Le non-nombril du monde

Election à Athènes le 17 juin 2012. Photo 20minutes.fr

Le peuple français tend à se prendre pour le nombril du monde. La lecture de la presse britannique nous invite à la modestie.

 Le 17 juin, le grand événement pour les Français, pour s’en réjouir ou s’en effrayer, a été la majorité absolue gagnée par la Parti Socialiste aux élections législatives. Mais il faut fouiller profond dans la presse britannique pour en trouver l’écho.

 Dans The Guardian du 18 juin, la victoire socialiste en France est évoquée dans un paragraphe de la page une, presque entièrement consacrée à l’élection législative… en Grèce. Il faut aller page 17 pour trouver un article, factuel et bien documenté, intitulé : les socialistes de France obtiennent les mains libres pour s’attaquer aux problèmes économiques.

 Dans le journal gratuit du soir, Evening Standard, c’est pire : l’unique mention de notre élection est en page 23 et est centrée sur la promesse des enfants de François Hollande et Ségolène Royale de ne plus jamais adresser la parole à Valérie Trierweiler, coupable à leurs yeux d’avoir précipité l’humiliante défaite de leur mère à La Rochelle.

 Ni The Guardian, ni l’Evening Standard, ne mentionnent l’élection de la députée des Français au Royaume Uni et dans le reste de l’Europe du Nord, la troisième circonscription des Français à l’étranger : Axelle Lemaire (Parti Socialiste) a été élue avec 54.76% des votants dans un scrutin marqué par une abstention massive (près de 80%) malgré l’innovation du vote par Internet.

 Pour les médias britanniques, tout était joué en France avec l’élection de François Hollande à la présidence de la République. Qu’il ait obtenu le 17 juin les moyens de sa politique n’a pas d’importance. La France n’est pas le nombril du monde, après tout !

Jubilée

 

Street Party à Edimbourg, photo The Telegraph

Les fastes, la parfaite organisation et l’enthousiasme général des Britannique pour le Jubilée de Diamant de la Reine Elizabeth II ont été unanimement soulignés par les commentateurs. C’est pourtant la multiplication d’événements locaux, les « street parties », qui suscite le plus mon admiration.

 Partout au Royaume Uni, les citoyens ont dressé des tables dans la rue, pavoisé les maisons et le mobilier urbain et partagé leur repas, la bière et le vin. Dans certaines villes, comme Greenwich, plusieurs milliers de personnes ont ainsi occupé la chaussée et fraternisé avec des inconnus. Dans des localités plus petites, l’initiative est venue d’individus qui ont contacté leurs voisins, demandé l’autorisation de la maréchaussée et organisé des agapes dont on se souviendra longtemps, pour le repas partagé par des gens ordinairement séparés par leur quant-à-soi et pour la ferveur commune dans une extraordinaire célébration.

 Dans « The Big Issue » (4 – 10 juin), le journal des sans-abri, son fondateur et rédacteur en chef John Bird, s’exprime ainsi : « dans l’esprit de la plupart des gens, « jubilée » est devenu une variante de « jubilation » : des raisons d’être joyeux, pour ainsi dire. Mais il y a un sens plus profond qui remonte aux Egyptiens et, à partir d’eux, aux Hébreux. Et c’est « pardon ».

 « Pas seulement « vous êtes pardonnés », mais « vos dettes sont pardonnées ». De temps à autre, un jubilée, qui se produisait habituellement tous les 25 ou 50 ans, signifiait que l’on restituait aux pauvres la liberté et les terres qu’ils pouvaient avoir auparavant. Et leurs dettes étaient annulées.

 C’était une tentative pour restaurer la justice, ou un certain niveau de justice, de façon à atteindre de nouveau un équilibre social, plutôt que d’avoir un petit nombre de gens très riches et une masse de gens pauvres. Il s’agissait de mettre fin à l’anomalie qui consiste en ce que les pauvres deviennent plus pauvres et les riches plus riches.

Tout en se défendant d’anti-monarchisme, John Bird suggère que, à l’occasion de son jubilée, la Reine attribue aux paroisses, aux villes et aux hameaux les biens confisqués à l’Eglise durant la Réforme et devenus patrimoine royal.

 Il faut réallouer des ressources précieuses, dit John Bird. Et une année du jubilée pourrait être le bon moment pour un certain pardon des dettes et une certaine redistribution. »

Street Party à Chalfont St Giles, Buckinghamshire. Photo The Telegraph

Les eaux sombres du Loch Lomond

A une cinquantaine de kilomètres au nord de Glasgow, la région des Trossachs offre aux randonneurs plusieurs sommets de plus de 900 mètres et des lacs magnifiques, dont le Loch Lomond.

 « Loch Lomond » est un nom familier aux lecteurs des albums de Tintin : c’est celui du whisky favori du Capitaine Haddock. Dans la réalité, c’est un lac étroit de 37 km de long qui se faufile dans un paysage de moyenne montagne.

 Lorsque nous empruntons le sentier littoral, le temps est plutôt ensoleillé. Le chemin progresse le plus souvent sous une futaie, mais il traverse aussi des prairies parsemées de fougères et de bleuets. La surface du lac est sombre et l’imagination s’égare dans les profondeurs de légendes englouties.

Photos « transhumances ».

Marley

 

Photo du film "Marley"

 Le documentaire de Kevin Mac Donald consacré au chanteur Bob Marley (1945 – 1981) nous immerge dans une vie exceptionnelle, intimement mêlée aux mouvements d’indépendance, à l’affirmation d’une identité noire et au Reggae.

 Bob Marley est né dans les hauteurs de la Jamaïque, dans des conditions proches de celles des hauts de la Réunion. Son père était un contremaître de domaine agricole d’ascendance anglaise, sa mère une descendante d’esclave. Dès l’enfance, Robert Marley fut à la fois exclu par la famille blanche de son père, et rejeté par ses condisciples noirs. Sa chance fut que sa mère était une personnalité exceptionnelle, tentant sa chance d’abord à Trenchtown, un bidonville de Kingston, puis aux Etats-Unis dans le Delaware. L’une des premières chansons de Bob, Corner Stone, est construite sur l’image évangélique de la pierre rejetée par les bâtisseurs et devenue pierre d’angle.

 Bob Marley est à la quête de son identité en adoptant un style de musique typiquement jamaïquaine mais accessible pour le public international, en particulier les noirs d’Afrique et d’Amérique ; et aussi en se convertissant au Rastafari, un messianisme afro-américain qui, entre autres croyances, considérait l’Empereur d’Ethiopie Haïlé Sélassié comme une incarnation du Christ. De fait, la visite de l’Empereur Messie à la Jamaïque en 1966 déclencha l’hystérie des foules.

 Kevin Mc Donald observe que si le portrait de Bob Marley orne tant de chambres d’étudiants de par le monde, c’est parce que, comme Che Guevara, il symbolise la possibilité d’un monde différent et meilleur. C’est aussi parce que de son enfance misérable, de son identité déchirée il a reçu de fortes vibrations que la musique et les paroles de ses chansons ont transformées en un torrent d’énergie.

 Le film est fondé sur des images d’archive et sur les témoignages de proches du chanteur. Certaines images sont profondément émouvantes, comme ce concert pour la paix pendant lequel Marley obtint que les leaders de formations politiques au bord de la guerre civile se serrent la main. Certains témoins sont des personnages hauts en couleurs et les spectateurs rient de bon cœur à certaines de leurs répliques.