Aquitaine8 mars 20131Bordeaux, la négociante

 

David Johnston, industriel et négociant, maire de Bordeaux de 1838 à 1842

 

La ville de Bordeaux a l’âme des négociants : âpre au gain certes, mais aussi tolérante, curieuse et rarement belliqueuse.

 Depuis des siècles, les négociants ont joué les premiers rôles à Bordeaux. Le pouls de la ville battait au rythme des navires qui chargeaient et déchargeaient leurs marchandises sur la rive gauche de la Garonne en plein cœur de la cité. Ces navires assuraient la liaison avec l’empire colonial, de l’Afrique aux Antilles et à l’Indochine, mais aussi avec l’Europe du Nord, les Etats Unis et l’Amérique latine. La prospérité de la ville était liée au développement des échanges internationaux. Les périodes de guerre, de blocus et de protectionnisme l’appauvrissaient.

 Bordeaux est commerçante et pragmatique. Dans ce sens, on pourrait la dire britannique dans l’âme. Bien qu’en majorité catholique, elle n’est pas tridentine. Au dix-neuvième siècle, cinq de ses maires furent protestants : David Johnston, Alexandre de Bethmann, Emile Fourcand, Albert Brandenburg et Adrien Beysselange. De plus, Johnston était d’ascendance irlandaise, Bethmann et Brandenburg d’ascendance allemande. La ville était cosmopolite, tolérante, allergique au centralisme et au dirigisme, en un mot, girondine.

 Depuis un siècle s’est opérée une normalisation de Bordeaux. Le port a décliné et déserté le centre ville, rendant la cité orpheline de la pompe aspirante et soufflante d’hommes et de marchandises installée pendant des siècles jusque sur ses rives. La ville s’est industrialisée et forme en particulier avec Toulouse un pôle d’excellence en avionique. Le TGV l’a amarrée à Paris.

 Bordeaux reste féminine, douce, pacifique, ouverte au monde : cela fait partie de son patrimoine génétique. En un sens, la société mondialisée convient aux Bordelais dont l’âme négociante s’est toujours perçue comme partie intégrante du vaste monde. En 1871, en 1914 et en  1940, la ville est devenue brièvement capitale de la France. Elle peut jouer aujourd’hui le rôle de capitale de la confiance, branchée sur les promesses du monde qui émerge plus que sur les crispations de celui qui disparait.

One comment

  • CéCédille

    10 mars 2013 at 8h19

    Joli raccourci de l’histoire de Bordeaux, auquel j’ajouterai, sans vouloir trop le rallonger, qu’en 1914 aussi,
    Bordeaux est devenue la capitale de la France : du 29 août au 8 décembre, le second gouvernement Viviani quittait Paris menacée par l’avancée allemande
    et s’installait à Bordeaux laissant Paris sous le gouvernement militaire du général Gallieni.
    Jamais deux sans trois !

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