La Mackintosh House à Glasgow

 

Le salon de Mackintosh House. Photo Hunterian Art Gallery.

La ville de Glasgow, comme Manchester ou Birmingham, est née de la révolution industrielle. Son urbanisme en damier et ses édifices victoriens ne sont pas particulièrement esthétiques. Mais la ville tente de se réinventer belle. Elle s’appuie pour cela sur une icône de l’Art Nouveau, Charles Rennie Mackintosh et son épouse Margaret Macdonald.

 Il n’y a pas vraiment de quartier ancien à Glasgow. La Cathédrale était certainement au centre de la petite ville moyenâgeuse. C’est aujourd’hui un très beau témoignage de l’art gothique, illuminé de vitraux installés ces dernières années. Mais elle semble toute petite à côté de l’immense hôpital victorien qui la jouxte. Elle est dominée par une colline nécropole à la gloire des commerçants et industriels qui firent la fortune de la ville au dix-neuvième siècle, comme Colin Dunlop, décédé en 1837. Elle est aujourd’hui située à près de 2 km de George Square, qui marque le centre de la ville moderne.

 Au nord-ouest de Glasgow, on traverse un quartier très résidentiel puis un joli parc, on passe non loin du Helvingrove Museum et l’on parvient à l’Université. Celle-ci abrite, dans un bâtiment moderne, la Hunterian Art Gallery, actuellement fermée pour réaménagement, à l’exception de la Mackintosh House.

 La maison de l’architecte, designer et artiste Charles Rennie Mackintosh (1868 – 1928) et de son épouse Margaret Macdonald Mackintosh (1864 – 1933), artiste et designer, est actuellement accolée à la Hunterian. En réalité, elle se situait du vivant des artistes à quelques centaines de mètres plus loin. Ce que nous voyons aujourd’hui est une reconstruction de certaines pièces dans leurs dimensions d’origine et leur agencement initial, décorées avec du mobilier et selon le design des deux artistes.

 La maison est petite, mais chaque pièce constitue un éblouissement. Le salon, blanc avec des touches de couleurs, est inondé de lumière. La salle à manger est plus sombre, meublée avec des chaises de bois obscur dotées d’un dossier tout en hauteur. Des rayures donnent de la profondeur à la chambre à coucher, dont les murs et le plafond sont animés de bandes parallèles. Le spectateur reste saisi par l’harmonie de l’ensemble, la créativité, le sens de la retenue dans une évocation tout en nuances.

 Mackintosh et Macdonald sont associés à l’Art Nouveau. Il y a du vrai : certains de leurs posters font penser à Alfons Mucha, certaines de leurs peintures à Gustav Klimt. Mais on est loin de l’effusion végétale de Horta à Bruxelles, Gaudi à Barcelone, ou encore Vallin, Gallé, Majorelle ou Gruber à Nancy. L’esthétique de Mackintosh et Macdonald est plus abstraite, elle se fonde largement sur des formes à angle droit ; elle est aussi plus modeste, laissant de grands espaces vides de décoration, riches seulement d’une peinture à plat soigneusement posée dans un délicat antagonisme ou une subtile complémentarité avec d’autres surfaces.

 Plusieurs bâtiments de Glasgow ont été dessinés par Charles Mackintosh avant que la chute des commandes liée à la première guerre mondiale le pousse à la faillite et à l’exil, d’abord à Londres, puis en France à Port Vendres. La Glasgow School of Arts est de ceux-là. Nous n’avons pu visiter l’intérieur, car l’Ecole était occupée par des étudiants en examen. Mais la façade est intéressante par ses proportions harmonieuses et par l’usage, toujours en petite touche, de la ferronnerie, pour animer les volumes.

Façade de la Glasgow Scool of Arts par C. R. Mackintosh. Photo "transhumances"

Venise peinte par Turner

Dans l’une des salles consacrées à Turner à la Tate Britain, un tableau m’a captivé : Venise vue des marches de l’hôtel Europa, exposé pour la première fois en 1842.

 « Venise a sûrement été construite pour être peinte par… Turner », écrivait John Ruskin. On reconnait dans ce tableau de 1842 la Douane de Mer, Saint Georges, et les « zitelle » (La Salute et La Presentazione). Cette image restitue de manière magique l’esprit de la ville de la lagune. Venise est esprit, vapeur, brume. Venise est canal, ondulation, reflets. Venise est opulence, culture, renaissance.

 Le tableau de Turner est fortement structuré. Pourtant, on ne discerne pas de rivages. Palais et églises appartiennent au monde de l’air et de la mer, aucune rive ne les sépare. Ce qui structure la représentation, c’est la lumière. C’est bien la Venise que nous connaissons, mais transfigurée en une cité immatérielle, onirique et lumineuse.

 Illustration : « The Dogano, San Giorgio, Clitella from the steps of the Europa », Joseph Mallard Turner, 1842.

Angelica Garnett (1918 – 2012)

 

Angelica Garnett à Charleston House, photo The Guardian

Angelica Garnett, dernière survivante du Groupe de Bloomsbury, est décédée à Forcalquier le 5 mai à l’âge de 93 ans.

 « Transhumances » a à plusieurs reprises évoqué le Groupe de Bloomsbury, ce collectif d’intellectuels et d’artistes exceptionnels (Virginia Woolf, John Maynard Keynes, Duncan Grant…) qui a fortement marqué la vie culturelle en Grande Bretagne dans la première moitié du vingtième siècle : « le groupe de Bloomsbury à Charleston House » (2 octobre 2011) évoquait leur lieu de vie ; « Vanessa et Virginia » (12 novembre 2011) la relation d’amour et de jalousie des deux sœurs Vanessa Bell et Virginia Woolf ; « affectueusement trompée », le difficile chemin de la fille de Vanessa, Angelica Garnett, pour construire son identité propre.

 Angelica, artiste et écrivaine, vient de mourir, et avec elle la dernière survivante du Groupe de Bloomsbury. Dans The Guardian du 7 mai, Frances Spalding dresse son portrait. Je cite un passage de son article qui traite de la relation d’Angelica avec la France.

 « Sa mère rappelait souvent à Angelica qu’elle avait du sang français dans les veines, car son arrière – arrière grand-mère avait été mariée au Chevalier de l’Etang, un membre de la Cour de Marie-Antoinette. Mais il n’y avait guère besoin de cette connexion lointaine pour stimuler l’intérêt de la jeune fille pour tout ce qui était français, y compris l’art. Dans son enfance, il y avait de longues périodes passées dans le sud, principalement dans une petite villa en périphérie de Cassis.

 Quand elle eut 18 ans, elle fut envoyée vivre pendant une période dans une famille à Paris afin d’apprendre la langue. Dans son vieil âge, elle remarquait que sa vie avait été « mêlée à la France de manière lâche et envahissante aussi longtemps que je m’en souvienne, et que rien en cette vie ne serait le même ou n’aurait la même saveur sans cette connexion ». Il se trouve que le pays devint son chez-elle permanent et elle passa ses 30 dernières années à Forcalquier. »

Yayoi Kusama

Yayoi Kusama, Passing Winter, 2005

La Tate Modern de Londres présente jusqu’au 5 juin une rétrospective de l’artiste japonaise Yayoi Kusama, née en 1929.

 « Yayoi Kusama est peut-être le mieux connu des artistes japonais vivants, dit le catalogue de l’exposition. Depuis les années 1940, elle a travaillé de manière obsessive, développant un corpus de travaux qui inclut la peinture, la sculpture, le dessin et le collage aussi bien que des installations enveloppantes à grande échelle, pour lesquelles elle est le mieux connue. Une bonne part de l’art de Kusama a une intensité presque hallucinatoire qui reflète sa vision, que ce soit à travers une accumulation fourmillante de détails ou par des motifs chargés de pointillés. Dans les années 60 et 70, elle devint une figure majeure de l’avant-garde new-yorkaise (…) Depuis son retour au Japon en 1973, elle a continué à se réinventer comme une romancière et une poétesse, tout en revenant à l’art de la peinture, de la sculpture et de l’installation. »

 Parmi les œuvres les plus remarquables, citons « Agrégation : exposition de mille bateaux » de 1963. La sculpture toute blanche représente un canot et ses rames. Les formes sont données par des centaines de phallus. Le spectateur se sent comme opprimé par cette obsession, à l’opposé de l’image de liberté que le thème marin est censé véhiculer.

 Dans le film « l’auto oblitération de Kusama » (1967), l’artiste nous emmène dans un torrent d’images et de sons, dans l’ivresse et les vapeurs du mouvement hippie.

 L’artiste a recréé pour l’exposition une installation intitulée « salle d’infinité réfléchie dans des miroirs et remplie par la brillance de la vie ». Le spectateur est environné de petites lampes qui s’allument, s’éteignent et changent de couleurs et se reflètent dans une série de miroirs.

 Les œuvres peintes par Yayoi Kusama ces dernières années renouent avec des thèmes de jeunesse : graines, pointillés, yeux, fleurs, citrouilles… Elles étincellent de couleurs.