Pour une concurrence environnementale

La transition vers une économie décarbonée traverse une mauvaise passe. Pourtant, un groupe d’experts bénévoles avance dans un projet intitulé « Carbones sur factures » et découvre que de nombreuses initiatives dans le monde proposent des solutions crédibles autour d’un levier : la concurrence environnementale.

Les autorités publiques tendent aujourd’hui à détricoter les règlementations destinées à protéger l’environnement, si ce n’est à les démanteler comme aux États-Unis. D’ores et déjà, les objectifs de réduction de gaz à effet de serre fixés lors de la conférence de Paris il y a dix ans sont hors d’atteinte. L’éco-anxiété se développe, avec le sentiment que rien ne peut plus être fait.

En octobre 2022, un groupe de bénévoles réunis avec pour mot d’ordre « Réconcilions-nous ! » a relevé le défi. Il constate que les citoyens sont en attente de leviers efficaces pour faire baisser le niveau des émissions de gaz à effet de serre, c’est-à-dire atteindre le Zéro Émission Nette (ZEN), lorsque la quantité de gaz émis dans l’atmosphère sera compensée par sa capture par les océans et les forêts.

Le levier proposé par ce groupe, c’est la concurrence environnementale. À qualité équivalente, un consommateur préfère un produit moins cher ; un investisseur, un projet moins coûteux. Pourquoi, en complément du prix, ne pas introduire un indicateur environnemental ? À qualité et prix équivalents, le consommateur choisirait le produit ou service dont la production aurait requis la moindre quantité de carbone dissipé dans l’atmosphère ; le maître d’œuvre de la construction d’une route, d’un stade ou d’une usine chercherait les fournisseurs moins gourmands en émissions gazeuses.

Est-il possible de mesurer la quantité de gaz qu’il a fallu dissiper dans l’atmosphère pour construire un objet, proposer un service, développer et financer un projet d’équipement ? La réponse est oui. Les « métiers du chiffre », comptables et auditeurs, sont mis à contribution. Ils enregistrent le contenu en émission de gaz à effet de serre des achats de l’entreprise à ses fournisseurs comme ils enregistrent déjà les montants en euros ou en dollars que l’entreprise leur a versés. Ils divisent ce coût en carbone entre chaque unité vendue. Dans le cas d’un produit ou d’un service, ce coût est visible sur chaque facture ; dans le cas d’un financement, il est communiqué aux emprunteurs.

En avançant dans ses recherches, le groupe s’est rendu compte que cette démarche existe déjà à l’étranger sous le nom de comptabilité carbone cumulative. S’inspirant de ces exemples, il a conçu un calculateur permettant aux entreprises, même petites, d’évaluer la quantité d’émission de gaz à effet de serre à indiquer sur chacune des factures qu’elles émettent. Il réalise des formations, propose des tutoriels.

L’un des leviers identifiés est la commande publique. Dans le cas d’une mairie, par exemple, les appels d’offre pour la construction d’une piscine ou d’une crèche intègreraient un critère d’émission de gaz en effet de serre.

Le site « Carbones sur factures » propose aux personnes qui souhaitent se joindre à cette démarche de signer un appel à un Label Transmission. Il incite les autorités publiques à distinguer les acteurs économiques, entreprises, banques, qui transmettent à leurs clients l’information sur l’émission de gaz à effet de serre générée par leur activité. Pour signer cet appel, les lecteurs de Transhumances sont invités à cliquer ici.

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