EtonnementsJustice15 février 2022Chronique d’étonnement n°9

Je souhaite partager dans « transhumances » ce qui m’a étonné, dans ma vie personnelle comme dans l’actualité.

 Dans cet article de « transhumances », je me mêle aux touristes qui se font photographier au Louvre devant la Joconde ; je m’étonne du non-sens écologique des jeux olympiques d’hiver de Pékin ; je m’interroge sur le retour en prison du probationnaire Patrick Balkany.

 

Joconde

 Au Musée du Louvre, deux files d’attente ont été aménagées pour admirer, quelques instants, la Joconde de Léonard de Vinci. Les centaines de visiteurs qui auront patienté pourront s’approcher à une dizaine de mètres de ce tableau petit format pour l’admirer.

 En réalité, leur objectif n’est pas artistique. Il consiste à se photographier avec, dans le cadre, l’énigmatique Mona Lisa. Une famille japonaise se prend en selfie. Deux jeunes femmes espagnoles prient un visiteur de leur tirer le portrait : voici donc trois jocondes dans un smartphone !

 À raison d’une minute ou deux par prise, on comprend que s’approcher du tableau puisse requérir un bon quart d’heure. Patienter en vaut la peine : on peut instantanément envoyer au bout de la terre la preuve qu’on a bien vu le tableau le plus célèbre du monde. On accède, l’espace d’un instant, à une communion d’image avec une héroïne vieille d’un demi millénaire.

 

Neige artificielle

 Les Jeux Olympiques d’hiver, organisés dans la station chinoise de Yanqing, consommeront quelque 185 millions de litres d’eau. Faute de neige naturelle, il a fallu en effet recourir aux canons à neige. Or, la région est structurellement frappée par des sécheresses.

 Les pistes de ski sont situées au cœur de la réserve naturelle de Songshan, qui préserve en particulier l’orchidée de Shanxi, une espèce rare.

Il aurait été plus cohérent avec la politique de protection de l’environnement vantée par le pouvoir chinois d’organiser les jeux olympiques d’hiver dans l’Himalaya tibétain. Mais cette alternative aurait suscité d’autres critiques.

 

 

Probationnaire

 

Patrick Balkany, ancien maire de Levallois, a été incarcéré à la prison de Fleury-Mérogis pour avoir enfreint les conditions mises à sa probation. Les peines de probation, alternatives à la prison, mettent à l’épreuve la volonté du probationnaire de respecter la loi et de réparer les dommages causés par les délits qu’il a commis.

 

Il est étonnant que ses avocats, des ténors du Barreau, n’aient pas réussi à le tirer de ce mauvais pas. En février 2020, ils avaient obtenu la fin de son emprisonnement à la Santé pour des raisons médicales qui, appliquées à l’ensemble des détenus, auraient entraîné la libération de milliers de captifs affectés par des pathologies similaires.

 

Un autre motif d’étonnement est la focalisation des médias sur l’un des motifs de son retour en prison, le non-respect des contraintes du bracelet électronique. Ils auraient pu tout aussi bien citer le refus de Balkany de rembourser sa dette fiscale de 53 millions d’euros. C’est pourtant notre argent, celui des contribuables, qui a été volé.

 

Enfin, dans l’émission « Par Jupiter » sur France Inter, Guillaume Meurice a interviewé des habitants de Levallois qui considéraient scandaleux qu’une si bonne personne soit condamnée à la prison alors que des malfrats courent encore. À vrai dire, qu’ils soient convaincus que la prison n’est pas faite pour des gens de leur monde n’est pas vraiment étonnant. Les cols-blancs sont rares en prison. Celle-ci héberge principalement des pauvres.