Palestine 36

Dans Palestine 36, film qui mêle des images d’archives colorisées et un récit de fiction, la réalisatrice Annemarie Jacir entraîne le spectateur aux sources du conflit au Proche-Orient.

En 1936, la Palestine est sous mandat britannique. Depuis la déclaration Balfour de 1917, qui soutenait l’établissement d’un foyer national juif en Palestine, et depuis la montée de l’antisémitisme en Europe centrale, les réfugiés juifs y affluent.

Une colonie juive s’installe près du village d’Al-Bassa. Les habitants du village, interloqués, assistent à l’édification d’une clôture par les arrivants, dont des femmes en short. L’administration britannique leur a attribué des terres qui, depuis des siècles, avaient été cultivés par les gens du village, qui avaient construit de leurs mains des terrasses à flanc de colline.

Partout, la révolte gronde. Dans les campagnes, des terres sont spoliées.  En ville, on se plaint de ce que les ouvriers juifs leur sont systématiquement préférés aux arabes et qu’ils sont davantage payés qu’eux. La grève générale est déclarée. Des hommes prennent le maquis et s’attaquent aux troupes britanniques. Ceux-ci renforcent leur présence militaire.

Londres dépêche à Jérusalem Lord Willam Peel pour chercher une solution. Les espoirs des Palestiniens sont immenses : on va enfin leur accorder l’indépendance. La Commission Peel propose en revanche la partition du pays entre une partie juive et une partie arabe, proposition qui aboutira en 1948 à la création de l’État d’Israël. La rébellion s’intensifie. La répression aussi. Le village d’El-Bassa est rasé, ses habitants massacrés.

Le film d’Annemarie Jacir confère une profondeur historique aux événements dramatiques que l’on vit aujourd’hui en Cisjordanie et à Gaza. Elle leur donne une épaisseur humaine par une vaste galerie de personnages. Yussuf (Karim Daoud Anay) vit tiraillé entre le village et la haute société de Jérusalem où se côtoient fonctionnaires britanniques et bourgeois arabes. Le pope orthodoxe du village, le Père Bolos (Jalal Attawil) est tiraillé entre la lutte de ses paroissiens et sa volonté de protéger à tout prix son propre fils. Hannan (Hiam Abbass), une grand-mère du village refuse de s’enfuir face à la barbarie de l’occupant. À Jérusalem, la journaliste Khoulouf Atef (Yasmine Al Masri) tente d’exercer honnêtement son métier. Ecœurée par la corruption dans le journal dans lequel elle écrit et par la trahison britannique, elle rejoint la rébellion.

Du côté anglais, le rôle du gouverneur est joué par Jeremy Irons, plus officier britannique que nature. Les opérations sur le terrain sont menées avec une brutalité sans limite par le capitaine Wingate (Robert Aramayo). Le secrétaire du gouverneur, Thomas Hopkins (Billy Howle) tente en vain de l’amener sur le terrain de la négociation et du dialogue, mais est contraint de quitter la Palestine.

Sans surprise, le film a reçu du public des notes contrastées, entre 0,5 et 5. Il se termine par l’image d’un joueur de cornemuse sur une colline de Palestine. Attaché à l’image de la Grande-Bretagne, cet instrument trouve son origine au Levant. Non sans courage, la BBC a participé à la production de Palestine 36.

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