Pure

Pure, roman d’Andrew Miller (Hoder, 2011) nous transporte à Paris sous le règne de Louis XVI, une ville fétide en quête d’assainissement.

 Jean-Baptiste Baratte, jeune ingénieur frais émoulu de l’Ecole des Ponts, monte à Paris après une première expérience professionnelle dans les mines de Valenciennes. Il se voit confier une mission d’assainissement : démanteler le cimetière et l’église des Innocents, près des Halles et de Saint Sulpice. Des centaines de milliers de personnes y ont été inhumées au cours des siècles, dont, au temps des épidémies, des dizaines de milliers de pestiférés précipités dans des fosses communes. Le lieu est devenu un foyer de puanteur et d’infection. Le dix-huitième siècle commande l’ordre, la raison et la propreté.

 Jean-Baptiste fait venir de Valenciennes une troupe de trente mineurs encadrés par Lecoeur, l’un de ses anciens condisciples. La tâche est considérable : il faut creuser des puits de plus de vingt mètres de profondeur, en extraire les ossements et les entreposer en tas en attendant que des prêtres les conduisent en procession jusqu’à une carrière désaffectée.

 Le voisinage ne reste pas indifférent. Ziguette, la fille des Monnard, les logeurs de Jean-Baptiste, est si profondément perturbée qu’elle tente d’assassiner l’ingénieur dans son sommeil. Jeanne, la petite fille du sacristain, et Armand, l’organiste de l’église, deviennent au contraire ses alliés. La vie aux Innocents est marquée par la routine, celle des puits que l’on creuse, des ossements que l’on extrait, des repas pris sur le chantier, de la visite hebdomadaire de prostituées aux mineurs dans leur campement. Il y a aussi une part d’inattendu, les mineurs menaçant d’arrêter le travail si on ne leur donne pas une dose de tabac, un viol suivi d’un suicide, des accidents du travail, l’incendie de l’église.

 Andrew Miller s’attache à une rencontre imprévue. Dans le quartier des Innocents, Jean-Baptiste remarque une jeune femme, Héloïse. Celle-ci vend son corps aux commerçants du voisinage. Jean-Baptiste en tombe instantanément amoureux. Quelques mois plus tard, il l’aborde. « Tu m’aimes », dit-elle. « Oui ». « Pourquoi ? «  Pourquoi ? » « Tu dois savoir », dit-elle. « Bien sûr », dit-il, quoique qu’en fait il n’ait jamais pensé qu’il lui fallut une raison pour l’aimer. « Tu m’as regardé », dit-il. « Je t’ai remarqué ? » « Oui ». « C’est vrai », dit-elle. « Je t’ai en effet remarqué ». « Tu étais en train d’acheter du fromage », dit-il. Elle approuve de la tête. « Tu avais l’air perdu ». « Toi aussi ». « Perdue ? ». « Décalée ». « Si j’acceptais (de venir vivre avec toi) », dit-elle après d’autres pauses pendant lesquelles elle semble peser soigneusement chacun de ses mots, « je devrais être libre d’aller et venir comme le je veux.  Je suis trop vieille pour prendre des ordres de toi et de quiconque ». « Tu serais libre ».

 D’Héloïse, Miller dit : « la peine et la rage sont passées par là ; elle les a tirées comme un buisson épineux dans ses propres entrailles, et elles l’ont meurtrie, elles ont laissé des milliers de petites cicatrices, mais elles ne l’ont pas tuée. Et maintenant ceci. Une nouvelle vie. » Héloïse est une pure dans le cadre souillé du cimetière des Innocents.

 Le roman d’Andrew Miller est traversé par les antagonismes de classe. Un monde sépare Jean-Baptiste, pourtant fils d’un petit artisan normand, des mineurs de Valenciennes, qui parlent le flamand et ignorent le français. Un monde sépare aussi Jean-Baptiste du Ministre qui commissionne ses travaux mais ne manifeste pas le moindre intérêt pour sa personne. Jean-Baptiste se surprend à éprouver pour les Monnard le même mépris dont l’accable le Ministre.

 Aux Innocents, du passé on fait table rase. Le parti de l’avenir avance, mais sa victoire ne se fera pas sans violence.

Care4Care

Dans The Guardian du 30 mai, Kate Murray évoque une innovation sociale destinée à désamorcer la bombe à retardement démographique ; Care4Care, ou encore Care for Care, assistance contre assistance.

 L’auteur de l’idée, Heinz Wolf, est un scientifique aujourd’hui âgé de 84 ans. Il s’agit, en utilisant un vocabulaire français, d’un compte d’épargne temps d’assistance dépendance. Pendant qu’ils sont en état de le faire, les volontaires de Care4Care consacrent quelques heures de la semaine à des tâches d’assistance à des personnes dépendantes, depuis faire leurs courses jusqu’à changer une ampoule. Ce temps est comptabilisé et constitue un crédit qu’ils pourront utiliser lorsqu’à leur tour ils auront besoin d’assistance. Les promoteurs de l’idée pensent que la combinaison d’altruisme et d’intérêt bien compris font du schéma un moyen pratique de répondre à la demande rapidement croissante d’assistance aux personnes âgées.

 Le schéma est actuellement testé à l’Ile de Wight par 90 volontaires, en partenariat avec la Young Fundation.  Le projet est d’avoir un réseau national, afin de permettre aux volontaires d’accumuler un crédit d’assistance utilisable non seulement pour eux-mêmes plus tard, mais dès maintenant pour des proches dans d’autres pays du pays.

 Heinz Wolf commente « les gens se sont habitués à l’idée que l’état allait tout fournir du berceau à la tombe, mais ils commencent à se rendre compte que ça ne marche plus comme cela. A mesure que nous nous habituons à l’idée que la communauté aura à faire plus pour elle-même, on ne manquera pas de personnes prêtes à franchir le pas. Nous parlons de millions de gens qui participeront. Cela fera partie de notre vie, tout comme faire la lessive. »

 Photo : la rivière Bellevue, vue d’Exbury Park près de Southampton.

Vieillir en bonne santé

Dans The Guardian du 30 mai, Christopher Thomond interview Tom Kirkwood, Doyen de l’Université de Newcastle pour le Vieillissement.

 « Le Professeur Tom Kirkwood a démoli une série de fausses idées sur le processus du vieillissement avec une étude fracassante sur la santé de plus de 1.000 personnes de la génération des plus de 85 ans. « Dire qu’ils sont une une misère ambulante, qu’ils sont malheureux de leurs sorts et qu’ils se plaignent sans cesse de leurs maux relève du mythe, dit-il. Les quatre cinquièmes d’entre eux pensent qu’ils s’en sortent plutôt bien ». »

 L’envers de cette monnaie, c’est que 20% ont besoin d’assistance. C’est probablement gérable aujourd’hui, alors que la population des plus de 80 ans en Grande Bretagne est de 2,6 millions de personnes. Cela deviendra problématique en 2030, quand ce chiffre aura bondi à 4,8 millions.

 Selon Kirkwood, les facteurs génétiques n’expliquent qu’un quart de la durée de vie. « Ce que nous savons maintenant, c’est que les facteurs génétiques qui influencent notre longévité ne sont pas les gènes qui mesurent le passage du temps. La raison pour laquelle nous vieillissons et nous mourons est que, à mesure que nous vivons notre vie, notre corps accumule une grande variété de défauts dans les cellules et dans les molécules qui constituent les cellules dans notre corps, de sorte que le vieillissement est induit par cette accumulation de défauts. Les gènes qui influencent la longévité sont ceux qui influencent la manière plus ou moins efficace selon laquelle notre corps réagit aux dommages, le dynamisme de la machine à réparer ; ce sont les gènes qui régulent la gestion, la maintenance et la réparation. »

 C’est ce processus, non programmé à l’avance, qui explique en grande partie l’inégalité devant le vieillissement. Les styles de vie influencent fortement la qualité du vieillissement ; c’est le cas de l’hygiène alimentaire et de l’exercice physique, par exemple. Les inégalités sociales se traduisent, le grand âge venu, par moins d’autonomie et plus de dépendance.

 L’étude de Kirkwood fait aussi état d’une inégalité entre les hommes et les femmes. Bien que les femmes vivent six ans de plus en moyenne que les hommes, elles apparaissent moins autonomes. L’étude a identifié 17 tâches de la vie quotidienne, de s’occuper des finances à faire les courses. Un tiers des hommes effectuent ces 17 tâches, contre un sixième des femmes.

 Photo « transhumances » : arbre du Keukenhof, Pays-Bas

VatiLeaks

 

Tarcisio Bertone, Secrétaire d'Etat et Cardinal Camerlingue. Photo La Croix.

La presse se fait l’écho des fuites de courriers confidentiels du pape Benoît XVI, probablement dans le cadre d’une tentative de déstabilisation du Secrétaire d’Etat du Vatican, Tarcisio Bertone.

 Le pape a nommé Tarcisio Bertone Secrétaire d’Etat, l’équivalent d’un premier ministre, en 2006 peu après son accession au pontificat. Il entendait qu’un homme de confiance gère la bureaucratie vaticane, lui laissant ainsi le loisir de se concentrer sur les questions doctrinales.

 Visiblement, le binôme à la tête de l’Eglise Catholique est dysfonctionnel. Le Vatican est traversé par des luttes de clans pour le pouvoir, dans lesquelles l’argent joue un rôle capital. La bureaucratie vaticane, loin d’unir ses forces pour servir les objectifs de l’Eglise, se divise contre elle-même.

 C’est probablement le principe même d’une division des tâches entre gouvernement et doctrine, reflétant l’opposition du matériel et du spirituel ou de l’impur et du pur, qui est en cause.

 Le spirituel est-il étranger aux corps, ceux des individus comme des sociétés ? Gouverner de manière autoritaire, machiste et opaque n’aurait-il aucune portée spirituelle ? Si au contraire on se prenait à rêver, encourager la prise de parole et l’initiative des croyants les plus humbles, obliger les clercs à rendre compte de leurs actes, placer les femmes à égalité de droits avec les hommes, tout cela  ne serait-il pas porteur d’un message évangélique ?