Il y a longtemps que je t’aime

La chaine de télévision Arte a diffusé le 23 janvier le film de Philippe Claudel « il y a longtemps que je t’aime » (2008).

 Lorsque Léa (Elsa Zylberstein), sa sœur cadette, lui offre l’hospitalité, Juliette (Kristin Scott Thomas) est une femme absente, à fleur de peau, empoisonnée par la cigarette qu’elle ne cesse de fumer comme par un passé qu’on devine insupportable. Juliette a passé 15 ans derrière les barreaux après avoir été condamnée pour avoir donné la mort à son petit garçon.

 Léa elle-même étouffe sous la culpabilité. Enfant, elle était inséparable de sa grande sœur. Après le procès, Juliette fut rayée de la carte par ses parents et Elsa s’est conformée à ce diktat : pas une fois elle n’est venue la rencontrer en détention. Les deux sœurs vont devoir se redécouvrir, dire l’indicible, se pardonner.

 Juliette va peu à peu s’absenter de son absence jusqu’à pouvoir dire, dans le dernier plan du film : « je suis là ». Les médiateurs de sa renaissance vont être les deux adorables petites vietnamiennes adoptées par Elsa et son mari Luc ; le policier chargé de la probation de Juliette qui est lui-même accablé de solitude ;  Michel, un collègue de Léa qui a enseigné en prison ; et, à son corps défendant, l’horrible assistante sociale qui lui trouve un emploi de secrétaire.

 Juliette et Léa se retrouvent souvent à la piscine. L’image est judicieuse. L’une et l’autre se sont noyées dans le chagrin et la culpabilité. Elles doivent réapprendre à respirer librement, confiantes dans le fait que malgré les apparences l’amour a été et reste le plus fort.

Elsa Zylberstein et Kristin Scott Thomas dans « il y a longtemps que je t’aime »

50 ans d’émigration portugaise en France

Le Musée d’Aquitaine de Bordeaux célèbre les cinquante ans de l’immigration portugaise en France.

 Le musée présente une exposition de photographies réalisées par Gérald Bloncourt, artiste né en Haïti en 1926 d’un père guadeloupéen et d’une mère française, qui a associé toute sa vie l’art et la militance. Vers 1965, Bloncourt se passionna pour l’émigration portugaise. Il photographia un village proche de la Galice déserté par ses habitants, puis des paysans déplacés à Porto et Lisbonne, et enfin des émigrés dans les bidonvilles de Champigny, Saint-Denis et Nanterre. De 1962 à 1974, ce sont environ 100.000 Portugais qui ont émigré en France chaque année, pour beaucoup clandestinement au terme d’un voyage dangereux et épuisant. « Transhumances » a publié le 1er août 2012 une note de lecture de « Livro », un ouvrage de José-Luís Peixoto dont l’action se déroule dans ce contexte.

 L’exposition a été réalisée par le musée des migrations portugaises de la ville de Fafe et sera présentée dans les mois à venir par le musée de l’histoire de l’immigration de la Porte Dorée à Paris Une photo particulièrement émouvante est celle d’une petite fille tenant sa poupée dans un bidonville d’Ile de France en 1966 ; elle est aujourd’hui professeure de français à l’université de Coimbra. Malgré la misère ambiante, la photo diffusait un sentiment de confiance : pour la petite fille et la famille, l’émigration offrait une véritable chance.

 Dans l’auditorium du Musée d’Aquitaine, l’association bordelaise « O Sol de Portugal » a donné le 27 janvier un concert de fado et, plus largement, de musique populaire portugaise. La communauté portugaise au sens large, incluant les familles mixtes et les enfants de deuxième ou troisième génération d’émigrants, compte environ 1,2 millions de personnes en France. L’association cherche à maintenir vivante la culture de ce beau pays en France.

Photo de Gérald Bloncourt dans un bidonville Portugais en France, 1966

Garibaldi

Dans « Garibaldi » (Collezione Identità Italiana, Il Mulino, 2010), Andrea Possieri situe Giuseppe Garibaldi et son mythe dans leur contexte historique.

 Le livre commence par un extrait de la Dottrina Garibaldiana (la Doctrine Garibaldienne), livre paru après l’expédition des Mille de 1860 :

 « – Qui est Garibaldi ?

          Garibaldi est un esprit extrêmement généreux, béni du ciel et de la terre

          Combien y a-t-il de Garibaldi ?

          Il n’y a qu’un seul Garibaldi

          Où est Garibaldi ?

          Garibaldi est dans le cœur de tout italien honnête, à condition qu’il ne soit ni une mauve ni un pavot

          Combien de personnes y a-t-il en Garibaldi ?

          En Garibaldi il y a trois personnes réellement distinctes.

          Quelles sont ces trois personnes ?

          Le Père de la patrie, le Fils du peuple, l’Esprit de la liberté »

 Ce texte dénote la ferveur populaire qui a accompagné Garibaldi et aussi la relation de fascination et de haine du héros et de ses disciples à l’égard de l’Eglise Catholique, dont on reprend mot pour mot les termes du catéchisme tout en en changeant l’objet.

 L’ouvrage d’Andrea Possieri s’adresse à des lecteurs déjà familiers du personnage de Garibaldi. Une chronologie et une courte notice biographique sur les principaux personnages m’auraient été utiles.

 Rappelons donc que Garibaldi est né en 1807 à Nice, alors part de l’Empire Napoléonien. A l’âge de 15 ans, il s’embarque comme mousse sur la marine marchande. Il gagne ses galons de capitaine de seconde classe, dix ans plus tard, après avoir navigué sur les routes maritimes de la Méditerranée et de la Mer Noire. A l’âge de 44 ans, réfugié au Pérou après l’échec de la République Romaine de 1848, c’est son métier de navigateur qu’il embrassera de nouveau.

 Garibaldi a été qualifié de « héro des deux mondes ». Il a en effet gagné ses galons de chef de guerre au Brésil dans la guerre de sécession du Rio Grande, puis en Uruguay à la tête de la Légion italienne. Possieri le définit joliment comme un héros « amphibie » : il combat dans la marine, mais au contact des gauchos uruguayens il apprend aussi les longues chevauchées, les marches de nuit, les techniques de la guérilla. En Amérique latine, il adhère à la franc-maçonnerie et épouse la cause de l’indépendance italienne. A partir de 1848, la réunification de l’Italie, même sous la coupe de la monarchie piémontaise, devient son unique objectif. Et cet objectif inclut naturellement la ville de Rome et les Etats Pontificaux.

 C’est une véritable vie de légende qu’a vécue Garibaldi, d’une bataille à l’autre : les batailles de Lombardie et de la République romaine en 1848, la fuite rocambolesque par les Apennins et la mort de sa femme Anita en 1849, la seconde guerre d’indépendance de l’Italie en 1858 – 1859, l’expédition des Mille aboutissant à l’effondrement du Royaume des Deux Sicile en 1860, la défaite dans l’Aspromonte en 1862, la campagne de Vénétie en 1866, la défaite de Menana infligée par les troupes franco-pontificales près de Rome en 1867, et finalement la participation à la guerre de la France contre les Prussiens en Franche Comté et Bourgogne en 1870.

 A l’issue de sa campagne de France, Garibaldi fut élu député à l’Assemblée Constituante siégeant à Bordeaux. Le 13 février 1871, raconte Possieri, « il fit son entrée dans la salle de l’Assemblée « vêtu de sa chemise rouge et de son grand chapeau de feutre ». La majorité catholique et conservatrice des députés l’accueillit dans un climat de vibrantes protestations car à leurs yeux il continuait à être un aventurier à la recherche de gloire personnelle et un ennemi historique de la France. Garibaldi, qui donna immédiatement sa démission et rejoignit Marseille le soir même, fut passionnément défendu par Victor Hugo dans un discours parlementaire par lequel celui-ci soutint que non seulement il avait été le seul à venir au secours de la France, mais qu’il était le seul général à ne pas avoir été vaincu ».

 Garibaldi avait trouvé dans l’île de Caprera, au nord de la Sardaigne, un point d’attache. C’est là qu’il mourut le 2 juin 1882. Il avait vécu à Nice, Gênes, Constantinople, Montevideo, New York, en mer et sur d’innombrables routes et chemins. Il fut un héros de la mondialisation, avant que le terme fût créé.

Le musée du vin et du négoce à Bordeaux

A Bordeaux, le musée du vin et du négoce est installé au cœur du quartier des Chartrons, consacré depuis toujours à cette activité.

 Installé en 2007, le musée est consacré à l’activité commerciale du vin et non à celle des propriétaires. Il occupe un immeuble construit vers 1720 par le négociant irlandais Francis Burke dans le faubourg des Chartrons, alors situé au nord du Château Trompette qui surveillait le centre ville, dont le site est maintenant occupé par la Place des Quinconces. Les Chartrons doivent leur nom à un couvent de Chartreux construit dès le quatorzième siècle dans une zone jusque là marécageuse.

 L’exposition occupe deux caves dans lesquelles furent entreposées pendant plus de deux siècles des barriques de vin.

 Le musée se focalise sur l’activité du négociant. Celui-ci ne se contente pas de mettre en contact les propriétaires de domaine avec les acheteurs, souvent situés à l’étranger et en particulier en Grande Bretagne. Il crée des marques et prend à sa charge les processus d’assemblage de cépages différents et de vieillissement qui garantissent une qualité égale. Ce sont les négociants qui sont à l’origine du classement des grands crus, d’abord le Médoc et le Sauternes en 1855, puis Graves et Saint-Emilion un siècle plus tard.

 Ce sont eux aussi qui se sont convertis au dix-neuvième siècle à l’embouteillage. C’est ce nouveau conditionnement, venu d’Angleterre, qui signa la fin des Chartrons comme quartier du vin. Les rues étroites perpendiculaires du quartier convenaient bien au passage de charrettes transportant des barriques ; elles constituèrent un obstacle au développement du négoce lorsqu’il s’agit de transporter en camions des palettes de bouteilles. Les grandes surfaces libérées par les négociants furent occupées par des écoles de commerce et des antiquaires qui tendent, depuis quelques années, à rajeunir et à embourgeoiser le quartier.

 Dans une salle du musée, un film analyse en détail le tableau du peintre bordelais Pierre Lacour intitulé « la vue d’une partie du port et des quais de Bordeaux dits des Chartrons et Bacalan », de 1804. De nombreux navires sont amarrés à l’ancre au milieu de la Garonne ; des barges à fond ramènent au bord les marchandises. Il n’y a pas de quai au sens strict, mais une berge qui descend en pente douce. La manipulation des charges se fait sur des planches en bois. Sur la terre ferme, des négociants surveillent les opérations. Le blog Diacritiques à consacré à ce tableau un intéressant article.

 La visite au musée se termine par la dégustation d’un vin blanc et d’un vin rouge. C’est à une ravissante stagiaire chinoise qu’il est revenu de me faire goûter ce produit si régional. Il faut dire que plusieurs domaines ont été achetés par des Chinois ces dernières années, et que leurs connaissances en œnologie, comme en d’autres technologies, progressent à pas de géant.

L’activité portuaire de Bordeaux vue par Pierre Lacour en