Un marché dérivé de la dot ?

Dans le blog de l’Association Nationale des Directeurs Financiers et Contrôleurs de Gestion, DFCG, le rédacteur en chef du blog François Meunier se penche sur les conséquences financières de la distorsion du sex-ratio à la naissance dans de nombreux pays qui encouragent systématiquement des naissances de garçons au détriment des filles. Dans cet article intitulé « le prix de ces dames », il se prête à une amusante fiction financière, imaginant un marché dérivé construit sur les distorsions du sex-ratio.

Le sex-ratio à la naissance (SRN) mesure le rapport entre le nombre de garçons et celui des filles à la naissance. On sait que la préférence pour les garçons s’accroît dans beaucoup de pays. François Meunier indique ainsi que « Le SRN, qui se situe naturellement à 105, est monté par exemple à 112 au Vietnam, qui suit désormais l’exemple de l’Inde et de la Chine. Dans certaines régions de Chine, il atteint 130, et même 190 pour le second enfant dans les villages où il est permis d’avoir un second enfant et quand le premier enfant est une fille.

La sociologie – et aussi la finance – rentrent en jeu dès qu’on se pose la question : que va-t-il se passer dans 20 ou 25 ans, quand le manque de filles perturbera ce que les économistes, avec leur froideur habituelle, appellent le « marché matrimonial » ? Cela s’est déjà passé dans l’histoire, mais à l’inverse, lorsqu’une guerre importante provoquait une hémorragie de jeunes hommes (…) »

L’auteur évoque l’aspect financier du marché matrimonial, qui se concrétise dans la dot. En Asie (et anciennement en Europe), la dot est la somme que la famille de la fiancée verse a la famille du mari ; en Afrique et dans les pays musulmans, c’est au contraire le prix que l’on paye pour obtenir l’épouse.  « Les variations du SRN ne sont pas neutres sur le niveau des dots. Une hausse du SRN, provoquant à terme une pénurie d’épouses, accroît le prix de la dot (à l’africaine) et réduit le prix de la dot (à l’asiatique). Depuis peu, c’est ce qui advient en Inde. Le raisonnement économique marche ! On note aussi qu’y apparaissent, simultanément à des dots versées par la famille de l’épouse, des contre-dots pour paiement de la fiancée. De même, les hommes paient souvent très cher la venue d’épouses de pays étrangers, d’où la cote des femmes d’Europe de l’Est dans des pays comme la Chine ou même l’Inde. »

C’est ici que François Meunier introduit une fiction financière. Une petite incidente financière : un marché financier sophistiqué de la dot permettrait de réguler ce cycle et dans certains cas de stabiliser le SRN à son niveau naturel de 105. Imaginez en effet qu’on puisse acheter et vendre à terme la dot sur un marché à terme. Si on peut anticiper que dans 20 ans la dot (à l’africaine) va monter par manque de filles ou abondance de garçons, il est intéressant de l’acheter sur le marché à terme. La hausse de prix signale à certains couples qu’il est intéressant de se remettre à faire des filles ; elle indique aussi à certains spéculateurs menacés de livrer à terme le « physique » qu’il faut par anticipation se procurer des filles (ou shorter les garçons). En cas de hausse du SRN, beaucoup de parents achèteront non pas leur future belle-fille à l’âge d’enfant pour sécuriser le mariage de leur fils – cela ne se fait plus trop aujourd’hui, sauf en terre musulmane –, mais un contrat à terme, pour couvrir l’inflation des dots quand leur fils cherchera une épouse. À l’équilibre, s’il n’y a pas de bulles, la spéculation est stabilisante et le taux de naissance se situe à l’équilibre démographique naturel.

Le stimulant article de François Meunier se trouve à l’adresse suivante : http://dfcg-blog.org/2011/07/29/le-prix-de-ces-dames/. Illustration : Chris Ofili, No Woman No Cry.

La fête du gras

L’alimentation est probablement devenue un marqueur de classe plus discriminant que la montre que l’on porte ou la voiture que l’on conduit.

 Professeur de surf au Cap Ferret, Frédéric observait que, sur la plage huppée où il exerce, tout le monde est mince. En contrepartie, il observait que dans la station plus socialement mêlée de Maubuisson, autour des cabanes à frites dénommées « chez ProutProut » ou, de manière audacieuse « Au fin gourmet », c’est la « fête du gras ». Hamburgers, chichis, hotdogs, sodas apportent leur dose de calories et de graisses au moindre prix.

 Les Rolex et les Porsche Cayenne marquent certainement l’appartenance au club des possédants. Mais tous les riches ne pratiquent pas l’ostentation. S’alimenter sainement, se maintenir en forme, garder la ligne est probablement devenu un indicateur plus sûr d’appartenance à l’élite que la possession d’objets de valeur.

 Illustration : affiche du film « Super size me de Morgan Spurlock, qui dénonçait en 2004 la « malbouffe ».

Aller à Ikea

Aller à Ikea est sur la liste non exhaustive des choses que la chanteuse Rose voudrait faire avec son amour.

 Le parcours du magasin Ikea de Bordeaux Lac s’étale sur deux niveaux et plusieurs centaines de mètres. Rien n’est épargné au consommateur, qui ne bénéficie pas, comme au magasin frère de  Wembley, de raccourcis. Pour acheter une banale poubelle de salle de bains, il faut monter au premier étage et visiter en grand détail les bureaux, les chambres, les cuisines et les salons avant de gagner le droit de redescendre au pays des batteries de cuisine, luminaires, cadres de tableaux, tapis et autres housses de couettes.

Le parcours se fait à sens unique dans une foule bigarrée dans laquelle les vieux claudicants se heurtent aux enfants braillards à qui les parents exaspérés promettent de justes punitions corporelles, et les hommes tatoués et ventripotents reluquent les jeunes filles en talons aiguille.

 Ikea Bordeaux Lac invite à l’humilité. Nous ne sommes pas plus adroits que nos compagnons d’embouteillage et provoquons plus qu’à notre tour des bouchons devant les rayons qui attirent notre attention. Nous nous promettons bien de ne pas nous laisser piéger par le machiavélique marketing de la grande surface, mais au terme d’une épreuve de plus d’une heure, nous découvrons à la caisse que notre liste de courses initiale n’avait rien d’exhaustif : elle s’est alourdie d’un bon nombre d’articles dont l’absolue nécessité nous est apparue pendant notre interminable pérégrination.

Photo Ikea.

Quatorze Juillet

La polémique suscitée par la proposition d’Eva Joly de remplacer le défilé militaire du quatorze juillet par un défilé citoyen souligne le caractère émotionnel de la fête nationale en France.

 Je trouve stimulante la proposition d’Eva Joly et déplacées les réactions de ceux qui fustigent l’origine norvégienne de la candidate écologiste à la présidentielle. Un défilé citoyen mettrait en scène les forces vives de la société civile, romprait la dichotomie entre acteurs en uniforme et spectateurs et serait plus cohérent avec l’événement fondateur de la République, la prise de la Bastille par le peuple de Paris.

 Toutefois, il faut bien reconnaître qu’un défilé citoyen unique ferait double emploi avec les rassemblements citoyens multiples qui, partout en France, marquent la fête nationale par des dîners champêtres, des bals musette et des feux d’artifice. Je ne connais pas de pays européens où la fête nationale est célébrée par tant de citoyens, en tant de lieux et avec tant de cœur.

 Le défilé militaire porte, lui aussi, le souvenir vivant de la Révolution Française et de la défense de la patrie en danger. Il nous rappelle que, comme nation, nous avons décidé d’intervenir en Côte d’Ivoire, en Lybie ou en Afghanistan et que des hommes risquent leur vie pour cela. Il donne de la France une image multicolore de perfection humaine et technologique à laquelle nous aimerions tant que ressemble la réalité de notre pays.

 Photo « transhumances » : feu d’artifice à Carcans (Gironde), le 14 juillet 2011