Les Univers de Georges Lacombe

Panneaux de lit, Conception et Mort, par Georges Lacombe

Deux musées des Yvelines, le musée départemental Maurice Denis à Saint Germain en Laye et le musée Lambinet de Versailles, consacrent jusqu’au 17 février une rétrospective au sculpteur et peintre Georges Lacombe (1868 – 1916).

 Le musée départemental Maurice Denis à Saint Germain en Laye vaut, pour lui-même, une visite. Le bâtiment fut construit à la fin du dix-septième siècle à la demande de Mme de Montespan comme hôpital pour les nécessiteux. L’artiste Maurice Denis (1870 – 1943) acquit « le Prieuré » en 1914 pour en faire la demeure de sa famille et y installer son atelier. Il est maintenant propriété du Département des Yvelines. Le jardin qui l’entoure est remarquable, construit en terrasse et agrémenté de statues de Bourdelle.

 Maurice Denis entreprit des travaux de restauration, et s’attacha en particulier à la chapelle, qui fut rouverte au culte en 1928. On y remarque des vitraux et des fresques – en particulier une série de scènes des Béatitudes – qui témoignent du souci de l’artiste de contribuer à la renaissance de l’art sacré. On n’est pas loin de l’esthétique d’un Burnes-Jones au Royaume-Uni.

 Comme Maurice Denis, Georges Lacombe rejoignit le cercle des jeunes artistes fondés par Paul Sérusier, les « Nabis » (« prophètes » en hébreu) vers la fin des années 1880. Sous l’influence de Paul Gauguin, Les Nabis entendaient exprimer par les arts visuels un mouvement spirituel. Il faut, disait Maurice Denis, « se rappeler qu’un tableau – avant d’être un cheval de bataille, une femme nue ou une quelconque anecdote, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées. ».

 Certaines œuvres de Georges Lacombe sont religieuses : l’exposition présente ainsi une magnifique statue en bois sculpté du Christ en Croix, rayonnant de la sérénité d’un Pharaon de l’ancienne Egypte, sans aucune trace de souffrance. D’autres se ressentent de la proximité avec Gauguin : c’est le cas de peintures de scènes paysannes en Bretagne ou deux magnifiques panneaux de lit en bois dont les bas-reliefs mettent en scène la conception et la mort. D’autres enfin sont inspirées par les peintures japonaises, en particulier les vagues d’Hokusai.

 Georges Lacombe est un artiste multiforme, peintre de paysages et de portraits, dessinateur et coloriste, sculpteur. Son talent est méconnu. Les expositions qui lui sont consacrées rendent justice aux univers qu’il a su créer.

Autoportrait de Maurice Denis au Prieuré

Glaciale uniformité

La photo diffusée par The Guardian du leader nord-coréen Kim Jung-un délivrant son message de nouvel an fait froid dans le dos.

 L’image est celle d’une glaciale uniformité. Les paroles du leader sont recueillies par sept microphones, rigoureusement identiques. Pourquoi sept ? Par superstition ? Par crainte d’une défaillance de six micros, laissant le septième seul fonctionnel ? Pour s’assurer que le message soit diffusé sur sept chaînes de radio ou de télévision avec non seulement le même contenu mais la même tonalité ?

 Le leader porte un uniforme noir d’une infinie tristesse. L’uniforme suggère lui aussi l’abolition des couleurs et des différences. Ce n’est qu’une suggestion, car on connait l’abîme qui sépare le mode de vie des dirigeants de celui de leurs sujets.

« Slow » et « Vintage »

L’une des chaînes du « bouquet télévision » de Free est Chérie 25. Dans son émission « 99% Plaisir », Sophie Brafman interviewait le 30 décembre un « tendanceur », Vincent Grégoire. Selon lui, ce qui est branché aujourd’hui, c’est le « slow » et le « vintage ».

 Voici comment Chérie 25 présente 99% Plaisir. « Nous aurions pu appeler ce rendez-vous « Les bonheurs de Sophie », du prénom de son animatrice et journaliste Sophie Brafman, tant la mission de cette émission hebdomadaire est claire : vous plonger au cœur du beau (design, déco, architecture…), du bon (resto, détente…), et du bonheur (voyages, événements, découvertes…). »

 Le 30 décembre, l’invité de l’émission était Vincent Grégoire, qui se présente comme « tendanceur », c’est-à-dire détecteur de tendances qui s’imposeront aux spécialistes de la mode ou aux designers. Son interview était intéressante. Il expliquait que les tendances se perçoivent de multiples manières, en regardant la télévision, en interrogeant les consommateurs sur ce qu’ils n’aiment pas (ils ne savent en général pas dire ce qu’ils aiment), en visitant des galeries, en surfant sur les réseaux sociaux. Il disait aussi qu’il fallait être surtout attentif à ce qui dérange. Si quelque chose nous irrite, c’est qu’il y a de la nouveauté et potentiellement une tendance pour l’avenir.

 Vincent Grégoire mettait en évidence deux tendances du moment : le « slow » et le « vintage ». Le « slow », c’est prendre son temps, être « cool », ne pas s’énerver, ne pas se hâter d’engloutir les choses afin de pouvoir les savourer. On parlera de « slow food » par opposition au « fast food ». Le « vintage », c’est la nostalgie du monde d’autrefois, du hula-hoop aux exercices de gymnastique des cours de récréation d’il y a cinquante ans.

 Le formidable essor de la bicyclette se nourrit naturellement du marasme économique et des préoccupations écologiques, mais il est aussi porté par un effet de mode. Malgré son nom, le vélocipède est un moyen de transport calme et « slow ». Dans les milieux branchés, il est de bon ton d’enfourcher un deux-roues « vintage ». Le résultat est obtenu soit en retapant un vélo ancien et en l’agrémentant d’accessoires : des ateliers se sont ouverts dans les grandes villes à cet effet. Soit en achetant un vélo flambant neuf, mais dont le « look » est ancien, à la manière des Fiat 500 et des Minis.

 Il y a cinquante ans, la bicyclette était le moyen de transport des ouvriers. Elle est devenue la marque distinctive de « bobos » qui entendent s’afficher comme « slow » et « vintage ».

Bicyclette « Vintage »

Lascaux, Exposition Internationale à Bordeaux

« Lascaux, Exposition Internationale » va se conclure à Bordeaux le 6 janvier avant de prendre le chemin de Chicago et Montréal.

 L’exposition a pour site Cap Sciences, à proximité immédiate du nouveau Pont Chaban-Delmas, à Bordeaux. Elle nous invite à « découvrir, ressentir et comprendre un site majeur de l’art paléolithique ». Elle est adaptée aux groupes scolaires, avec des parcours proposés selon les âges et des ateliers spécifiques.

 Le centre de l’exposition est occupé par la reconstitution d’une partie de la grotte de Lascaux. La structure, fabriquée en plastique armé par des couches de grillage métallique, reproduit fidèlement les concavités et les convexités des parois et du plafond d’origine. Les peintures sont reproduites fidèlement à l’échelle d’origine.

 L’exposition constitue en elle-même un hommage à la 3D. C’est elle qui a permis de concevoir ce « Lascaux 3 » transportable d’une ville à l’autre comme elle avait rendu possible « Lascaux 2 », le site qui se visite en Dordogne maintenant que la grotte d’origine a été fermée au public pour cause de sauvegarde. Au second étage est présentée une maquette de l’enfilade de tunnels et de cavités qui, ensemble, constituent « Lascaux ». Comme l’échelle est réduite, on croirait observer un réseau d’artères, de veines et d’’organes vivants. Au premier étage, on est invité à regarder un film de 8 minutes – en 3D naturellement – qui nous fait voyager à l’intérieur de la grotte, assister à la pose des peintures de Lascaux 2 et imaginer la vie à Lascaux il y a 20.000 ans.

 Intégrée dans le parcours de l’exposition est présentée une animation visuelle. Elle explique une peinture qui représente un auroch et des chevaux dont l’anatomie est proche de celle d’animaux qui vivent aujourd’hui en Mongolie. On est frappé par la très grande beauté de la création artistique, par la virtuosité du trait, par la capacité à représenter le mouvement. Un cheval cabré a ainsi quatre sabots arrière : à la lumière vacillante d’une lampe à l’huile, l’animal devait véritablement donner l’impression de bondir.

 J’ai découvert dans l’exposition la quantité de signes abstraits utilisés par les artistes. On ne connait pas leur signification. Il s’agissait peut-être d’idéogrammes, tels ceux que bien plus tard les Chinois inventèrent. Un préhistorien a pu écrire que l’homme de Cro-Magnon, celui qui a occupé Lascaux et y a laissé des merveilles de l’esprit humain, n’était pas passé loin d’inventer l’écriture.