Lumières de la sagesse

L’Institut du Monde Arabe propose jusqu’au 5 janvier 2014 une exposition intitulée « Lumières de la sagesse, écoles médiévales d’orient et d’occident ».

 L’Institut de Monde Arabe répond à un besoin vital de rencontre entre la culture occidentale et celle des pays arabophones, qui sont nos voisins par la géographie et par l’immigration. Le musée, organisé par thèmes, est intéressant mais souffre d’un déficit de lisibilité : déchiffrer les légendes des pièces présentées représente une prouesse ophtalmologique, et pas seulement dans leur version arabe ! Continuer la lecture de « Lumières de la sagesse »

Le Majordome

« Le Majordome », film de Lee Daniels, explore la lutte des Noirs pour leurs droits civiques aux Etats-Unis en racontant l’histoire contrastée d’un Majordome de la Maison Blanche et de son fils, militant non violent puis Black Panther.

 Encore petit garçon, Cecil Gaines (joué à l’âge adulte par Forest Whitaker) assiste au meurtre à bout portant de son père par le propriétaire du domaine cotonnier où il travaille. Pris en pitié par la mère du meurtrier, il devient « Noir de maison ». D’opportunité en opportunité, il entrera à la Maison Blanche comme Majordome et servira sous les présidents Eisenhower, Kennedy, Johnson, Nixon, Ford, Carter et Reagan. Continuer la lecture de « Le Majordome »

Churchill, une vie turbulente

Dans « Churchill, an unruly life », livre écrit en 1994 et fréquemment réédité, Norman rose, Professeur à l’université hébraïque de Jérusalem, offre en 350 pages denses une magistrale biographie de Winston Churchill.

 Le mot « unruly » s’applique principalement à des enfants turbulents et indisciplinés. Si l’on est frappé par la longévité de Churchill, décédé en 1965 à l’âge de 91 ans malgré une vie éreintante et l’abus de bonne chère, de Cherry et de cigares, on ne peut manquer aussi de remarquer son côté « enfant gâté ». Fils d’un homme politique jamais satisfait des performances de son fils et tôt englouti par la déchéance de la syphilis, et d’une femme du monde affectueuse mais absente, placé enfant dans des internats régis par la contrainte, il resta toute sa vie un gamin capricieux. En premier lieu épris de sa propre personne, imposant sa volonté à tous en toutes circonstances, d’humeur et d’opinions changeantes, capable de terribles colères, menant grand train, incapable de diriger une réunion selon l’agenda établi, il fut tout au long de sa vie considéré comme un politicien peu fiable, au jugement incertain et incapable de travailler collectivement. Continuer la lecture de « Churchill, une vie turbulente »

Edward Burne Jones, le dernier préraphaélite

Après avoir écrit une impressionnante biographie de William Morris, dont « transhumances » a donné une note de lecture, Fiona MacCarthy s’attaque à l’un des peintres majeurs de l’époque victorienne, Edward Burne Jones (1833 – 1898). Sa biographie de 629 pages, publiée en 2011, a pour titre : « le dernier préraphaélite, Edward Burne Jones et l’imagination victorienne »

 Edward Burne Jones a été un artiste exceptionnellement prolifique. Il a exercé son talent en peinture et, dans le cadre de l’entreprise d’arts décoratifs de William Morris, en tapisserie, lithographie et vitrail. Beaucoup de ses œuvres ne nous parlent guère aujourd’hui : celles inspirées des légendes de chevalerie et du Roi Arthur eurent leur moment d’engouement patriotique pendant la première guerre mondiale ; les jeunes filles épanouies dans leurs longues robes ont parlé à la culture hippie des années soixante. Mais d’autres œuvres, en particulier ses portraits, dénotent un sens de la psychologie exceptionnel.

 Burne Jones était un émotif. A plusieurs reprises, le stress du travail ou des contrariétés personnelles le plongèrent dans une profonde dépression. Ses portraits sont personnels, emprunts d’une forte sentimentalité.

 Son destin a été parallèle à celui de William Morris (1834 – 1896). Ils ont eu une collaboration artistique tout au long de leur vie, associés dans leur jeunesse à la fraternité des préraphaélites. Morris était celui qui donnait aux objets pensés par Burne Jones une réalité physique et commerciale. Mais personnellement ils étaient différents : Morris, né dans une famille d’agent de change, vira progressivement au socialisme ; Burne Jones, de condition modeste, accepta les honneurs, en particulier le titre de baron, et se désintéressa de la politique. L’un et l’autre voulaient produire de la beauté, et pensaient que ce faisant ils affrontaient un problème de société : la misère écœurante des prolétaires, le cancer de la pollution, l’oubli des racines spirituelles de l’Angleterre. Mais Burne Jones considérait que l’artiste devait consacrer toute son énergie à son art, alors que Morris était, avant l’heure, un « intellectuel engagé ». Curieusement, Georgina, l’épouse de Burne Jones, grandie dans une stricte obédience méthodiste, prit le relais de l’engagement politique de Morris après sa mort.

 Fiona MacCarthy suit pas à pas le parcours de Burne Jones, son adulation pour son maître John Ruskin, la crise de son couple lorsqu’il eut une relation passionnée avec la jeune Grecque, Maria Zambaco. Elle nous montre ses domiciles de Londres, la Grange à Fulham, et celui de Rottingdean près de Brighton, devenir progressivement un lieu de rassemblement de tout ce que l’Angleterre et le Continent comptaient d’artistes visuels. Elle nous montre aussi la vie familiale de Burne Jones, dont Rudyard Kipling était le neveu.

 L’auteur nous montre un homme humain, dans la fécondité artistique comme dans ses faiblesses, et aussi comme un homme drôle. Toute sa vie, Burne Jones a dessiné des histoires pour les enfants et des caricatures pour ses amis. Leur reproduction dans le livre est particulièrement émouvante.

Portrait de Georgina Burne Jones