Le désert des Tartares

Dans le Désert des Tartares, publié en 1940, Dino Buzzati (1906 – 1972) offre aux lecteurs une puissante méditation sur le temps qui passe.

 « Quel est le livre qui a changé votre vie ? » demande souvent François Busnel dans « la grande librairie » sur France 5. Ma réponse est « Le désert des Tartares » de Dino Buzzati, que j’ai lu pendant ma période italienne (1997 – 2000). Au mitan de ma vie, il m’a fait prendre conscience de ma condition d’homme vieillissant et mortel, et aussi de la tragique beauté de cette condition. Continuer la lecture de « Le désert des Tartares »

Le marchand de passés

« L’imposteur » de Javier Cercas raconte l’histoire véridique d’Enric Marco, qui s’était fabriqué un passé de résistant et de déporté. Dans « le marchand de passés », écrit en portugais en 2005, le romancier angolais José Eduardo Agualusa raconte celle d’un bouquiniste de Luanda qui vend à ses clients un passé glorieux qu’ils pourront transmettre à leurs enfants (Éditions Métailié, 2010 pour la traduction française).

« La mémoire est un paysage contemplé d’un train en mouvement ». Il y a des choses qui se passent sous nos yeux, nous savons qu’elles ont réelles mais elles sont loin, nous ne pouvons pas les toucher. Certaines sont déjà si loin, et le train avance si vite, que nous n’avons pas la certitude qu’elles se sont réellement passées. Continuer la lecture de « Le marchand de passés »

L’imposteur

Dans « l’imposteur » (publié en Espagne en 2014, traduction française chez Actes Sud), Javier Cercas s’efforce de comprendre Enric Marcos, l’homme qui présida l’Amicale du camp de concentration de Mauthausen et avait menti sur son passé de déporté.

Né en 1921, le Catalan Enric Marco a fréquemment raconté son histoire héroïque. Encore adolescent, il participa du côté républicain à la guerre civile espagnole. N’acceptant pas la défaite, il entra en résistance contre la dictature franquiste triomphante. Pour éviter la police des vainqueurs, il s’enfuit vers Marseille et fut livré à la Gestapo et déporté au camp de concentration de Mauthausen, en Autriche. Après la libération des camps, il revint à Barcelone et mena la lutte clandestine. Après la mort de Franco, il présida le syndicat anarchiste CNT, puis une fédération de parents d’élèves. Entre 2000 et 2005, il rejoignit l’Amicale espagnole des anciens déportés de Mauthausen qu’il finit par présider, ne ménageant pas sa peine pour que les Espagnols recouvrent la mémoire des Républicains persécutés en raison de leurs idéaux. Continuer la lecture de « L’imposteur »

Surveiller et punir, naissance de la prison

Publié il y a quarante ans, le livre de Michel Foucault intitulé « surveiller et punir, naissance de la prison » reste une référence incontournable pour toute réflexion en profondeur sur l’institution carcérale.

Le livre s’ouvre par la description insoutenable des tortures infligées sur l’échafaud, devant une grande masse de badauds, à un criminel nommé Damiens. C’était en 1757. En France et ailleurs en Europe, le crime est considéré comme une injure personnelle au souverain. Celui-ci se venge de la violence symbolique subie du fait du crime par un déchainement de violence sur l’échafaud. Or, entre la fin du dix-huitième siècle et le début du dix-neuvième, disparait « en quelques années le corps supplicié, dépecé, amputé, symboliquement marqué au visage ou à l’épaule, exposé vif ou mort, donné en spectacle. » Continuer la lecture de « Surveiller et punir, naissance de la prison »