CinémaDestinsMusique16 juin 2022Leto

Arte TV a récemment diffusé Leto, film de Kirill Serebrennikov (2018) qui raconte l’émergence d’un groupe de rock-n-roll russe dans les dernières années de l’Union Soviétique.

 À Léningrad en 1981 le rock-n-roll commence à être toléré. Certes, il est strictement interdit de se référer à la musique anglosaxonne. Certes, la salle des fêtes où se déroulent les concerts est lugubre. Certes, il est interdit aux spectateurs de se lever et a fortiori de danser. Certes, les textes des chansons sont préalablement soumis à un comité de censure.

 Mais du moins, des artistes russes de rock-n-roll peuvent s’exprimer et vivre – chichement – de leur art. « Leto » signifie « été ». Lorsqu’arrive l’été, le groupe de Mike Naumenko (Roman Bilyk) se retrouve au bord de la mer Baltique pour chanter, boire et se baigner nus dans une sorte d’exaltation collective. Après le froid de la dictature se ressent le dégel : on va vers l’été.

Au bord de la Baltique, Mike rencontre Viktor Tsoï, leader d’un tout jeune groupe qui n’a encore rien enregistré ni réalisé aucun concert. Mike pourrait redouter la concurrence de Viktor, d’autant plus que celui-ci n’est pas indifférent à sa femme Natalia (Irina Starshenbaum). Au contraire, il fera tout pour lancer sa carrière : il le fait admettre au club de rock-n-roll, dont il est le président ; il organise son premier concert ; il facilite l’enregistrement de son disque. Le groupe Kino de Viktor Tsoï connaîtra un immense succès pendant la Perestroïlka.

 Il se dégage du film de Serebrennikov un climat d’exaltation qui naît de la musique mais aussi du sentiment des protagonistes que l’on est à un moment de bascule où l’ancien monde est peu à peu englouti et où l’on peut espérer un avenir meilleur.

 Dans un wagon de chemin de fer, puis dans un trolleybus, les passagers se mettent à chanter et à danser. Leurs silhouettes sont entourées de blanc et ils semblent s’affranchir de la pesanteur comme des anges contemporains. Un personnage vient nous rappeler par un écriteau que « ceci n’a jamais existé » dans le Leningrad soviétique. Il reste que « ceci » existait en puissance, par l’enthousiasme de Mike Naumenko, Viktor Tsoï et de leurs camarades musiciens.