L’affaire Bojarski

Dans L’Affaire Bojarski, le réalisateur Jean-Paul Salomé s’inspire d’un personnage réel qui parvint à fabriquer et écouler de la fausse monnaie pendant plus de dix ans après la seconde guerre mondiale.

 Jan Ceslaw Bojarski (Reda Kateb), né en Pologne en 1917, s’est réfugié en France pendant la seconde guerre mondiale. Il produit habilement des faux papiers. Il est repéré par Scola (Olivier Lousteau), un mafieux qui le prend sous sa protection.

Après la guerre, Bojarski tente de faire breveter des objets de son invention, en particulier un stylo à bille, mais ce « polak » sans papier n’est pas pris au sérieux. Il se marie avec Suzanne (Sara Giraudeau), une Française, ils ont une fille puis un garçon. Il vivote de petits boulots.

Scola le prend de nouveau à son service, dans la fabrication et le trafic de fausse monnaie. Lorsque la bande est décimée par un raid de la police, Bojarski décide de se mettre à son compte. Il installe dans une pièce cachée de son pavillon de banlieue un atelier dans lequel il contrefait des billets de 10 000 francs, puis de 100 nouveaux francs.

Rien n’est laissé au hasard. L’outillage a été conçu et fabriqué par lui. Le papier est fait à partir de feuilles à rouler des cigarettes, que le faux-monnayeur achète par kilos dans des débits de tabac partout en France. Il a fabriqué sa propre encre. Les billets sont si parfaitement imités que Bojarski sera qualifié de « Cézanne de la fausse monnaie ».

Il s’est fixé des règles strictes : ne jamais dépenser plus d’un billet par boutique, ne jamais acheter le papier dans le même débit de tabac. Il parcourt la France en trains de nuit, et demeure insaisissable pour le commissaire de police chargé de l’enquête, André Mattéi (Bastien Bouillon). Lorsque, épuisé, il fait appel à la collaboration d’un vieil ami polonais, Anton Dowgierd (Pierre Lottin), il devient vulnérable.

Le film de Jean-Paul Salomé brosse le portrait d’un homme fascinant, un artisan perfectionniste,  passionné par le bel ouvrage, plus intéressé par la reconnaissance – y compris du policier qui entend l’arrêter – que par l’argent.

L’autre versant de ce film, c’est la famille Bojarski. Pendant un temps, Suzanne croit que son mari, tapi dans son atelier, vit de ses brevets. Puis elle se met à douter et découvre le pot aux roses. La famille devient alors dysfonctionnelle : les enfants ne supportent plus l’isolement social. La menace de l’arrestation et de la prison pèse lourdement. Mais Bojarski la vit de manière contradictoire : sa vie personnelle est brisée ; mais il accède aussi à la notoriété et à la reconnaissance qui  lui ont été refusés en tant qu’inventeur de génie.

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