Chroniques d’un chat

Dans “forse non sono dio”, traduit en français par Géraldine Platz et Suzanne Estran sous le titre « Et si je n’étais pas dieu ? Chroniques d’un chat » (Gander Books 2024), l’écrivaine et amoureuse des chats Stefania Gander donne la parole à un chat qui raconte sa vie quotidienne auprès des « bipèdes ». Les citations incluses dans cet article ont été traduites par l’auteur de « transhumances ».

Tout petit, raconte le chat, j’ai été enlevé de ma mère par des bipèdes aux intentions troubles : veulent-ils me manger ? Tirer de moi une rançon ? Peu à peu, pourtant, ces doutes s’estompent, l’affection prend la place de la crainte, les bipèdes deviennent « papa et maman ». Continuer la lecture de « Chroniques d’un chat »

Olhos d’Água

Dans “Olhos d’Água”, recueil de nouvelles publié en 2014, l’écrivaine brésilienne Conceição Evaristo plonge le lecteur dans le quotidien d’habitants de favelas, pour la plupart des femmes noires, comme elle-même. Le livre a été traduit en français par Izabella Borges sous le titre « ses yeux d’eau » et publié en 2020 par les Éditions des Femmes. Les citations incluses dans cet article ont été traduites par l’auteur de « transhumances ».

Dans le premier des quinze contes du recueil, l’autrice cherche à se souvenir de la couleur des yeux de sa mère. La faim rôde dans le quartier. Sa mère invente un jeu pour que les enfants oublient la faim. « Parfois, en fin d’après-midi, avant que la nuit ne prenne le dessus sur le temps, elle s’asseyait sur le seuil de la porte et, ensemble, nous contemplions l’art des nuages dans le ciel. » Avec les nuages venait parfois la pluie tropicale, mouillant la pluie se mêlant aux larmes. Les yeux de la mère avaient la couleur de l’eau. Continuer la lecture de « Olhos d’Água »

La ragazza con la Leica

Avec « La ragazza con la Leica » (2017), l’écrivaine italo-allemande Helena Janeczek a écrit une biographie solidement documentée mais aussi romancée de la photographe Gerda Taro, morte en 1937 écrasée par un char près de Madrid à l’âge de vingt-sept ans alors qu’elle témoignait de la résistance de la République espagnole au coup d’état franquiste. Couronné de plusieurs prix littéraires, dont le prix Strega, l’ouvrage a été traduit en français sous le titre « la fille au Leica » par Marguerite Pozzoli et publié par Actes sud en 2018. Les citations incluses dans cet article ont été traduites par l’auteur de Transhumances.

Transhumances a déjà évoqué le destin de Gerda Taro par une note de lecture du roman de Susana Fortes « Esperando a Capa » et la recension d’un documentaire de Camille Ménager. Née Gerta Pohorylle à Stuttgart dans une famille juive de la haute bourgeoisie, elle grandit et étudia à Leipzig, connut la prison à Berlin pour avoir résisté à la montée du régime hitlérien, et émigra à Paris. Continuer la lecture de « La ragazza con la Leica »

L’heure des prédateurs


Dans « l’heure des prédateurs », Giuliano Da Empoli lance un cri d’alarme : la montée en puissance des géants de la tech, à la conquête d’un pouvoir sans limite, menace l’existence même de nos démocraties.

L’archétype des prédateurs est César Borgia qui, invitant ses ennemis à un dîner de réconciliation le 31 décembre 1502, les fit arrêter au milieu du banquet, puis assassiner. Il s’est en quelque sorte réincarné dans le prince Mohammed Ben Salman, dit MBS, qui invita en 2017 le gratin de la noblesse saoudienne à un « Davos du Désert », où ils furent arrêtés, torturés, contraints de renoncer à leur fortune et à leur rang. Continuer la lecture de « L’heure des prédateurs »