoque le projet absurde de la prison, à qui l’on confie des hommes « que l’on écarte, que l’on isole, que l’on frustre, à qui on confisque l’espace et le temps et dont on espère, en somme, faire des êtres nouveaux. »
Maëva / Beyoncé constate, amère et lessivée, « C’est nous qui avons pris perpète ». Cette phrase a donné son titre au roman. C’est en effet la distorsion du temps, pour les détenus comme pour le personnel, qui en est le cœur.
Pierre, le premier surveillant, est le personnage central du livre. « Les années passent et Pierre se lasse, ça l’intéresse de moins en moins, lui le premier surveillant, le posté, de régler les problèmes des autres – déjà les siens c’est un col de haute montagne. Il sent qu’il se retire, comme la mer laisse affleurer la vase, il met de plus en plus de temps à retrouver de l’élan, son coefficient baisse, il ignore s’il s’absente de son job ou si c’est l’existence elle-même qu’il déserte. »

Pourquoi ne quitte-t-il pas ce métier si difficile ? « Pierre a fini par comprendre, lit-on dans le dernier chapitre du livre, qu’on travaille ici pour avoir chaud, juste ça, c’est tout con. Pour avoir toujours quelqu’un à qui parler, avec qui partager son désarroi (..) Oui, Pierre sait désormais qu’on travaille ici simplement parce qu’on cherche une appartenance indéfectible, un corps de rattachement qui ne fera pas défaut, quoi que le destin mette entre les pattes. »
Pour écrire ce livre, Guillaume Poix s’est immergé plusieurs fois au long de trois années dans la maison d’arrêt de Villeneuve-lès-Maguelone, près de Montpellier. Il a été sensible à l’image dégradée des « matons » dans l’opinion. Il s’exprime ainsi dans une interview à France Info : « Il me semblait que, quand je posais un peu la question autour de moi, les surveillants de prison suscitaient à la fois une espèce de fantasme de violence, une sorte de mépris social, comme si c’était indigne et honteux de travailler en prison, comme si on collaborait à quelque chose de pas très bien. ».
Par son livre, comme il le dit dans une interview à France Info, il invite à considérer le métier de surveillant comme « un métier de soin. Surtout un métier qui consiste à établir un contact humain avec les détenus, essayer d’améliorer le quotidien en composant parfois avec des situations très difficiles. »


