Arte TV a récemment diffusé un documentaire de Mathieu Schwartz et Anaïs Van Ditzhuyzen intitulé « les trésors oubliés de la médecine arabe ». Une équipe de microbiologistes de Strasbourg est partie à la recherche de remèdes inventés et expérimentés par des médecins arabes entre le huitième et le treizième siècles, qui pourraient inspirer la création de médicaments efficaces contre des bactéries résistantes aux antibiotiques.
À Strasbourg, une équipe du CNRS animée par Pierre Fechter recherche de nouveaux médicaments qui permettront de lutter contre des infections lorsque les bactéries auront réussi à muter de telle sorte qu’elles se rendront immunes aux antibiotiques. Leur intuition : que des remèdes mis au point par les médecins pendant l’âge d’or de la civilisation arabe puissent être efficaces là où les antibiotiques ne le sont plus.
L’équipe travaille en coopération avec des spécialistes de l’histoire médiévale arabe. À Fez et Istanbul, des bibliothèques conservent des manuscrits vieux de plus de mille ans. À Damas, à Bagdad puis à Cordoue, des savants ont traduit les livres de médecine écrits en grec par des médecins dont le plus célèbre est Galien. Ils ont inventé des remèdes, les ont testés, ont écrit ce qu’on appellerait aujourd’hui des protocoles. Ils ont consigné leurs recherches dans des livres où sont décrits les symptômes des maladies et les traitements. Leurs noms : Gerber, Al-Kindi, al-Razi, Avicenne, Averroès…
L’équipe de Strasbourg s’est fixée sur un remède d’Avicenne contre une infection cutanée. Ce remède résultait de la réaction de la sève d’une plante – le pin noir – et du cuivre. Le film montre la recherche du pin noir dans une forêt marocaine, sur la base d’un manuscrit ancien décrivant les conifères rencontrés à l’époque. La précieuse sève trouvée, l’équipe produit un échantillon du futur médicament. Elle le fait tester en laboratoire : les résultats sont mitigés, mais suffisants pour poursuivre la recherche.
Le film de Mathieu Schwartz et Anaïs Van Ditzhuyzen constitue un hommage à ces savants séparés de nous par plusieurs siècles, mais qui inventaient et mettaient en œuvre une solide méthodologie scientifique : curiosité pour les recherches menées autrefois et ailleurs, conscience de l’importance des réactions chimiques lorsque deux éléments sont mis en présence, volonté d’observer et de tester les résultats obtenus, écriture de protocoles, rédaction de manuels pour la diffusion des savoirs.
L’âge d’or de la médecine arabe a été oublié au dix-neuvième siècle. La révolution industrielle a fait croire que tout était neuf, qu’on repartait de zéro. Il y avait aussi la croyance bien ancrée que la civilisation occidentale était supérieure à celle des pays que l’on colonisait. Sa redécouverte ouvre de nouvelles perspectives là où la médecine occidentale touche à ses limites et risque l’impasse.

