CinémaHistoireItalie10 juillet 20221À la recherche du jardin des Finzi Contini

Arte TV a récemment programmé, le même soir, « le jardin des Finzi Contini », film de Vittorio De Sica (1970) librement adapté du roman éponyme de Giorgio Bassani et « à la recherche du jardin des Finzi Contini », documentaire de Rä di Martino (2022).

 Le film, comme le roman, a pour cadre Ferrare en 1938. Mussolini promulgue des lois raciales qui excluent les Juifs de la fonction publique, interdisent leur mariage avec des Aryens et les obligent à vivre séparés du reste de la société. La famille Finzi Contini ouvre son jardin, et son court de tennis, à des jeunes exclus du club de la ville.

 Le personnage central du film est Micòl (Dominique Sanda), la fille de la famille, aussi lucide et solide que son frère Alberto (Helmut Berger) est fragile et insouciant. Lorsque Giorgio (Lino Capolicchio) lui déclare sa flamme et parle d’un avenir partagé, Micòl le repousse. Au contraire de ses proches, qui pensent que tout reviendra à la normale, elle est consciente qu’il n’y a aucun avenir. Elle vit intensément une relation charnelle avec un ami de son frère.

Micòl est charnellement enracinée dans sa terre, et plus spécifiquement le jardin dont elle connait par cœur le nom de toutes les plantes, y compris des palmiers centenaires.

 Le jardin des Finzi Contini est un Jardin d’Éden. Alors que la haine gronde, que les grands-bourgeois juifs sont réduits à l’état de citoyens de seconde zone, que se profile la déportation, on y vit un automne délicieux entre gens de bonne famille. Mais déjà se sentent les frimas de l’hiver. Et les humains furent chassés du Jardin d’Éden.

Vittorio de Sica lors d’une interview

Le documentaire de Rä di Martino évoque, par des images d’archive, la querelle qui opposa jusque devant les tribunaux Bassani et De Sica, le premier reprochant au second des infidélités au roman. Il restitue surtout l’immense succès tant du roman que du film. Le public se passionna pour une histoire de déchéance inscrite dans celle de la déchéance du fascisme. Le mythe du jardin, paradis préservé puis paradis perdu, contribua à ce succès.

 L’évocation par De Sica de ce jardin était si sensorielle que beaucoup de spectateurs crurent qu’il était réel. Il n’avait jamais existé. Ou plutôt si, grâce à la littérature.

One comment

  • moulin andré

    11 juillet 2022 at 9h20

    Excellente recension de ce documentaire que j’ai trouvé également excellent

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