Tempête sur le commerce de détail en Grande Bretagne

Une boutique de Jessops en faillite. Photo The Guardian

La Grande Bretagne connait une véritable vague de faillites dans le commerce de détail.

 En France, le dépôt de bilan de Virgin a fait l’actualité en janvier, mais semble encore une exception. En Grande Bretagne, c’est à une véritable épidémie de faillites que l’on assiste, touchant le commerce de détail dans une grande variété de secteurs.

 Depuis le début janvier, trois marques célèbres sont « entrées en administration », comme on dit Outre Manche : HMV (un distributeur de musique, comme Virgin), Blockbuster (vidéo) et Jessops (photo).

 L’année 2012 avait déjà vu un grand nombre de faillites : en janvier, Peacocks (vêtements), La Senza (lingerie) et Barratts (chaussures) ; en mars, Game (jeux vidéo) ; en mai, Clinton Cards (carterie) ; en juin, Allders (grand magasin) ; et en octobre,  JBB (articles de sport). Le mouvement se poursuit donc à un rythme accéléré. Le syndicat professionnel des détaillants, British Retail Consortium, indique qu’actuellement une boutique de centre ville sur 9 est vide dans le pays.

 Les raisons de la déconfiture du commerce de détail tiennent en bonne partie au développement des ventes par Internet. Les consommateurs visitent les boutiques pour fixer leurs désirs, mais finissent par acheter en ligne, à un prix bien inférieur. Les chaînes de magasins se plaignent de la croissance de leurs coûts (une hausse de 2.6% des loyers commerciaux est prévue en avril) et d’une concurrence déloyale de certains opérateurs en ligne : c’est ainsi qu’Amazon paierait moins d’impôts que ses concurrents dans le livre et le disque établis en Grande Bretagne.

 La désertion des grandes chaînes de magasin pose un vrai problème aux administrations municipales. A Ealing Broadway, un quartier de Londres pas vraiment central, les responsables sont conscients du risque que les marques les plus réputées se replient sur les artères les plus commerçantes, comme Oxford Street ou se déplacent au contraire vers les vastes centres commerciaux de la périphérie ; les espaces ainsi laissés vacants seraient occupés par des commerces de moindre prestige, comme des fast-foods ou des boutiques de pari sportif. Comme le dit Sam Jones dans The Guardian du 18 janvier, ils misent sur la réhabilitation du shopping comme une activité de loisirs. A Ealing Broadway, l’implantation d’un multiplex de cinéma et l’arrivée d’un supermarché Morrison s’inscrivent dans cette stratégie. C’est aussi le cas de l’ouverture de cafés où les employés de bureau grignotent un sandwich et où les parents de jeunes enfants partagent une boisson et s’apportent un soutien mutuel.

 Le mouvement de restructuration du commerce de détail se déroule en France pour le moment à un rythme modéré. Ce qui se passe en Grande Bretagne pourrait augurer une brutale accélération de ce côté-ci de la Manche.

Vies d’exil

La Cité nationale de l’histoire de l’immigration présente à la Porte Dorée, à Paris, une exposition intitulée « Vies d’exil : des Algériens en France pendant la guerre d’Algérie (1954 – 1962).

 Le Palais de la Porte Dorée a été construit en 1931 dans le cadre de l’exposition internationale. Il fut un musée des colonies, puis musée national des arts d’Afrique et d’Océanie avant que les collections soient transférées – en 2003 – au nouveau musée du Quai Branly. Depuis 2007, le palais abrite la Cité nationale de l’histoire de l’immigration ainsi que l’Aquarium.

 La visite du palais est en elle-même intéressante. Son architecte Albert Laprade l’a conçu en mêlant le style Art Déco, l’architecture classique française et l’architecture du Maroc. La salle des fêtes, devenue forum, et les deux salons de réception, celui du Maréchal Lyautey et celui du Ministre Paul Reynaud ont une décoration de bon goût mais délibérément exotique. L’immense façade en bas relief d’Alfred Auguste Janniot évoque les multiples réalités qui constituaient l’empire colonial français.

 Le palais abrite une exposition permanente qui, à partir d’objets, de documents écrits, de photos, de peintures, d’enregistrements radiophoniques et de films, explique les différentes phases de l’immigration en France, belge, puis italienne, polonaise, espagnole et portugaise, et, plus récemment, maghrébine, turque, africaine ou vietnamienne.

 Jusqu’au 19 mai, l’exposition temporaire est consacrée à l’immigration algérienne en France pendant la guerre d’Algérie. On y trouve des documents passionnants sur la vie dans les bidonvilles de Gennevilliers et de Nanterre, les musiciens qui se produisaient dans les cafés, les écrivains, la montée du nationalisme, la guerre fratricide entre le MPLA et le FLN, la répression menée par le ministre Papon, les porteurs de valise et finalement l’indépendance. L’exposition rend présente une époque déjà séparée de nous par une génération mais dont les blessures restent à fleur de peau. Elle le fait en adoptant le point de vue des Algériens exilés en France : ce décentrement est bienvenu.

Le salon de Lyautey au Palais de la Porte Dorée

Voyance

Au fil des années, je me suis convaincu qu’il n’y a pas d’esprit hors de la chair, et que cette « incarnation » fait la beauté de la vie humaine. La rencontre avec ma filleule Claire, qui vient de se lancer dans la profession de voyante médium a été dans ce contexte particulièrement stimulante.

 Née en 1981, ma filleule Claire Thomas vient de créer son entreprise de voyante médium. C’est pour elle une vraie rupture professionnelle : elle avait jusqu’à présent travaillé dans le monde de la radio, comme animatrice d’émissions destinées aux jeunes puis responsable de la programmation informatique des « web radios » dans une chaîne de radios musicales. Toutefois, elle y voit quant à elle une forte continuité : elle a toujours travaillé dans le domaine des ondes, celles que l’on capte par un poste de radio ou un ordinateur comme celles que capte le médium dans la relation avec son client.

 Claire a un don qu’elle dit avoir hérité de sa grand-mère maternelle. Elle « voit » le passé de personnes avec une grande netteté : événements, situations, dates et lieux. Elle « voit » aussi leur avenir : elle a ainsi annoncé à l’une de ses amis partie pour un long voyage qu’elle ne reverrait pas son grand-père vivant, et la prédiction s’est avérée exacte. Elle reçoit des messages de personnes décédées et les transmet à leurs proches. Elle est capable de lire les vies antérieures.

 Elle a décidé de construire son identité professionnelle sur ce don. Elle consulte à son cabinet ou par téléphone, par Skype et par Internet, en utilisant ce qu’elle appelle ses « flashs » ou le tarot de Marseille. Elle donne des cours, participe à des émissions de radio ou de télévision, est consultante pour de grands cabinets de voyance.

 Claire et moi vivons sur des planètes différentes. Je ne crois pas que l’âme existe hors de la conscience de chaque personne, et je pense que la conscience est le produit d’une série complexe d’interactions entre le cerveau de chaque personne, son propre corps et son environnement. Lorsque le corps meurt, ou lorsque la conscience est grignotée par une maladie du cerveau, « l’âme » cesse d’exister. Nous n’avons qu’une vie et celle-ci est limitée. Notre mortalité rend la vie à la fois tragique et belle.

 Je pense que certains humains sont spécialement doués pour l’empathie. Je n’ai pas de mal à imaginer que, face à face avec un autre humain, ils puissent « détecter ses mensonges », « voir clair dans son jeu », sentir ses peines, ses joies, ses désirs et ses appréhensions. D’une certaine manière, ils deviennent immédiatement familiers et peuvent « prévoir », ou même « prédire » ce qui devrait leur arriver sur la lancée de ce qu’ils sont aujourd’hui.

 En revanche, je ne crois pas que l’on puisse prédire l’avenir à l’aide d’un jeu de cartes ou en se fondant simplement, par Internet, sur un nom et une date de naissance. Je crois que nous n’avons pas de vie antérieure ni de vie future. Je ne crois pas que des morts puissent chercher à entrer en contact avec nous par l’entremise d’un médium.

 Claire dit elle-même que dans sa profession, il y a plus de 70% de charlatans. Il n’y a pas de diplôme reconnu ni d’instance de régulation, pas de label de qualité. Pourtant, elle considère son activité comme un vrai métier. L’objectif est clair : gagner sa vie en rendant un vrai service aux personnes qui consomment ce service, les aider à mener leur existence de manière plus sereine, désamorcer leurs peurs en pointant leur origine. Elle est consciente qu’elle peut se tromper. Elle n’hésite pas, en cas de doute, à demander l’avis d’autres professionnels.

 Dans le livre d’or du site Internet de Claire, quelqu’un mentionne « honnêteté, bienveillance et disponibilité ». Rencontrer Claire le temps d’un déjeuner ne m’a pas fait dévier d’un parcours existentiel qui m’a fait découvrir que la vie est belle grâce à l’amour entre les êtres, à l’industrie et au commerce et à la création artistique. Que la vie est belle aussi parce qu’elle est tragique et drôle, parce qu’elle a un début et une fin. Mais avec son univers si distant du mien, c’est aussi d’amour que parle ma filleule.

Photo « transhumances »

Le médecin généraliste face aux malades de l’Alzheimer

Face aux patients souffrant de la maladie d’Alzheimer, les médecins généralistes se trouvent souvent désarmés, comme accablés par le poids des représentations dépréciatives. Ils ont pourtant un rôle actif et positif à jouer.

 J’ai eu l’occasion d’assister à Paris à la soutenance de thèse de docteur en médecine de mon filleul Loïc Tirmarche. Outre la fierté d’assister à son succès, l’émotion ressentie à la prestation du serment d’Hippocrate et le plaisir de partager un café et un croissant dans un café du boulevard de l’Hôpital, j’ai trouvé intéressante la présentation de sa thèse et stimulante la discussion qui la suivit avec le jury.

 Le sujet de la thèse était “La représentation de la maladie d’Alzheimer par les internes de médecine générale, impact du stage ambulatoire de niveau 1″ En d’autre termes : le stage pratique chez un praticien change-t-il la perception d’un interne en médecine générale sur la maladie d’Alzheimer ?

 Les termes associés à la maladie dans l’opinion générale sont péjoratifs et souvent dépréciatifs : maladie honteuse, mort psychique, pathologie incurable et irréversible, fardeau pour les proches… La maladie est comme un rat qui grignote la conscience ; le malade, comme un poisson rouge qui, le temps de faire le tour du bocal, a oublié qu’il est déjà passé par là. Les internes en médecine sont, comme tout le monde, imprégnés par ces représentations négatives ; parfois, comme tout le monde, ils sont confrontés à la démence de personnes qui leur sont proches. Le stage pratique de 6 mois inclus dans leur cursus ne change pas vraiment leur perception, tant les idées communes sont profondément ancrées.

 L’image écrasante de l’Alzheimer tient en partie au fait que la maladie est en général associée à la vieillesse, qui est un état irréversible et incurable. Mais vieillir est une chance, souligne un membre du jury, une chance dont nombre de personnes décédées d’une maladie ou d’un accident dans la fleur de l’âge auraient rêvé ! Et s’il est vrai qu’il n’existe pas de cure vraiment efficace contre l’Alzheimer – comme contre la vieillesse ! –  certains médicaments ont un effet positif sur certaines personnes : entre une efficacité nulle et une efficacité faible, il y  a plus qu’une nuance.

 Face aux malades de l’Alzheimer comme à leurs familles, le médecin généraliste doit admettre que la maladie et la mort auront finalement le dessus, accepter la vulnérabilité du patient et sa propre faillibilité, se placer dans la position de celui qui accompagne et aide l’autre à exister. Plus qu’un prescripteur de médicaments, c’est un communiquant, qui doit trouver « la bonne proximité » (et non « la bonne distance ») avec ses patients. Mais pour autant, le médecin doit aussi se placer en position de combat. Mettre un nom sur la maladie, c’est déjà l’objectiver, la tenir en lisière. Annoncer à une personne qu’elle doit désormais vivre avec elle est certes une mauvaise nouvelle, mais il faut lui dire que des traitements existent, certes imparfaits, qu’une bataille commence et que le médecin se tiendra à ses côtés.

 Le médecin est celui qui diagnostique le mal, de manière aussi précoce que possible, celui qui administre un traitement, et celui qui accompagne non seulement le patient mais ses proches, qui constituent son environnement naturel.

Photo : Emmanuelle Riva dans le rôle d’une patiente d’Alzheimer dans le film de Mickael Haneke Amour, avec Jean-Louis Trintignant.