CinémaHistoire17 janvier 2022Twist à Bamako

Dans « Twist à Bamako », Robert Guédiguian plonge le spectateur dans le Mali devenu indépendant, à l’avenir encore indéfini.

 Samba (Stéphane Beck) est le fils d’un industriel et commerçant de Bamako qui fait travailler ses ouvriers et ouvrières du tissage et de la teinture dans des conditions inhumaines. Il est aussi militant socialiste, chaperonné par le ministre de la Jeunesse de Modibo Keita, devenu président deux ans auparavant.

 À la tête d’une brigade de trois apôtres de la révolution, au volant d’un pick-up 403, il se rend dans des villages pour convaincre les paysans des bienfaits d’une révolution qui contrôle les prix des produits qu’ils vendent et collectivise des terres.

Lors d’une de ces expéditions, une jeune femme (Alicia da Luz Gomes) se cache dans le pick-up. Elle se nomme Lara et a été mariée de force à un homme alcoolique et violent. Entre Lara et Samba nait une histoire d’amour passionnée, dont la danse est le combustible. Pas n’importe quelle danse : le twist, dans un club où se retrouve la jeunesse dorée de Bamako.

 Samba est convaincu que son pays est à l’aube d’une ère nouvelle, que les richesses accaparées par le colonisateur français seront redistribuées au peuple, qu’un nouveau code de la famille empêchera les mariages forcés et permettra aux femmes violentées de divorcer.

 Il faut déchanter. Le code de la famille ne verra pas le jour. Au nom de la tradition, les clubs adonnés au rock et au twist sont fermés. Les restrictions à l’import-export entraînent la fermeture de commerces et la récession économique. Les commerçants se révoltent et regrettent ouvertement le temps des Français. Le père de Samba (Issaka Sawadogo) est accusé d’avoir fomenté un coup d’État, incarcéré et torturé. La sécurité de Lara est menacée.

 « Twist à Bamako » est un film magnifique, dépaysant, troublant par les questions qu’il pose sur les conséquences de la colonisation et la montée des intégrismes. Il est porté par d’excellents acteurs, avec une mention spéciale pour Alicia da Luz Gomes. La bande son d’Olivier Alary, qui mêle chansons occidentales des années soixante, musiques traditionnelles et créations, est remarquable.