Gauguin faiseur de mythe

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La Tate Modern de Londres présente une exposition intitulée « Gauguin, maker of myth » (faiseur de mythe).

Paul Gauguin s’est à plusieurs reprises inventé un destin : adolescent, il s’embarque à bord de navires ; adulte, il mène une existence bourgeoise d’agent de change et de père de famille ; passionné de peinture, il considère la crise financière et son licenciement de la bourse comme une aubaine et embrasse la vie d’artiste ; il part vivre à Tahiti puis, trouvant Tahiti trop occidentalisé, dans une île des Marquises.

L’exposition montre comment Gauguin a sans cesse inventé des mythes. Le mythe de l’artiste bohême le conduit à prêter ses traits au Christ dans le jardin de Gethsémani. Le mythe d’une religion primitive à Tahiti l’amène à peindre un temple imaginaire et à le décorer de motifs relevés dans un musée. Une partie de sa motivation était commerciale : les mythes et l’exotisme faisaient vendre, c’était un bon positionnement sur le marché de l’art.

Mais la mythomanie de Gauguin fut aussi un formidable levier pour son génie artistique. Pour donner à voir un autre monde au-delà du monde visible, il simplifia les formes et inventa un nouvel usage des couleurs. Fait rare pour un occidental à son époque, il s’immergea totalement dans la culture tahitienne.

L’exposition présente de nombreuses toiles, parmi les plus connues et les plus remarquables du peintre, réalisées à Pont Aven, à la Martinique, à Tahiti et aux Marquises. J’y ai découvert un autre aspect de l’œuvre de Gauguin, ses sculptures qui rendent sensible sa personnalité torturée et sa passion pour la femme.

Illustration : Paul Gauguin, Merahi Melena No Tehamana, présenté à l’exposition « Gauguin, Maker of Myth » de la Tate Modern.

La Partie

 

Le Palace Theatre de Watford vient de présenter une pièce consacrée au football professionnel, datée de 1913.

La pièce d’Harold Brighouse intitulée « The Game » a pour cadre une ville du nord de l’Angleterre. Au bord de la faillite, Austin Whitworth, propriétaire du club Blackton Rovers, vient de vendre à une équipe rivale son avant-centre vedette, Jack Metherell. Une partie décisive va se jouer entre ces deux équipes, avec pour enjeu pour Blackton le maintien en première division ou la relégation.

Austin (Barrie Rutter, qui est aussi metteur en scène de la pièce) tente d’obtenir de Jack (Phil Rowson) qu’il fasse perdre sa nouvelle équipe. Il ne manque pas d’arguments. Sa fille Elsie (Catherine Kinsella) vient de lui déclarer son intention d’épouser Jack. Ce serait une énorme mésalliance, bourgeoisie contre classe ouvrière. Jack est déchiré entre son amour pour Elsie et sa conscience.

Elsie n’a peur de rien. Enthousiaste, amoureuse, elle ne se laisse impressionner ni par son père, ni par son oncle, un avocat londonien appelé à la rescousse pour négocier la corruption. Elle ne se laisse pas troubler par le bras cassé de Jack pendant la partie décisive : accident ou application du pacte de corruption ?

Elsie abat tous les obstacles et se trouve finalement face à face avec Mrs Metherell (Wendi Peters), la mère de Jack. C’est une formidable matrone, inamovible dans son parler prolétarien et son assise de forteresse. La petite bourgeoise délurée et décidée comprend qu’entre elle et son homme, il y aurait toujours cette femme formidable. Au bras de son oncle, elle part pour Londres.

La pièce se situe à une époque révolue, où les joueurs professionnels étaient des ouvriers méprisés et exploités par leurs patrons, loin du statut de stars médiatiques d’un David Beckham ou d’un Wayne Rooney. Malgré ou à cause de son ambiance désuète, elle mérite bien le sous-titre de son affiche : une brillante comédie du Nord sur l’amour, l’honneur, la classe sociale…

Illustration : affiche de « The Game ». La troupe est en tournée en Angleterre jusque fin novembre : http://www.northern-broadsides.co.uk.

Robert et Louise

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L’inventeur de la fécondation in vitro, le Britannique Robert Edwards, vient de se voir attribuer le prix Nobel de Médecine.

Le 25 juillet 1978, Louise Brown naissait dans un hôpital de Manchester. Elle était le premier « bébé éprouvette », le premier d’une série de plus de quatre millions de bébés qui ne seraient jamais venus au monde sans les recherches menées par Edwards et ses équipes.

La photo est émouvante. Elle représente Robert Edwards en compagnie de Louise il y a deux ans, avec sa maman et sa petite fille, née naturellement. Bravo et merci, Professeur Edwards !

Photo : Yahoo ! 

Deux frères

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En Grande Bretagne, Ed Miliband a été élu leader du Parti Travailliste au terme d’une compétition acharnée avec son propre frère ainé, David.

L’élection d’Ed Miliband, 41 ans, a surpris les observateurs. La plupart des délégués présents à la conférence du Parti Travailliste de Manchester étaient en faveur de son ainé. Il doit sa désignation au collège d’électeurs issus des syndicats, ce qui a donné aux médias conservateurs l’occasion de fustiger « Ed le rouge ».

Samedi après-midi 25 septembre, les partisans de David se sont trouvés comme sidérés par l’éviction de leur héros. Il flottait comme un air de trahison : comment le cadet avait-il eu l’insolence de fouler aux pieds le droit d’ainesse ? On respirait aussi un parfum de parricide : c’est Blair et le Nouveau Labour qui rejoignaient soudain les caveaux de l’histoire. Certains délégués reprenaient le train pour Londres. Le Daily Mirror n’hésitait pas à évoquer Caïn et Abel.

Mardi après-midi 28 septembre, Ed prononça son premier discours de leader, optimiste, équilibré, reconnaissant les erreurs du passé telles que la guerre d’Irak et la torture des terroristes, réaffirmant les valeurs du Labour et le respect des dynamiques de l’économie. David annonçait son intention de prendre du recul et de ne pas participer aux instances dirigeantes du Parti afin de laisser son frère prendre toute sa place.

Le destins croisé d’Ed et de David est exceptionnel. Fils d’un universitaire marxiste né à Bruxelles de parents juifs polonais, les deux frères ont grimpé ensemble dans la hiérarchie du Parti Travailliste dans l’ombre de Tony Blair et de Gordon Brown. Leur affrontement dans le soleil brûlant du pouvoir semble faire écho aux grandes tragédies grecques.

Photo The Guardian : Ed et David Miliband s’embrassent après la désignation d’Ed au poste de leader du Parti Travailliste.