Environnement : urgence !

Au Sommet de la Terre de Rio. Photo The Guardian.

Dans The Guardian du 31 décembre, George Monbiot, journaliste spécialiste des questions environnementales, a écrit un réquisitoire intitulé : « 2012, l’année où nous nous sommes efforcés d’abandonner le monde naturel ».

 « C’était l’année à vivre dangereusement. En 2012, les gouvernements ont tourné le dos à la planète vivante, démontrant ainsi qu’aucun problème chronique, quelle que soit sa gravité, n’aura la priorité sur une préoccupation immédiate, même triviale. Je crois qu’il n’y a pas eu de pire année pour le monde naturel pendant le dernier demi-siècle. »

 Monbiot cite les désastres écologiques qui se sont révélés ou développés l’an dernier : la fonte accélérée de la banquise, l’épidémie qui décime le pin d’Ecosse, l’extinction précipitée de grandes espèces animales comme le rhinocéros, etc. « Et ceux qui sont chargés de nous protéger, nous et le monde dans lequel nous vivons, prétendaient que rien de tout cela ne se passait ».

 Le journaliste cite l’indifférence des grandes puissances au Sommet de la Terre de Rio en juin, manifestée par l’absence des chefs d’Etat ou de gouvernement des Etats-Unis, du Royaume Uni, de l’Allemagne et de la Russie. « La déclaration finale fut une parodie d’inaction. Alors que les 190 pays qui la signèrent exprimèrent un “profond souci” pour les crises mondiales montantes, ils ne se mirent d’accord sur aucun objectif, aucune date et aucun engagement, à une seule exception près. Seize fois ils s’engagèrent à « une croissance soutenue », un terme qu’ils utilisèrent de manière interchangeable avec son exact opposé, « soutenable » (sustained growth / sustainable growth).

 La conférence du climat à Doha à la fin de l’année produisit une combinaison semblable d’inanité et de contradictions. Les gouvernements on maintenant commencé à admettre, sans manifester une grande préoccupation, qu’ils manqueront leur objectif de pas plus de 2° de réchauffement global à la fin de ce siècle (…)

 Nos leaders traitent maintenant le changement climatique comme un coupable secret ». Monbiot cite le silence des candidats à la présidentielle américaine sur le sujet. Il mentionne l’échec à réformer la politique agricole commune européenne. « Les subventions aux agriculteurs sont soumises à la condition qu’ils détruisent la végétation, ce qui signifie aussi la vie sauvage. Nous payons 55 milliards d’euros par an pour souiller le monde naturel ».

 Le journaliste se penche sur le cas de son pays, la Grande Bretagne. « En 2012, on a donné les clés de la galerie d’art aux vandales. La politique environnementale est maintenant entre les mains de gens, tels que George Osborne, Owen Paterson, Richard Benyon et Eric Pickles, qui n’ont pas plus de sentiments à l’égard du monde naturel que les Puritains pour les beaux-arts. » Monbiot cite « un bûcher de réglementations protectives de l’environnement » par la coalition des Conservateurs et des Libéraux., de l’usage des pesticides aux zones de pêche.

Pour George Monbiot, s’il y a de l’espoir, il réside dans la mobilisation des citoyens. La conscience de l’urgence agir pour la protection de l’environnement avant qu’il soit trop tard ne cesse de croître parmi les citoyens. « Les gouvernements se soucient des choses seulement dans la mesure où leurs citoyens les forcent à s’en soucier ». En 2012, les citoyens ont été de plus en plus soucieux mais, comme les médias et les gouvernements, ils ont détourné le visage du plus grand problème de l’humanité et sont restés passifs. Sauront-ils se mobiliser en 2013 ? C’est indubitablement l’un de principaux enjeux de l’année qui commence.

« Slow » et « Vintage »

L’une des chaînes du « bouquet télévision » de Free est Chérie 25. Dans son émission « 99% Plaisir », Sophie Brafman interviewait le 30 décembre un « tendanceur », Vincent Grégoire. Selon lui, ce qui est branché aujourd’hui, c’est le « slow » et le « vintage ».

 Voici comment Chérie 25 présente 99% Plaisir. « Nous aurions pu appeler ce rendez-vous « Les bonheurs de Sophie », du prénom de son animatrice et journaliste Sophie Brafman, tant la mission de cette émission hebdomadaire est claire : vous plonger au cœur du beau (design, déco, architecture…), du bon (resto, détente…), et du bonheur (voyages, événements, découvertes…). »

 Le 30 décembre, l’invité de l’émission était Vincent Grégoire, qui se présente comme « tendanceur », c’est-à-dire détecteur de tendances qui s’imposeront aux spécialistes de la mode ou aux designers. Son interview était intéressante. Il expliquait que les tendances se perçoivent de multiples manières, en regardant la télévision, en interrogeant les consommateurs sur ce qu’ils n’aiment pas (ils ne savent en général pas dire ce qu’ils aiment), en visitant des galeries, en surfant sur les réseaux sociaux. Il disait aussi qu’il fallait être surtout attentif à ce qui dérange. Si quelque chose nous irrite, c’est qu’il y a de la nouveauté et potentiellement une tendance pour l’avenir.

 Vincent Grégoire mettait en évidence deux tendances du moment : le « slow » et le « vintage ». Le « slow », c’est prendre son temps, être « cool », ne pas s’énerver, ne pas se hâter d’engloutir les choses afin de pouvoir les savourer. On parlera de « slow food » par opposition au « fast food ». Le « vintage », c’est la nostalgie du monde d’autrefois, du hula-hoop aux exercices de gymnastique des cours de récréation d’il y a cinquante ans.

 Le formidable essor de la bicyclette se nourrit naturellement du marasme économique et des préoccupations écologiques, mais il est aussi porté par un effet de mode. Malgré son nom, le vélocipède est un moyen de transport calme et « slow ». Dans les milieux branchés, il est de bon ton d’enfourcher un deux-roues « vintage ». Le résultat est obtenu soit en retapant un vélo ancien et en l’agrémentant d’accessoires : des ateliers se sont ouverts dans les grandes villes à cet effet. Soit en achetant un vélo flambant neuf, mais dont le « look » est ancien, à la manière des Fiat 500 et des Minis.

 Il y a cinquante ans, la bicyclette était le moyen de transport des ouvriers. Elle est devenue la marque distinctive de « bobos » qui entendent s’afficher comme « slow » et « vintage ».

Bicyclette « Vintage »

En Grande-Bretagne aussi, le « mariage pour tous »

En Grande Bretagne comme en France, le Gouvernement s’apprête à faire voter une loi autorisant le mariage entre personnes de même sexe.

 Dans The Guardian du 28 décembre, Tom Clark et Andrew Sparrow indiquent que l’opinion publique britannique, réticente en mars, est aujourd’hui franchement favorable au « mariage gay ». Un sondage commandé par The Guardian révèle que 62% des sondés s’expriment en faveur (31% contre) alors qu’ils étaient seulement 45%  il y a neuf mois (36% contre). Le changement spectaculaire d’opinion est particulièrement sensible chez les électeurs « Tory » (conservateurs) : ils étaient 35% à approuver le mariage gay en mars et 50% à le désapprouver ; ils sont maintenant 50% à l’approuver et 42% à le désapprouver.

 Le principal clivage dans l’opinion suit les tranches d’âge. Les sondés de plus de 65 ans sont hostiles au mariage gay à 58% (37% seulement sont favorables). Toutes les autres tranches d’âge sont favorables, avec une pointe d’approbation à 77% chez les 18 – 24 ans.

 Comme en France, les églises se sont élevées contre le projet de loi. Le primat de l’Eglise Catholique, Vincent Nichols, a souligné que la réforme n’était pas inscrite dans les programmes des partis et n’avait pas fait l’objet d’un livre blanc. L’Eglise Anglicane qui, en tant que religion officielle, célèbre des mariages qui ont une valeur à la fois religieuse et civile, a été placée hors du périmètre de la loi et ne sera donc pas obligée de célébrer des mariages de personnes de même sexe.

 Les différences entre la France et la Grande Bretagne sautent aux yeux. Outre Manche, c’est un gouvernement conservateur qui va faire passer cette réforme de société ; en France, il a fallu attendre une alternance de gauche. En Grande Bretagne, on parle du « mariage gay », en France du « mariage pour tous » : la valeur de l’égalité est plus prégnante de ce côté-ci du Channel. En Grande-Bretagne, le débat ouvert par la loi a convaincu un grand nombre d’indécis de son bien-fondé. En France, le soutien au « mariage pour tous » semble s’effriter à mesure que s’approche le vote au Parlement. Et le débat sur la procréation assistée semble cantonné à ce côté-ci de la Manche.

(Photo « The Guardian »)

Bonne année 2013 !

« Transhumances » souhaite à ses lecteurs une année 2013 de lucidité et de détermination.

 Dans cette photo publiée par The Guardian, la photographe Virginie Nguyen Hoang rend palpable la détermination de jeunes manifestants d’Alep, en Syrie. Ils savent les dangers immédiats qu’ils encourent, et ils pressentent sans doute aussi les difficultés à  venir après la victoire. Ils sont fatigués mais déterminés à faire entendre leur voix.

 En France, les incohérences du gouvernement issu des élections de mai montrent combien il est compliqué de construire une politique pertinente et constante dans un monde qui change de manière accélérée. L’humeur est au désenchantement. Puissions-nous retrouver l’espoir, la rage de s’en sortir et la volonté d’aller de l’avant quoi qu’il en coûte qui animent les jeunes d’Alep et d’ailleurs dans le monde.

 C’est le vœu que je formule pour vous-mêmes, vos familles et vos amis pour cette année nouvelle !