Cinéma14 janvier 20151Timbuctu

Timbuctu, film du réalisateur mauritanien Abderrahmane Sissoko, est un magnifique témoignage sur la résistance d’un peuple à la dictature de fanatiques religieux.

 Des islamistes ont pris le contrôle de la ville de Tombouctou. Ils terrorisent la population pour l’obliger à adopter ce qu’ils croient être la loi de Dieu. Cigarettes, football et musique sont interdits. Les femmes doivent être vêtues des chaussettes jusqu’au voile et accepter le mari qu’on leur impose. On lapide un couple adultère.

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Kidane, sa femme Satima et leur fille Toya sont des touaregs. Ils vivent sous une tente non loin de Tombouctou et élèvent leur bétail. Ils parviennent à préserver un îlot de bonheur familial, jusqu’à ce qu’un conflit avec un pécheur dégénère et provoque l’intervention de la police islamique.

 A Tombouctou, on parle tamacheq et bambara, les nouveaux maîtres s’expriment en arabe, et pour se comprendre on a recours au français et aussi à l’anglais. Mais il ne suffit pas de traducteurs pour se comprendre. Lorsque l’imam de Tombouctou explique doucement qu’on ne peut pénétrer armé et chaussé dans la maison de Dieu, les intrus se retirent de mauvaise grâce : c’est eux, et eux seuls, qui peuvent interpréter la loi divine et l’imposer au peuple.

 Tout est beau dans le film, les paysages, les personnages, l’architecture, la lumière. Tout, sauf le plus important : la dictature, d’autant plus effrayante qu’elle est couverte du manteau du divin.

 Je retiens du film deux séquences. Des jeunes jouent au football ; mais comme le ballon leur a été confisqué, ils se font des passes et tirent au but avec un ballon virtuel. Un jeune est invité à témoigner devant une caméra de vidéo de sa conversion : comment il était rappeur et vivait dans le péché, et combien il est heureux d’avoir trouvé sa voie. Malgré les conseils de son mentor, qui lui montre comment montrer de l’enthousiasme, il se trouve décontenancé et sans voix.

 « Timbuctu » est l’un des très grands films de l’année 2014.

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One comment

  • Gueuret Agnès

    19 janvier 2015 at 11h22

    L’analyse faite ici de ce film très beau et pourtant terrible rejoint l’appréciation que j’en ai faite après l’avoir vu. Merci Xavier. Avec cette œuvre d’art, on touche la manière dont la parole et la résistance peuvent se lever et s’exercer contre la bêtise et la haine d’un pouvoir qui se cache sous le religieux et voile ainsi sa vraie nature. Nous venons d’être touchés en France par cette haine aveugle qui m’a dicté ces lignes :
    Le noir des traits,
    l’encre des mots
    contre les armes
    pointées sur eux
    jamais, jamais
    ne se tairont !

    Charlie, mon frère,
    nos voix se lèvent
    contre la haine,
    boucliers d’or
    aujourd’hui même,
    demain, toujours !

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