Lake District

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Le long week-end des noces royales en Angleterre nous a permis de découvrir une magnifique région, celle des Lacs.

Le Lake District, au nord de Liverpool et Manchester, est une région de moyenne montagne. Une vingtaine de lacs occupent le fond d’anciennes vallées glaciaires aux versants érodés par des millions d’années de pluies et de vents. Les sommets aux formes arrondies sont dénudés. Des moutons paissent sur des prairies délimitées par de hauts murs en lauze, les « enclosures » contemporaines de la révolution industrielle. A mesure que l’on descend vers le fond des vallées, l’herbe devient plus grasse et d’immenses arbres donnent de l’ombrage. En ces journées de printemps, la luminosité est intense. Le ciel d’azur, la surface sombre des lacs, les murs noirs couverts de mousse, les vagues de bleuets sur les pâtures offrent des contrastes sans cesse changeants.

Des milliers de randonneurs parcourent les sentiers. La région est sillonnée d’autocars à impériale et les lacs traversés de petits bateaux qui, par gros temps, offrent une douche involontaire à leurs passagers.

On respire dans la région des lacs l’air des grands espaces. On se sent en harmonie avec la nature. On se sent, un peu, poète.

Photo « transhumances » : Lac Derwenwater, près de Keswick.

Les canaux britanniques en eaux inconnues

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Le réseau de canaux britanniques va changer de statut, ce qui soulève des questions sur son avenir et provoque l’inquiétude de personnes qui ont choisi d’y vivre en permanence.

Dans The Guardian du 27 avril, Andrew Mourant évoque le changement de statut de British Waters, l’organisme semi-public (« quango ») qui gère le réseau de canaux et de rivières navigables de Grande Bretagne. Dans le cadre de la politique du Gouvernement Cameron, l’organisme devrait se transformer en institution de bienfaisance (« charity ») : ceci permettrait de réduire la subvention publique et irait dans le sens de la « grande société » prônée par les Conservateurs, les usagers étant représentés au comité de surveillance de la nouvelle institution.

British Waters est en charge de 3.700km de voies navigables. Certaines, comme le Grand Union Canal qui passe à Watford, ont été construits au dix-huitième siècle. Depuis des dizaines d’années, elles ne servent plus au transport des marchandises, mais sont activement utilisées par des touristes qui possèdent ou louent des péniches étroites.

Le transfert de British Waters à une organisation de bienfaisance est un pari risqué. D’ores et déjà, 19% du réseau est en mauvaises conditions, et au rythme actuel des investissements, ce pourcentage pourrait s’accroître jusqu’à dépasser 40% en 2030. Le Gouvernement pense que la sortie du secteur public permettra une gestion plus active et génèrera de nouvelles ressources, telles que des attractions touristiques ou des programmes immobiliers.

Parmi les usagers que cette réforme inquiète se trouvent les « navigateurs continus ». Au nombre d’environ 3.500, ils vivent en permanence dans leur bateau. La règlementation actuelle les autorise à amarrer leur bateau pendant un maximum de 14 jours à un accostage public, après quoi ils doivent réaliser un parcours « substantiel ». Certains « navigateurs continus » sont attachés à une région par leur travail ou l’école de leurs enfants. Ils craignent que la nouvelle administration rende les règles plus sévères.

Photo « transhumances » : péniche étroite amarrée sur le Grand Union Canal en hiver.

Ben Laden

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La nécrologie d’Ousama Ben Laden signée le 3 mai par Jason Burke et Lawrence Joffre dans The Guardian est remarquable, tant par son information que par la qualité de son analyse.

Après avoir remarqué que Ben Laden fut l’une des rares figures dont l’action a changé le cours de l’histoire, les auteurs poursuivent : « sa vie fut une vie d’extrêmes et de contradictions. Né au sein d’une grande richesse, il vécut dans une relative pauvreté. Diplômé en ingénierie civile, il assuma le rôle d’un professeur de religion. Propagandiste doué qui avait peu d’expérience réelle de la bataille, il se projeta comme un résistant, un guerrier saint. Tout en appelant à un retour aux valeurs et au système social du septième siècle comme un moyen de restaurer un ordre juste dans le monde d’aujourd’hui, il justifia l’usage de la technologie moderne avancée pour tuer des milliers de gens dans le cadre d’une interprétation rigoureuse et anachronique de la loi Islamique. Tout en étant l’un des hommes les plus célèbres de la planète, Ben Laden vécut pendant des années dans l’obscurité, sa présence publique se limitant à des apparitions intermittentes en vidéo ou sur Internet. Tout en affirmant qu’il avait tout sacrifié pour les autres et ne se préoccupait en rien de lui même, il était férocement conscient de la postérité. »

C’est en effet la contradiction entre une pensée obscurantiste et une organisation résolument moderne qui frappe. El Qaida est une organisation internationale, qui admet des niveaux différents d’adhésion allant jusqu’à la logique de la franchise, qui utilise la technologie d’aujourd’hui et maîtrise la télévision planétaire et Internet. Son projet politique est pourtant rétrograde : la conversion forcée de l’humanité entière à la communauté des croyants des premiers temps de l’Islam.

Après avoir constaté l’échec d’El Qaeda à provoquer un soulèvement mondial des Musulmans et sa faible influence dans le Printemps Arabe, Burke et Joffre concluent ainsi leur excellent article : « l’idéologie de Ben Laden avait été une réponse à l’échec de nombre de projets utopiques précédents dans le monde islamique. Il avait exercé une brève attraction sur certains, en grande partie à cause des actions menées pour s’y opposer. Mais la plupart des Musulmans ont toujours su que quelque chose d’essentiel manquait : la notion de Allah al-rahman w’al-rakhim – Dieu le bienveillant et miséricordieux. Ben Laden avait un jour affirmé « c’est notre devoir d’apporter la lumière au monde ». Pourtant derrière la rhétorique sur la pensée correcte, la justice divine et la rétribution, il n’y avait rient d’autre que l’obscurité ».

Photo « The Guardian » : poster exaltant Ben Laden au Pakistan en 1999.

« España ! » à Bordeaux

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La Galerie des Beaux-Arts de Bordeaux présente jusqu’au 30 mai « España ! », une exposition consacrée à des œuvres d’artistes espagnols ou d’artistes français fascinés par l’Espagne.

Les œuvres présentées appartiennent à la collection du Musée des Beaux Arts. Le musée lui-même aurait besoin d’une sérieuse mise à jour : il se présente aujourd’hui comme un bric à brac où coexistent des œuvres secondaires et quelques perles. La partie la plus intéressante est celle consacrée à l’art du dix-neuvième et vingtième siècles, où l’on peut admirer des œuvres des peintres bordelais Odilon Redon, Albert Marquet et André Lhote. Le musée de Bilbao a prêté une remarquable Annonciation du Greco. J’ai été frappé par le désespoir absolu qui se dégage de deux toiles d’Alessandro Magnasco sur les galériens à Gênes en 1708.

Toute proche du musée lui-même, la Galerie des Beaux-Arts expose des œuvres issues des collections, autour d’un thème et selon les critères d’une muséologie moderne. Il était logique que soit présentée une exposition consacrée à l’Espagne, toute proche de Bordeaux. La ville a un lien particulier avec la peinture espagnole : Goya est y est mort en 1828. L’exposition présente plusieurs planches lithographiques des « Taureaux de Bordeaux ».

La Calèche à Séville d’Yves Brayer (1907 – 1990), qui orne l’affiche de l’exposition, témoigne de la fascination de l’Espagne sur les artistes français.

Illustration : affiche de l’exposition « Espana ! » à la Galerie des Beaux Arts de Bordeaux