Abraham Lincoln, saint ou pécheur

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La chaîne de télévision britannique BBC4 vient de programmer un documentaire sur la personnalité d’Abraham Lincoln : « Abraham Lincoln, saint or sinner ? ».  Il fournit un éclairage intéressant sur un moment clé de l’histoire des Etats-Unis.

Abraham Lincoln (1809 – 1865) est vénéré comme un demi-dieu aux Etats-Unis, l’émancipateur des esclaves, le père de la nation. Le candidat Barak Obama s’est souvent référé à lui pendant sa campagne pour l’élection présidentielle.

Le documentaire diffusé par BBC4 s’interroge sur la véritable personnalité de Lincoln. Des nostalgiques des Etats Confédérés lui reprochent sa brutalité dans l’écrasement de la sécession ; des historiens rappellent qu’il était convaincu de l’inégalité des races et que s’il souhaitait la disparition de l’esclavage pour des raisons économiques, il était aussi partisan de déporter les noirs dans des colonies hors des Etats-Unis ; ils lui reprochent aussi le non respect des engagements pris à l’égard des Sioux et  la répression féroce qui suivit leur révolte.

La référence aux Sioux donne une clé de la guerre de Sécession. Au milieu du dix-neuvième siècle, c’est la ruée vers l’ouest. Les émigrés arrivés dans la Nouvelle Angleterre rêvent d’acquérir une terre qu’ils puissent cultiver ; les grands propriétaires du sud ont le projet de constituer de grands domaines où ils feront travailler la main d’œuvre gratuite dont ils disposent, les esclaves. Les deux modèles sont antagonistes : l’agriculture familiale ne peut survivre si elle fait face à la concurrence de grandes exploitations esclavagistes.

Le Parti Républicain et Lincoln s’accommodent très bien de l’esclavage tant qu’il est cantonné au Sud. Ils sont en effet convaincus de l’inégalité des races, et ne voient pas d’objection à ce que les noirs soient relégués à un statut inférieur. Mais ils s’opposent à sa généralisation au Nord et son exportation à l’Ouest du continent américain pour des raisons économiques : l’esclavage fausse la concurrence.

Les Etats du Sud font sécession et créent une Confédération. La guerre qu’ils déclenchent en 1861 tourne mal pour l’Union. En tant que Commandant en Chef, Lincoln a une idée géniale : proclamer l’émancipation des esclaves. Cette manœuvre militaire a des résultats inespérés. Au sud, l’économie est désorganisée ; des milliers de noirs rejoignent l’armée Unioniste. En 1865, l’armée confédérée capitule. Lincoln est étonné par la vaillance de ses soldats noirs ; ses préjugés racistes se fissurent.

Lincoln mourut assassiné quelques mois après la capitulation des sécessionnistes, un vendredi saint : tout se conjuguait pour le faire accéder au statut de Saint. Le documentaire de BBC4 montre qu’il ne fut pas un saint, mais un homme conditionné par les préjugés de son temps qui, confronté à des circonstances exceptionnelles, sut prendre des décisions courageuses et accepter de réviser des idées reçues.

Cent ans après la déclaration d’émancipation, Martin Luther King prononça son fameux discours « I had a dream ». Le début du discours est peu connu. Il dit qu’en 1863 le gouvernement américain tira un chèque au bénéfice de ses citoyens esclaves, mais qu’il se révéla sans provision. Il réclama que la dette soit, enfin, payée.

Illustration : photo d’Abraham Lincoln.

Le Foundling Museum à Londres

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Le Foundling Museum, non loin du British Museum à Londres, conserve le souvenir du Foundling Hospital qui, du dix huitième siècle au début du vingtième accueillit les enfants abandonnés.

Le musée conserve le souvenir des bienfaiteurs du Foundling Hospital, le philanthrope Thomas Coram, le peintre William Hogarth et le musicien George Friedrich Haendel.

L’exposition temporaire a pour titre « Threads of Feeling »,  fil de sentiments. Plus de quatre mille bébés furent abandonnés anonymement au Foundling Hospital entre 1741 et 1760. Ils partaient en nourrice à la campagne, puis revenaient dans l’institution pour recevoir une formation qui les conduisait le plus souvent à des positions de domestiques pour les filles, de soldats pour les garçons.

Une fiche signalétique était remplie pour chaque enfant. On y attachait un morceau du vêtement qu’il portait lors de son abandon, ou un message ou objet laissé par la maman. Bien que l’enfant fût adopté par l’Etat, on voulait que sa mère puisse le reprendre si sa fortune personnelle s’améliorait. Le tissu permettait de l’identifier.

Les pages du registre du Foundling Hospital sont profondément émouvantes car elles nous parlent de séparations déchirantes. Elles offrent aussi un vaste échantillon de textiles vieux de près de trois siècles et une précieuse source d’information pour les historiens.

Illustration : The Foundling Museum, exposition « Threads of Feeling », tissu brodé de fleurs et de feuilles attaché à la fiche signalétique d’un petit garçon admis le 25 août 1758.

Madame Butterfly au Royal Albert Hall

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Le Royal Albert Hall de Londres met actuellement en scène Madame Butterfly, l’opéra de Puccini.

Le spectacle restera à l’affiche pendant trois semaines, ce qui implique une capacité d’environ 80.000 spectateurs. C’est une superproduction, jouée en anglais comme il se doit, ave le Royal Philarmonic Orchestra et des chanteurs exceptionnels.

On connait le fil directeur de Madame Butterfly. Dans le port de Nagasaki, point de contact entre le Japon et l’Occident au début du vingtième siècle, la jeune geisha Cio-Cio San renie la religion de ses ancêtres et épouse l’officier américain Pinkerton. Pour elle, c’est la promesse de créer une famille et de grimper dans l’échelle sociale ; pour lui, c’est le moyen de rendre confortable son court séjour au Japon. Lorsqu’il revient après trois ans d’absence, elle lui présente leur jeune fils, Chagrin ; il lui présente sa jeune épouse américaine. Pinkerton emmène avec lui le petit garçon pour lui donner un meilleur avenir. Cio-Cio, trahie et désespérée, se fait hara-kiri.

Jouer de l’opéra dans l’immense espace du Royal Albert Hall avec une excellente qualité acoustique est un exploit. L’ingénieur du son Bobby Aitken l’a réussi.

Il faut ensuite occuper cet espace atypique, totalement circulaire. Le designer David Roger a eu l’idée de construire une structure qui évoque une maison japonaise, avec en son centre le lit de Cio-Cio et Pinkerton. La maison est entourée d’un lac, qui s’assèche pour devenir jardin japonais après le premier acte et l’entracte. On y accède par des passerelles sur lesquelles se déroulent plusieurs scènes du drame. Les acteurs sont environnés par le public, mais ils en sont en même temps séparés, ce qui manifeste la distance d’époque et de civilisation.

Illustration : Madam Butterfly, spectacle mis en scène au Royal Albert Hall par David Freeman, jusqu’au 13 mars 2011.

La maison de Dickens à Londres

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Charles Dickens (1812 – 1870) vécut deux ans dans une maison de Londres, aujourd’hui consacrée à son souvenir.

Nous avons croisé deux fois les pas de Charles Dickens ces dernières semaines. Au théâtre, nous avons assisté à une adaptation de son roman « Les Grandes Espérances ». Au cinéma, le film « Au-delà » du réalisateur Clint Eastwood montre le personnage joué par Matt Damon faire un « break » dans sa vie et visiter à Londres la maison de son héros, Charles Dickens. Il contemple en particulier « le rêve de Dickens », un tableau de Robert W. Buss représentant le romancier endormi à la table de sa bibliothèque et songeant aux personnages qu’il a créé tout au long de sa carrière.

Dickens occupa une maison bourgeoise typiquement londonienne, 48 Doughty Street, dans l’arrondissement (borough) de Camden pendant les deux ans qui suivirent son mariage, de 1837 à 1839. Dans le musée qui y a été installé en 1925, on trouve de nombreux souvenirs, portraits de l’écrivain, meubles, manuscrits.

Dickens écrivait ses livres sous forme de feuilletons d’une trentaine de pages, ce qui permettait de faire grandir l’intérêt du public et aussi de tenir compte des réactions des lecteurs pour la rédaction des chapitres non encore publiés.

Illustration : Maison de Dickens à Londres, www.dickensmuseum.com