Inimaginable

La dégradation du rating AAA des Etats-Unis par Standard & Poors : inimaginable.

 La panique des marchés financiers, à peine quelques jours après un sommet de la zone Euro destiné à sauver la monnaie unique : inimaginable. Le blocage institutionnel des Etats-Unis, pris en otages par la furie antiétatique de la Tea Party : inimaginable. La réduction, pour la première fois, de leur budget militaire : inimaginable.

  Un « défaut » de l’Italie ou de l’Espagne sur leur dette : inimaginable. La recommandation d’économistes de renom de laisser filer l’inflation pour renouer avec la croissance et payer les dettes : inimaginable.

 Il va nous en falloir, de l’imagination, pour réduire en douceur les déséquilibres financiers et les bulles spéculatives, pour renouer avec une croissance équitable et respectueuse de l’environnement, pour réconcilier les opinions publiques et leurs dirigeants, pour avancer avec confiance malgré les fondamentalismes et les populismes !

 Un homme en orbite autour de la terre. C’était inimaginable. Il y a cinquante ans, pourtant, Gagarine…

Un marché dérivé de la dot ?

Dans le blog de l’Association Nationale des Directeurs Financiers et Contrôleurs de Gestion, DFCG, le rédacteur en chef du blog François Meunier se penche sur les conséquences financières de la distorsion du sex-ratio à la naissance dans de nombreux pays qui encouragent systématiquement des naissances de garçons au détriment des filles. Dans cet article intitulé « le prix de ces dames », il se prête à une amusante fiction financière, imaginant un marché dérivé construit sur les distorsions du sex-ratio.

Le sex-ratio à la naissance (SRN) mesure le rapport entre le nombre de garçons et celui des filles à la naissance. On sait que la préférence pour les garçons s’accroît dans beaucoup de pays. François Meunier indique ainsi que « Le SRN, qui se situe naturellement à 105, est monté par exemple à 112 au Vietnam, qui suit désormais l’exemple de l’Inde et de la Chine. Dans certaines régions de Chine, il atteint 130, et même 190 pour le second enfant dans les villages où il est permis d’avoir un second enfant et quand le premier enfant est une fille.

La sociologie – et aussi la finance – rentrent en jeu dès qu’on se pose la question : que va-t-il se passer dans 20 ou 25 ans, quand le manque de filles perturbera ce que les économistes, avec leur froideur habituelle, appellent le « marché matrimonial » ? Cela s’est déjà passé dans l’histoire, mais à l’inverse, lorsqu’une guerre importante provoquait une hémorragie de jeunes hommes (…) »

L’auteur évoque l’aspect financier du marché matrimonial, qui se concrétise dans la dot. En Asie (et anciennement en Europe), la dot est la somme que la famille de la fiancée verse a la famille du mari ; en Afrique et dans les pays musulmans, c’est au contraire le prix que l’on paye pour obtenir l’épouse.  « Les variations du SRN ne sont pas neutres sur le niveau des dots. Une hausse du SRN, provoquant à terme une pénurie d’épouses, accroît le prix de la dot (à l’africaine) et réduit le prix de la dot (à l’asiatique). Depuis peu, c’est ce qui advient en Inde. Le raisonnement économique marche ! On note aussi qu’y apparaissent, simultanément à des dots versées par la famille de l’épouse, des contre-dots pour paiement de la fiancée. De même, les hommes paient souvent très cher la venue d’épouses de pays étrangers, d’où la cote des femmes d’Europe de l’Est dans des pays comme la Chine ou même l’Inde. »

C’est ici que François Meunier introduit une fiction financière. Une petite incidente financière : un marché financier sophistiqué de la dot permettrait de réguler ce cycle et dans certains cas de stabiliser le SRN à son niveau naturel de 105. Imaginez en effet qu’on puisse acheter et vendre à terme la dot sur un marché à terme. Si on peut anticiper que dans 20 ans la dot (à l’africaine) va monter par manque de filles ou abondance de garçons, il est intéressant de l’acheter sur le marché à terme. La hausse de prix signale à certains couples qu’il est intéressant de se remettre à faire des filles ; elle indique aussi à certains spéculateurs menacés de livrer à terme le « physique » qu’il faut par anticipation se procurer des filles (ou shorter les garçons). En cas de hausse du SRN, beaucoup de parents achèteront non pas leur future belle-fille à l’âge d’enfant pour sécuriser le mariage de leur fils – cela ne se fait plus trop aujourd’hui, sauf en terre musulmane –, mais un contrat à terme, pour couvrir l’inflation des dots quand leur fils cherchera une épouse. À l’équilibre, s’il n’y a pas de bulles, la spéculation est stabilisante et le taux de naissance se situe à l’équilibre démographique naturel.

Le stimulant article de François Meunier se trouve à l’adresse suivante : http://dfcg-blog.org/2011/07/29/le-prix-de-ces-dames/. Illustration : Chris Ofili, No Woman No Cry.

La fête du gras

L’alimentation est probablement devenue un marqueur de classe plus discriminant que la montre que l’on porte ou la voiture que l’on conduit.

 Professeur de surf au Cap Ferret, Frédéric observait que, sur la plage huppée où il exerce, tout le monde est mince. En contrepartie, il observait que dans la station plus socialement mêlée de Maubuisson, autour des cabanes à frites dénommées « chez ProutProut » ou, de manière audacieuse « Au fin gourmet », c’est la « fête du gras ». Hamburgers, chichis, hotdogs, sodas apportent leur dose de calories et de graisses au moindre prix.

 Les Rolex et les Porsche Cayenne marquent certainement l’appartenance au club des possédants. Mais tous les riches ne pratiquent pas l’ostentation. S’alimenter sainement, se maintenir en forme, garder la ligne est probablement devenu un indicateur plus sûr d’appartenance à l’élite que la possession d’objets de valeur.

 Illustration : affiche du film « Super size me de Morgan Spurlock, qui dénonçait en 2004 la « malbouffe ».

Banlieue londonienne

Une heure passée dans un bus entre Harrow on the Hill et West Hampstead offre une jolie tranche de vie de la banlieue londonienne.

 Durant le week-end, plusieurs lignes de métro londoniennes sont suspendues pour travaux. Je mettrai deux heures et demies ce dimanche pour me rendre de Watford au centre de Londres, dont une heure d’autobus de remplacement de Harrow on the Hill à West Hampstead.

 Dans le bus se trouve représentée la diversité des races et ethnies qui caractérise la banlieue de Londres : des Indiens et Pakistanais, des Africains, quelques Européens. Deux femmes obèses assises en face de moi parlent et rient bruyamment, entre elles et au téléphone. Deux jeunes italiennes ravissantes sont debout et la jolie musique de leur langue me rend nostalgique. Un homme noir entre au bras de son père, un homme âgé et aveugle.

 Nous longeons des milliers de maisons, chacune semblable à ses voisines, chacune avec son petit espace devant, souvent utilisé pour stationner les voitures, chacune avec son long jardin étroit du côté cour. En l’espace de quelques centaines de mètres, on passe d’un quartier aisé, façades ravalées, massifs de fleurs, rideaux aux fenêtres, à des taudis venus tels quels de l’urbanisation massive du début du vingtième siècle.

 Dans la rue principale des communes, on trouve des restaurants de multiples nationalités et, lorsqu’on s’éloigne un peu du centre, des échoppes minuscules que l’on croirait transférées de Karachi ou Nairobi.

 De retour à Watford par le train, j’assiste à un concert donné par un groupe folk d’une dizaine d’instrumentistes et chanteurs dans le kiosque à musique qui jouxte la bibliothèque municipale.

 Photo « transhumances » : maisons à Richmond