CinémaJusticeTélévision24 novembre 2020La maladroite

France 2 a diffusé récemment, dans le cadre d’une soirée thématique sur la maltraitance des enfants, « la maladroite », téléfilm d’Éléonore Faucher.

 Stella Dubois, 6 ans (jouée par Elsa Hyvaert, formidable) est une petite fille mignonne et enjouée. Mais des signes inquiètent son institutrice, Céline Thibault (Isabelle Carré). La gamine manque souvent l’école, elle a faim en permanence, manque d’attention. Et son corps porte des marques qui pourraient être ceux de sévices.

 Les parents de Stella (joués par Damien Jouillerot et India Hair, eux aussi épatants) se rendent aux convocations de la maîtresse. Ils ont des explications pour tout. Les absences ? La fillette est atteinte d’une maladie auto-immune. Les traces sur son corps ? des accidents de trottinette, elle est si maladroite ! Le carnet de santé ? Il a été perdu. Et ils ne manquent pas de remercier avec effusion la maîtresse pour ses conseils et pour l’attention qu’elle prodigue à leur petite fille chérie.

Céline hésite à faire un signalement. Les parents semblent si affectueux. Stella elle-même répète dans les mêmes termes les explications qu’ils donnent de ses hématomes et de ses traces de brûlure. La famille déménage, Stella est inscrite dans une autre école. Sa nouvelle institutrice, Emma Saugier (Émilie Dequenne) a la même intuition que Céline : Stella est maltraitée par ses parents. Mais le signalement qu’elle dépose est classé sans suite par le magistrat : les parents ont, une fois encore, réussi à dresser un rideau de fumée.

 Il faut que la gamine soit hospitalisée pour de graves blessures à la plante des pieds pour que la machine judiciaire se mette, lentement, en route. Trop tard.

 Le film s’ouvre par une scène de désespoir des parents qui disent avoir laissé Stella seule dans leur voiture dans un parking de supermarché. Elle a probablement été enlevée. Mais les policiers à leur tour, informés des signalements, comprennent qu’il s’agit d’une manipulation. La petite fille est morte des mains de ses parents, un jour où le châtiment corporel est allé trop loin.

 « La maladroite » est un film bouleversant, inspiré d’un fait réel, l’assassinat par ses parents de la petite Marina Sabatier, 8 ans, en 2009. La réalisatrice ne montre jamais les violences subies par l’enfant : on n’en voit que les traces, sur le corps et dans les yeux de la petite. Les manœuvres de dissimulation des parents sont remarquablement jouées : on les plaindrait presque ! Quant à la petite Stella, on la sent sous l’emprise indémêlable de l’amour malgré tout pour sa famille, la crainte de la détruire, et la terreur tout court.