La droite selon Patrick Buisson

L’interview de Patrick Buisson dans Le Monde du 9-10 juin exprime clairement le projet politique qu’avait adopté Nicolas Sarkozy en vue de sa réélection l’an dernier.

 Patrick Buisson a le sens de la formule : « la présidentielle de 2012, dit-il, n’a pas été un échec mais une défaite fondatrice ». Selon lui, la droitisation du positionnement politique de l’ancien président de la République ne correspondait pas à une posture tactique, mais à une refondation de la droite. Continuer la lecture de « La droite selon Patrick Buisson »

Divin Belzebuth

 Giulio Andreotti vient de mourir à l’âge de 94 ans. Surnommé « Belzebuth », « le Divin », « l’inoxydable », il a marqué la politique italienne depuis 1945.

Andreotti a été membre du Parlement italien sans interruption depuis 1945 jusqu’à sa mort, à la Chambre des Députés puis, à partir de 1991, comme Sénateur à vie. Il a été 7 fois président du conseil et 21 fois ministre. C’est un personnage hors du commun qui vient de s’éteindre, auquel Paolo Sorrentino a dédié un film en 2009, « il Divo » : un expert en combinazioni et machinations, un homme de l’ombre dangereusement proche de chacun des drames qui ont bouleversé l’Italie depuis la seconde guerre mondiale, la Loge P2, la banque Ambrosiano, l’assassinat d’Aldo Moro, la Mafia… Continuer la lecture de « Divin Belzebuth »

« Palingenesis » italienne

L’élection du Parlement italien, celle du Président de la République et la formation du nouveau gouvernement ont révélé une culture politique typiquement italienne, mais aussi des menaces à la démocratie que partagent d’autres pays européens. Le mot clé de cette période troublée est « palingenesi », du grec « genesis », naître et « pal », à nouveau : renaître, se régénérer.

 Les élections parlementaires italiennes des 24 et 25 février ont donné une majorité au Parti Démocrate de Luigi Bersani au Parlement mais non au Sénat. Or, les deux Chambres ont des pouvoirs identiques. Le Mouvement 5 Etoiles (M5S) de Beppe Grillo, dont le programme est Vaffanculo (vas te faire foutre), ayant refusé de s’allier avec Bersani, celui-ci s’est trouvé dans l’impossibilité de former un gouvernement. Continuer la lecture de « « Palingenesis » italienne »

Pape François

 

Le pape François arrive à Santa Maria Maggiore. Photo The Guardian.

 

La presse française n’a pas toujours fait preuve de subtilité lors de l’élection du pape François (premier).

Le 14 mars, Sud-Ouest nous apprend ainsi que « Jorge Mario Bergoglio a coiffé sur le poteau les grands favoris, malgré son âge, 76 ans ». Le conclave est présenté comme une réunion hippique où s’affrontent les ambitions débridées de jeunes jockeys aux dents longues : Angelo Scola, toque blanche casaque pourpre, Christoph Shönborn, toque blanche casaque pourpre, l’Argentin Leonardo Sandri, toque blanche casaque pourpre en tête du peloton de 115 concurrents. Le film « habemus papam » de Nanni Moretti, qui montre le pape nouvellement élu, joué par Michel Piccoli, s’enfuir du Vatican terrorisé par l’énormité de la tâche, est probablement plus proche de la vérité. Il semble que le Cardinal Bergoglio ait demandé aux Cardinaux de ne pas voter pour lui pendant le conclave qui, en 2005, avait finalement élu Ratzinger.

Dans la même édition, Sud-Ouest titre « François, le pape « du bout du monde » ». Le journal semble en être resté à l’époque de la marine à voile, lorsqu’il fallait des semaines de navigation pour joindre Buenos Aires. L’Argentine de Cristina Kirchner et Jorge Mario  Bergoglio est certainement plus proche des lecteurs de « transhumances » que les habitants de certains quartiers de Montfermeil ou beaucoup de détenus des prisons françaises.

Il faut aller au-delà de l’image hippique et de l’exotisme austral. L’homme qui a été élu à la tête de l’Eglise catholique traîne comme un boulet l’attitude de l’institution pendant la féroce dictature militaire. Dans Le Monde du 14 mars, le sociologue des religions Michael Lowy écrit : « A l’époque de la dictature militaire en Argentine, qui a fait de 1976 à 1983 des dizaines de milliers de morts et de disparus — dix fois plus que sous la dictature militaire d’Augusto Pinochet au Chili—, Jorge Mario Bergoglio s’est distingué par une grande discrétion. Il n’a émis aucune condamnation ni même aucune critique de la dictature. Pire, Jorge Mario Bergoglio était le supérieur de l’ordre des jésuites et a, à ce titre, retiré, en mai 1978, la licence religieuse à deux jésuites qui avaient pris des positions très engagées sur les droits des pauvres. Peu après, ces deux jésuites, ayant perdu la protection de l’Eglise, ont été arrêtés et torturés dans la sinistre école militaire ESMA. On a accusé Bergoglio d’avoir dénoncé ses deux anciens collaborateurs aux militaires, mais il a toujours réfuté cette accusation. Le fait reste qu’en retirant le soutien de l’Eglise, il a permis aux militaires d’intervenir. » Après l’élection du pape François, on peut s’attendre à ce que son rôle durant cette période fasse de nouveau l’objet d’investigations.

Le point positif de cette élection est le choix même du nom « François » en référence à Saint François d’Assise. L’adoption d’un style plus humble trouvera vite ses limites. Ratzinger était lui-même un homme austère, non un enthousiaste des dorures du Vatican. Lorsqu’il s’agira de voyager, le pape utilisera comme ses prédécesseurs hélicoptères et voitures blindées. On peut penser que le patronage de Saint François d’Assise augure un engagement plus net de l’Eglise Catholique dans la défense de la « création » dans la mouvance écologiste. La contribution de l’Eglise dans ce domaine serait probablement plus utile et appréciée que les batailles d’arrière garde dans le champ de la sexualité.