En mars, il est fréquent de rencontrer sur les pistes cyclables de la forêt médocaine de longues files de chenilles, les chenilles processionnaires du pin.
A première vue, la colonne de chenilles ne se distingue guère d’une branche de pin. Ce n’est qu’en mettant pied à terre que le cycliste comprend que ce qui a l’apparence d’une branche est en réalité une file de larves qui se meut par l’action conjuguée de ses dizaines de membres. On admire l’ingéniosité du stratagème de dissimulation. On est étonné par l’action collective de ces êtres primitifs qui se choisissent un chef – en réalité une cheftaine – et parviennent à avancer au même rythme, reconstituant la colonne lorsqu’elle est rompue.
On ne peut que rester stupéfait de la complexité du processus par lequel les papillons pondent des larves, les larves muées en chenilles tissent un nid soyeux, s’assemblent au printemps pour chercher un endroit ensoleillé où elles s’enfouissent dans un trou, tissent leur cocon, se transforment en chrysalide puis, des mois ou des années après, en papillons.
Chenilles et papillons nous fascinent. Mais la coexistence entre nous autres humains et les chenilles processionnaires du pin n’est pas facile. Les processions ont une fâcheuse tendance à avancer sur le bitume, surface régulière et chaude que les chenilles adorent ; il en résulte pour elles un fort taux de mort par écrasement. Une chenille morte ou stressée émet des poils microscopiques fortement urticants et allergisants. Vivante, c’est une grande consommatrice d’aiguilles de pins et fragilise les arbres.
Des programmes de lutte contre la chenille processionnaire du pin sont régulièrement engagés. Comme toutes les espèces, chenilles et papillons ont pourtant leur place dans la chaine alimentaire : elles constituent un aliment de choix pour les mésanges et d’autres oiseaux.
Le président – commandant vénézuélien Hugo Chávez, qui vient de disparaître à l’âge de 58 ans, laisse un héritage politique controversé.
La disparition d’Hugo Chávez a causé une émotion considérable au Venezuela, en Amérique latine et dans certains milieux de gauche en Europe. « Le monde gagnerait à avoir plus de dictateurs comme lui », a déclaré Victorin Lurel, qui représentait la France aux obsèques et voyait en Chávez la combinaison de de Gaulle et Léon Blum. « Ce qu’est Chávez ne meurt jamais », a commenté Jean-Luc Mélenchon, invoquant « l’idéal inépuisable de l’espérance humaniste de la révolution » et exprimant la honte que lui inspiraient des commentaires formulés en France. Je crains que Mélenchon ait honte également de « transhumances » !
The Guardian a publié en octobre 2012, dans le contexte de la campagne présidentielle au Venezuela, des statistiques montrant comment la Venezuela avait évolué entre 1999 et 2011.
Le produit national brut par tête a bondi de 4.105 dollars à 10.801 dollars, en majeure partie grâce au quintuplement de la valeur des exportations de pétrole. La pauvreté a reculé : en 1999, 23.4% de la population était dans un état d’extrême pauvreté ; ils n’étaient plus que 8.5% en 2011. Le chômage est tombé de 14.5% à 7.6% de la population active. Le taux de mortalité infantile est tombé de 20‰ à 13‰.
Moins de pauvreté, un meilleur accès à l’emploi, aux soins et à l’éducation représentent pour des millions de Vénézuéliens une chance historique inouïe. Pour eux, c’est l’accès à la dignité ; pour le pays, c’est l’émergence d’une force vive que la pauvreté mettait sous l’éteignoir.
Le recul de la pauvreté a été acquis grâce à un massif effort de redistribution, opéré grâce à des programmes appelés « missions bolivariennes » dans tous les domaines qui touchent la vie des gens. Mais ce modèle n’est pas transposable à d’autres pays, car il repose uniquement sur l’appropriation étatique de la rente pétrolière, dans un pays qui dispose des plus grandes réserves prouvées au monde.
Au Venezuela même, le modèle touche à ses limites. La redistribution massive génère une inflation de plus de 20% par an. Le déficit des finances publiques représente plus de 9% du PNB. L’état est lourdement endetté, notamment à l’égard de la Chine. Le taux de change de la devise nationale, le « bolivar fort », a été divisé par plus que 4 contre le dollar entre 1999 et 2011.
La corruption est endémique. Le Venezuela est classé 172ième pays de majeure corruption perçue par l’indice Transparency International. La violence est chronique : le nombre de meurtres pour 100.000 habitants atteint 45, contre 25 en 1999 (environ 1,5 pour 100.000 habitants en France). L’état des infrastructures est désastreux, les sommes dédiées aux investissements étant fréquemment détournées.
A ce stade, le chavisme n’a pas créé les conditions d’un développement durable de son pays. L’économie dépend de manière croissante des exportations de pétrole. L’industrie et l’agriculture n’ont pas gagné en compétitivité, et ont même régressé. Il faut bien reconnaître que le régime n’a pas encouragé les initiatives de la société civile et des milieux économiques. Son action a été très largement clientéliste et infantilisante. Les débordements d’émotion constatés lors des obsèques sont celles d’un enfant perdant son père. Chávez va être embaumé « pour l’éternité » comme l’avaient été Lénine et le « petit père des peuples », Staline, mort presque 60 ans jour pour jour avant le président vénézuélien. Hugo Chávez n’était pas léniniste et encore moins stalinien. Mais le culte du chef qu’il a poussé au paroxysme n’a pas favorisé le débat d’idées, l’analyse collective des faits et des chiffres, la proposition de projets qui caractérisent une société développée.
La fascination de certains milieux de gauche idéalistes pour les révolutions castriste ou bolivarienne est émotionnelle plus que rationnelle. Redistribuer fortement la richesse est une exigence de dignité humaine et aussi de cohésion sociale. C’est ce qu’a compris le Brésil de Lula et de Rousseff. Mais la redistribution doit aller de pair avec la construction d’une économie solide et d’une société civile adulte.
Partisans d’Hugo Chavez se rendant à ses obsèques. Photo The Guardian
En ce début de mars, la station de Carcans Maubuisson, en Gironde, se pare de jaune. Rien à voir avec l’élection d’un nouveau pape. Les mimosas sont en fleur, et rivalisent en gaîté avec les ajoncs. Ceux-ci colonisent la forêt ; ceux-là prospèrent près des habitations. Il ne s’agit pas seulement de couleurs. Les fragrances de mimosa nous enchantent.
En bordure du lac de Carcans Hourtin, le mimosa en fleurs.
Religieuses sur la Place Saint Pierre. Photo The Guardian
Il est incontestable que le Conclave réuni pour élire le successeur du pape démissionnaire se déroule dans un climat de crise de l’Eglise Catholique. Pourtant, celle-ci fait preuve d’une étonnante résilience.
Les symptômes de la crise de l’Eglise Catholique sont manifestes, en particulier en Europe : vieillissement du clergé, chute de la pratique religieuse, scandale des prêtres pédophiles, inadéquation du discours sur la sexualité, cantonnement des femmes à des rôles mineurs, etc. La foi chrétienne elle-même est en question, pas seulement à cause de la culture individualiste, matérialiste et hédoniste que les papes Jean-Paul II et Benoît XVI n’ont cessé de fustiger, mais aussi parce que l’existence même d’une vérité divine et définitive révélée il y a vingt siècles heurte la raison.
Pourtant, l’Eglise est résiliente. Un mariage dans une magnifique collégiale gothique. Une assemblée de plus de deux cents personnes donnant comme un seul homme la réplique aux célébrants, récitant le credo avec conviction et chantant les hymnes avec ardeur. Une chorale polyphonique d’une trentaine de personnes accompagnées à la guitare. Une violoncelliste, un organiste, une cantatrice. Des demoiselles d’honneur et des enfants de chœur. Un prédicateur qui lit son homélie sur son ordinateur portable, qu’un maître de cérémonie porte avec la même componction qu’une Bible enluminée. Des chants composés récemment, imprégnés d’Ancien Testament. Les jeunes mariés agenouillés pour la prière eucharistique. L’encens répandu sur l’autel, sur les célébrants, sur les jeunes époux et sur leurs familles. Le baiser de paix, fraternel et joyeux.
Ces chrétiens là appartiennent à l’élite de la société. Ils regardent avec un détachement presque amusé les dinosaures de la Curie : l’Eglise est humaine et faillible. Ils ne se sentent pas liés par les instructions romaines sur la chasteté avant le mariage ou le préservatif. Ils considèrent l’Eglise comme leur famille et jugent avec indulgence les cardinaux à qui il arrive, en hommes âgés qu’ils sont, de radoter. Cette famille leur donne un cadre, dont ils entendent faire profiter aussi leurs enfants. Dans ce cadre, ils s’entraînent à devenir meilleurs. Sur les traces de Saint Ignace, ils pratiquent des exercices sous la direction d’un directeur spirituel dont le rôle est voisin de celui qu’on désigne aujourd’hui sous le nom de « coach ». L’Eglise est pour eux une école d’excellence qui affûte leur sens de la beauté, accroît leurs exigences éthiques et les habitue à conjuguer le texte révélé au contexte de leur vie.
J’ai suivi pour ma part un chemin différent. Je ne me sens plus solidaire d’une institution qui tient les femmes en lisière, s’arcboute sur des dogmes et est gouvernée selon le principe de la monarchie de droit divin. Après le Concile Vatican II, l’Eglise avait l’occasion de se transformer de l’intérieur. Tournant le dos à une approche dogmatique, elle aurait porté un poème épique de libération, insufflant aujourd’hui le souffle d’un Evangile écrit il y a deux millénaires. Cette Eglise aurait été pauvre, humble, respectueuse des autres croyances et incroyances. Cette occasion a été ratée, et l’histoire ne repassera pas les plats.
Il reste que l’Eglise Catholique, si elle traverse sans conteste une crise sévère, n’est pas morte. Elle inspire encore des communautés vivantes.