« Le chant des forêts », film de Vincent Munier, plonge le spectateur dans une forêt des Vosges, à l’affût des animaux qui la peuplent.
Le générique de fin présente les personnages du film dans l’ordre de leur apparition. On y trouve des oiseaux, des insectes, des mammifères. Et, quelque part dans la liste, trois mammifères bien particuliers : Michel, le père, Vincent, le fils réalisateur du film, et Simon, le petit-fils âgé de treize ans.
Le générique fournit une double clé de lecture. Les personnages principaux sont les animaux. Les humains sont des intrus qui doivent se faire tout petits, attendre des heures à l’affût, rester silencieux et, si c’était possible, n’émaner aucune odeur.
La seconde clé de lecture concerne la transmission de la vie et du savoir. Michel, le grand-père, s’émerveille d’un rejeton de chêne qui pousse sur le tronc effondré d’un chêne mort. Plus tard, il se réjouit que Simon lui propose de mettre ses pas dans les siens pour avancer dans une neige épaisse : le relais est pris !
Respect des autres vivants, transmission d’une génération à l’autre : ces thèmes parcourent le film d’un bout à l’autre, sans toutefois que l’emporte le souci pédagogique. Ce qui domine, c’est un sentiment de beauté poétique. Chaque image est construite comme un tableau d’artiste. La bande son de Warren Ellis, Dom La Nena et Rosemary Standley contribue dès la première scène, un flux de brume à flanc de collines, à ensorceler le spectateur.
Le chant des forêts exprime une angoisse, liée au changement climatique : le grand tétras, oiseau des forêts froides, a disparu des Vosges et il faut désormais le chercher en Norvège. Les avions font un vacarme insoutenable dans les enregistreurs ultrasensibles des Munier ; mais il se trouve que les animaux de la forêt ont, eux aussi, l’ouïe ; le passage des avions doit leur infliger une vraie souffrance.
On est captivé du début à la fin, silencieux, à l’affût.

