Hannah Arendt

« Hannah Arendt », film de Magarethe Van Trotta, évoque le courage d’une femme qui ne cède rien sur ses idées. Il réussit aussi le tour de force de mettre à l’écran la formation d’une pensée.

 A l’occasion du cinquantenaire du procès d’Eichmann à Jérusalem, « transhumances » avait évoqué le livre de la philosophe juive allemande Hannah Arendt, exilée aux Etats-Unis : « Eichmann à Jérusalem, ou la banalité du mal ». Continuer la lecture de « Hannah Arendt »

Mariage entre personnes du même sexe

Le Parlement français vient de voter définitivement la loi autorisant le mariage de personnes de même sexe. Deux autres pays ont adopté la même mesure en avril : l’Uruguay et la Nouvelle Zélande. Une loi semblable est en discussion en Grande Bretagne. Un référendum aura lieu en Irlande.

 On ne peut qu’être frappé de la virulence de l’opposition au « mariage pour tous » en France. Les motivations des manifestants contre le projet de loi sont diverses. Certains ne s’opposeraient pas à un « PACS renforcé » mais ne peuvent accepter que lui soit appliqué le label « mariage ». La plupart s’opposent à l’idée qu’un enfant puisse être adopté et éduqué par un couple homosexuel. Beaucoup considèrent que le projet de loi ne devrait pas même être discuté, car il contrevient à la « loi naturelle », invariante dans le temps et dans l’espace, dont ils pensent posséder la connaissance. Ces derniers estiment qu’un gouvernement qui s’écarte de ces normes intangibles perd toute légitimité : pour eux, celle–ci appartient à la rue, leur rue. Continuer la lecture de « Mariage entre personnes du même sexe »

« Palingenesis » italienne

L’élection du Parlement italien, celle du Président de la République et la formation du nouveau gouvernement ont révélé une culture politique typiquement italienne, mais aussi des menaces à la démocratie que partagent d’autres pays européens. Le mot clé de cette période troublée est « palingenesi », du grec « genesis », naître et « pal », à nouveau : renaître, se régénérer.

 Les élections parlementaires italiennes des 24 et 25 février ont donné une majorité au Parti Démocrate de Luigi Bersani au Parlement mais non au Sénat. Or, les deux Chambres ont des pouvoirs identiques. Le Mouvement 5 Etoiles (M5S) de Beppe Grillo, dont le programme est Vaffanculo (vas te faire foutre), ayant refusé de s’allier avec Bersani, celui-ci s’est trouvé dans l’impossibilité de former un gouvernement. Continuer la lecture de « « Palingenesis » italienne »

Le mensonge

Jérôme Cahuzac dans son rôle de Ministre du Budget

 Un aspect intéressant de l’affaire Jérôme Cahuzac est la réflexion qu’elle a suscitée en France sur le mensonge.

 Jérôme Cahuzac, ancien Ministre du Budget, a donc avoué avoir menti, lorsqu’il niait « en bloc et en détail », « les yeux dans les yeux », être titulaire d’un compte à l’étranger.

 Sur France Inter le 4 avril, le philosophe Raphaël Einthoven affirmait qu’on avait tort de placer cette affaire sur le registre de la morale et même de la religion en parlant de « faute » et de « pardon ». Il appelait à réduire cette histoire au respect du doit fiscal. Mais peu après, un micro-trottoir dans la cour d’une école primaire dégonflait la baudruche du philosophe. Les enfants s’exprimaient sur le mensonge. A-t-on le droit de mentir ? Qu’est-ce qu’un petit ou un gros mensonge ? Qu’est-ce qu’on ressent quand on a menti ? La voix des enfants ramenait l’affaire sur le terrain de la confiance trahie et du code éthique qui cimente la société.

 Pourquoi Cahuzac a-t-il menti ? Lorsqu’il doit s’expliquer sur un message téléphonique malencontreusement arrivé par erreur sur la boîte vocale d’un rival politique, dans lequel il évoque son compte en Suisse, il dit : « cela ne peut être moi ». Il ne dit pas : « ce n’est pas moi », mais « cela ne peut être moi ». Tout se passe comme si deux personnes s’avançaient en parallèle, celle du militant socialiste rocardien, pugnace et intègre ; et celle du chirurgien esthétique affairiste et fraudeur. Le premier ne peut accepter que le second coexiste en lui : « cela ne peut être moi ».

 Pourquoi Cahuzac a-t-il persisté dans le mensonge, alors qu’un aveu précoce accompagné du rapatriement des fonds aurait minimisé l’affaire ? L’un de ses amis, un député socialiste, expliquait aussi au micro de France Inter, que l’ancien ministre du budget « ne pliait pas ». Au contraire du roseau de Pascal, il rompt.

 Jérôme Cahuzac, avec ses contradictions et son mensonge, est un véritable personnage de roman. Son histoire individuelle est intéressante. Le défi qu’elle représente pour la démocratie est fascinant et inquiétant.