Les deux candidats à la présidence de l’UMP, Jean-François Copé et François Fillon, se réfèrent fréquemment au parti comme à une « famille politique ».
Mardi 20 novembre, François Fillon prenait acte de sa défaite à l’élection du président de l’UMP, regrettait des irrégularités et ajoutait : « naturellement, je reste au sein de ma famille politique ». Dans l’interminable feuilleton qui l’oppose à Jean-François Copé, le mot « famille » revient dans toutes les bouches, comme une incantation. On évoque les querelles de famille autour d’un héritage, on s’inquiète des haines fraternelles, on redoute que la famille se divise irréductiblement. Mais il semble que le mot « famille » soit le plus apte à désigner la droite.
J’avais été frappé par l’utilisation de ce vocable pendant la campagne présidentielle : je recevais fréquemment des courriels s’adressant à moi comme un membre de « notre famille », probablement parce qu’il semblait invraisemblable qu’un expatrié votât pour un autre candidat que le président sortant.
Mais pourquoi donc la droite serait-elle une « famille » ? Ne peut-elle se structurer qu’autour d’un rôle de « père », un rôle de « mère » et des rôles de « frères » et « sœurs » ? Si tel est le cas, le conflit en cours pour s’arroger la figure paternelle ne peut être que profondément anxiogène pour les fils et filles symboliques de Nicolas Sarkozy
Le livre de René Magnon, « Lacanau-Océan a cent ans, 1906 – 2006 » constitue une mine d’information sur l’histoire de cette station créée à partir de rien par de entrepreneurs visionnaires. Le chemin de fer y joua un rôle essentiel.
L’une des premières illustrations du livre présente une carte du Médoc de 1604. On y voit, en contrebas de la dune littorale ancienne et parallèle à la côte, « l’étang doux de Médoc de cinq lieues de long et une de large » (environ 22 km sur 4). Cet espace marécageux, de profondeur variable, inclut ce que sont aujourd’hui les lacs de Carcans – Hourtin et de Lacanau. Des paroisses le bordent. Certaines sont reconnaissables aujourd’hui : Carcans, Lacanau, Le Porge. Hourtin n’est pas mentionné. Taris, Talaris, Cartaignac ne sont plus maintenant que des lieux-dits.
Jusqu’au dix-huitième siècle, c’était une zone de pâturages, où les troupeaux étaient veillés par des bergers souvent montés sur des échasses. La malaria, maladie des paluds (marécages), sévissait. A partir de 1817, l’Etat entreprit un gigantesque programme d’ensemencement de pins maritimes, dont l’objectif était de produire de la résine pour l’industrie chimique et du bois, en particulier des poteaux pour l’industrie minière ; il était aussi de contribuer au bien-être de la population par l’assainissement et la création d’emplois.
Lorsqu’en 1894 un propriétaire de Lacanau, Pierre Ortal, développa le projet de construire sur la dune une station touristique, le projet paraissait insensé. Certes, Soulac et Arcachon attiraient déjà des vacanciers, mais la première était proche de l’estuaire de la Gironde et la seconde sur le Bassin d’Arcachon, deux emplacements logiques. Lacanau n’était « nulle part ». On y accédait à dos de mules par des chemins forestiers. On construisit une ligne de chemin de fer de Lacanau à l’Océan, prolongeant ainsi les lignes qui reliaient déjà Lacanau à Bordeaux, Lesparre et Arès. Elle fut inaugurée en 1906 et ce fut le point de départ de la station. La route, quant à elle, ne fut ouverte que quatre ans plus tard.
Le trajet de Bordeaux à Lacanau Océan par le petit train durait 3 heures. Le convoi se composait de voitures de première, seconde et troisième classes, d’un fourgon avec un compartiment aménagé pour le service de la poste et parfois un wagon à bestiaux, car durant les grandes vacances les chevaux suivaient leurs maîtres. En 1908 furent mises en service seize voitures aux jolies portières arrondies achetées au Metropolitan Railway de Londres. Chaque compartiment s’ouvrait par une porte donnant sur le quai.
Le petit train de Lacanau dépérit peu à peu après la seconde guerre mondiale, supplanté par la route. La fin de l’exploitation fut décidée en 1961. L’emprise de la voie ferrée est maintenant occupée par une piste cyclable départementale qui va jusqu’à Bordeaux.
Négociation fiscale bipartisane à Washington. Photo New York Times
L’interminable crise de la zone euro ne cacherait-elle pas une crise plus grave, celle d’une récession de l’économie américaine causée par « the fiscal cliff », la « falaise fiscale » ?
L’expression « falaise fiscale » a été popularisée par le Gouverneur de la Réserve Fédérale américaine, Ben Bernanke. Elle désigne le risque de massives augmentations d’impôts et de réductions de la dépense publique dès janvier 2013 si Démocrates et Républicains ne trouvent pas d’ici là un terrain d’entente. Du côté impôts, les mesures d’allègement de l’ère Bush, principalement généreuses pour les grandes fortunes, arrivent à expiration au 31 décembre ; et la correction du barème de l’impôt en fonction de l’inflation n’a pas encore été votée. Du côté des dépenses, un programme d’urgence d’indemnisation du chômage arrive lui aussi à son terme, et l’habituelle subvention d’équilibre permettant de payer les médecins des programmes Medicare et Medicaid n’a pas été votée.
Mais il y a plus. Aux termes d’un accord d’août 2011 entre le président Obama et la majorité républicaine à la chambre des représentants, sitôt qu’un seuil d’endettement public sera atteint, les dépenses seront automatiquement réduites et les impôts automatiquement augmentés. Or, selon de patron d’UPS Scott Davis, l’endettement public américain s’accroit de 3 millions de dollars par minute. Le plafond d’endettement sera atteint en janvier.
Le non renouvellement des mesures fiscales arrivant à échéance et l’application de réductions automatiques opèreraient sur l’économie américaine un prélèvement supérieur à 500 milliards de dollars, soit 3 à 4% du produit national brut. Une grave récession pourrait s’ensuivre, qui rejaillirait presque immédiatement sur les autres grandes économies européennes et asiatiques. Certains économistes disent que l’expression « falaise fiscale » est faible et qu’il vaudrait mieux parler de « debtpocalypse » ou « debtmageddon ». D’autres au contraire préfèrent l’expression de « pente fiscale » (fiscal slope), car les effets de réductions massives seraient répartis sur plusieurs mois, ce qui laisserait aux politiques le temps de réagir.
Il est très possible qu’un compromis soit trouvé en décembre. Les Républicains sont sortis affaiblis de l’élection de novembre, les rhétoriques de campagne ne sont plus de saison et les sondages montrent que la plupart des Américains leur imputerait la responsabilité d’un échec.
Il reste que, par les sommes en jeu et le rôle de superpuissance joué par les Etats-Unis, la falaise fiscale représente un risque important pour l’économie mondiale.
La chaine de télévision Arte vient de diffuser le film autobiographique d’Agnès Varda, Les Plages d’Agnès (2008).
En 2008, Agnès Varda vient d’avoir 80 ans. Dans son film, elle écrit son autobiographie avec pour fil conducteur les plages de sa vie : celles de Belgique, qui marquèrent son enfance ; celles de Sète, ville où sa famille se replia dans la déroute de 1940 ; celles de Noirmoutier, où elle et son mari Jacques Demy achetèrent un moulin ; celles de Californie, où elle passa une partie des turbulentes années soixante.
Varda commença sa carrière comme photographe au Théâtre Nationale Populaire de Jean Vilar. L’esthétique du film est celle de la photographie : il nous présente une série de scènes préparées pour une prise de vue. On construit un décor, on met en place des personnages, on les habille de couleurs, ils prennent la pause, on envoie la lumière. Agnès présente chaque scène d’une voix chaleureuse ; la fin de chaque phrase ne chute pas mais reste en suspens, comme pour nous dire que l’évocation du passé ouvre sur l’avenir.
Les films de Varda et de Demy, mais aussi la Sandrine Bonnaire révoltée de « sans toit ni loi » de Pialat, sont puissamment présents dans « les plages d’Agnès ». On y trouve aussi des références au surréalisme, en particulier à Magritte. Dans un moment particulièrement poétique, Agnès est au gouvernail d’une barque de pêcheurs à voile triangulaire dans le port de Sète ; soudain, celle-ci navigue sur la Seine à Paris, la capitale où la jeune artiste est « montée ».
Les Plages d’Agnès est un film plein de beauté, de nostalgie et de confiance en la nature humaine. Lorsqu’Agnès évoque Jacques Demy, mort du Sida en 1990, l’émotion est à fleur de peau, bien qu’exprimée de manière pudique et délicate. Au-delà de la cinéaste, de la militante, de l’artiste, nous découvrons une femme de cœur.