ActualitéSociété6 février 20142Lancer de chaton

J’ai été révulsé par l’acte de cruauté de cet homme qui a, à plusieurs reprises, lancé le chaton Oscar le plus haut et le plus loin possible et placé la vidéo de son exploit sur Facebook. L’émotion s’est apaisée après qu’il a été condamné à un an de prison ferme et à une interdiction définitive de détenir des animaux. Des questions demeurent.

 En comparution immédiate, le juge a donc donné raison au procureur, qui estimait que Farid Ghilas, 24 ans, avait  “agi avec une perversité particulière et un sadisme marqué qui a révulsé la planète entière”. Il est aussi allé dans le sens de centaines de milliers de pétitionnaires qui réclamaient une peine sévère.  140204_Lancer_de_chat

 Amoureux des chats et partageant notre espace de vie avec Letchi, une jeune chatte de neuf mois, j’ai été soulevé par la vague d’indignation qui a parcouru la France et, bien au-delà, jusqu’aux Etats-Unis. C’est une caractéristique d’Internet que de pouvoir transformer un fait divers, la maltraitance d’un animal dans le quartier de la Maurelette à Marseille, en tsunami planétaire. Une fois le tsunami passé, j’ai voulu en savoir plus sur ce qui s’était passé, et j’ai été frappé par la minceur de l’information disponible. Voici quelques questions qui, à ce stade, restent sans réponse.

 Qui a défendu Farid Ghilas au tribunal ? Un avocat commis d’office ? Quels arguments a-t-il utilisés ?

 L’acte de Ghilas était-il prémédité ? Est-il parti en chasse d’un chat à lancer, accompagné du cinéaste chargé d’immortaliser l’événement ? Ou bien l’occasion a-t-elle fait le larron : rencontrant Oscar, il a trouvé amusant de pratiquer avec lui le lancer de chaton comme d’autres lancent des tongues ? Et son copain a-t-il trouvé cette idée suffisamment drôle pour filmer avec son Smartphone ?

 Le copain, complice d’un délit qu’il aurait pu empêcher, a-t-il été inquiété ?

 En prononçant une peine lourde, le juge a-t-il seulement puni un acte de cruauté animale qui a donné la nausée à des millions d’internautes, ou bien a-t-il aussi tenu compte de l’histoire délinquante de Ghilas ? Celui-ci a-t-il été dans le passé condamné à de la prison avec sursis ? Dans ce cas, sa peine d’un an d’incarcération serait mécaniquement augmentée du temps de sursis. Et un an de prison, c’est déjà très long…

 Comment Farid Ghilas pourra-t-il vivre avec ses codétenus ? Bien souvent, en détention on jalouse les héros de téléréalité et on méprise les lâches qui s’en prennent aux faibles. Le lanceur de chaton cumule ces deux caractéristiques.

 Quelle a été la vie de Farid Ghilas à la Maurelette ? Sa famille ? Ses amis ? Son métier, s’il en a un ?

 Enfin, comment va le chaton Oscar ? Sur une vidéo, il semble bien se porter, mais on parle aussi de fractures à opérer.

 Sur la vague de l’indignation internaute, on ne voyait qu’un salaud qu’il faillait châtier. Son acte est inexcusable, certes. Mais l’indignation ne suffit pas. Il faut chercher, si possible, à comprendre comment l’impensable peut devenir réalité.

Dessin de Plantu dans Le Monde du 5 février 2014
Dessin de Plantu dans Le Monde du 5 février 2014

2 comments

  • Sylvie

    10 février 2014 at 11h48

    Oscar est à la SPA de Marseille et a été opéré d’une patte cassée.
    En effet, pas beaucoup d’informations concernant ce jeune homme.
    En France les animaux sont considérés comme du « mobilier » et non comme des « personnes ». Les défenseurs des animaux souhaitent que la loi soit modifiée en ce sens.
    Je trouve la peine (1 an) tout à fait justifiée.
    Je me pose la question de savoir pourquoi, lorsqu’un jeune homme, qui a pris de la drogue et de l’alcool, renverse avec sa voiture une jeune fille (fait jugé récemment), il n’est condamné qu’à 3 ans…

  • CéCédille

    6 février 2014 at 23h16

    Ce sont bien , en effet, les questions qu’ont dû se poser les magistrats de la formation de comparution immédiate qui a statué. On a vu dans la presse (article du nouvel Obs) que le prévenu avait déjà été condamné à huit reprises par le passé, notamment pour des faits de violences, ce qui peut expliquer la sévérité inhabituelle de la condamnation, dont la motivation n’a pas été publiée et sur laquelle on ne peut donc rien dire. D’autant que c’est une décision encore susceptible d’appel. L’étonnant est le déferlement d’indignation à son sujet. Les femmes et les enfants battus tous les jours en grand nombre n’ont pas droit à tant de sollicitude, ni les innombrables victimes des conflits sanglants ! Le dessin de Plantu est excellent.
    Une autre question intéressante est la celle du statut juridique de l’animal. En France,c’est un bien meuble pour le droit civil, mais qui ne doit pas être victime de sévices ou de cruauté (pour le droit pénal). Singulier mélange. Chaque pays a une législation bien particulière, souvent sur la même distinction. L’dée commence à faire son chemin d’un statut juridique de l’animal. C’est en effet une vaste question…

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