Sculpture Britannique Moderne

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La Royal Academy of Arts présente jusqu’au 7 avril une exposition consacrée à la sculpture britannique moderne.

Disons-le franchement, l’exposition est décevante. On peine à trouver un réel fil directeur, par exemple du pompeux monument pour le jubilée de la Reine Victoria d’Alfred Gilbert à la « zone fumeur portable » de Sarah Lucas (1996). On a l’impression d’une juxtaposition d’œuvres d’intérêt inégal, rassemblées ici parce qu’elles se trouvaient disponibles. Les commissaires de l’exposition ont aussi pris le parti de considérer la photographie comme un sculpture, ce qui est contestable.

Il y a naturellement des choses intéressantes. La seconde salle fait se côtoyer des œuvres du vingtième siècle et des sculptures de civilisations anciennes de la collection du British Museum. On y découvre une étrange harmonie au-delà des siècles et des civilisations. « La mère et l’enfant » de Charles Wheeler (1926) est d’une grande beauté.

Au centre de l’exposition figurent une figure couchée d’Henry Moore et le monolithe sculpté en 1961 par Barbara Hepworth pour célébrer la mémoire du Secrétaire Général de l’ONU Dag Hammarskjöld. Nous avons eu l’occasion de visiter les musées en plein air consacré à ces deux artistes, Perry Green dans le Hertfordshire pour Moore, St Ives en Cornouailles pour Hepworth.

La massive statue « Adam » de Jacob Espstein (1940) impressionne par l’énergie sexuelle et spirituelle qu’elle dégage, au point de rendre la confrontation presque gênante pour le spectateur. C’est aussi de la gêne, en même temps que de la fascination, que ressent le visiteur devant l’installation de Damien Hirst, Let’s Eat Outdoors Today (1990 -1991). Sous une vitrine se trouvent un barbecue et une table de pique-nique abandonnés par leurs occupants. Les reliefs du repas sont en décomposition. Des milliers de mouches volent autour de la scène. Si le but de la sculpture est de susciter des émotions autour de la vie et de la mort, il faut reconnaître que, sur le versant macabre, l’objectif est atteint.

Illustration : Damien Hirst, Let’s Eat Outdoors Today (1990 -1991), dans www.niuzy.com

Portrait de l’artiste : Vanessa Paradis, actrice et musicienne

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The Guardian a publié le 24 janvier une interview de Vanessa Paradis par Laura Barnett, intitulée «  portrait de l’artiste, Vanessa Paradis, actrice et musicienne ».

Je retiens une question : « quelle œuvre d’art voudriez-vous le plus posséder ? »

Réponse : « la peinture de Gustav Klimt « Amour ». Elle m’émeut beaucoup. Il y a un couple au milieu qui se regarde l’un l’autre dans les yeux, de sorte que l’on peut complètement ressentir leur amour ; et puis deux barres dorées de chaque côté, comme un cadre. C’est réel et magique à la fois. »

Photo The Guardian. Reproduction du tableau de Gustav Klimt, Amour, de 1895.

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La Religieuse Portugaise

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A Londres, la critique accueille avec enthousiasme la sortie du film d’Eugène Green, la Religieuse Portugaise, tourné en 2008.

Nous avons vu « La Religieuse Portugaise » le lendemain du « Cygne Noir ». A la frénésie hallucinatoire de celui-ci répond la longue méditation mystique de celle-là.

Lucie, une jeune comédienne française avec des origines portugaises (Leonor Balque), vient à Lisbonne tourner un film inspiré de la Religieuse Portugaise, un roman qui narre l’amour impossible d’un officier français et d’une nonne au dix-septième siècle. Elle décide de s’imprégner totalement de l’ambiance de cette ville remplie d’histoire, de nostalgie et de sentimentalité qu’elle ne connait pas. Le film épouse le rythme de sa découverte, les yeux grands ouverts, silencieuse, envoûtée : il y a de longs plans sur la ville et sur le Tage, de longs plans sur des visages qui trahissent une émotion ou sur des pieds hésitants, des fados filmés sans coupure dans l’émotion des mots et des guitares.

Lucie est à un tournant de sa vie. Elle vit de passions charnelles et de chagrins. Elle aspire à quelque chose de nouveau. Au détour d’une ruelle, elle rencontre Vasco, un gamin de six ans à l’abandon. Au sortir d’un restaurant, elle se lie avec un aristocrate désespéré, qu’elle sauve du suicide sans presque s’en apercevoir. Elle est fascinée par une jeune religieuse qui, chaque nuit, prie dans une chapelle, le visage radieux. La femme affamée de rencontres physiques et la vierge mystique se parlent d’amour, du Dieu emprisonné au plus profond de leurs corps et dont elles font le siège comme d’une forteresse. On sent, présent dans leur dialogue glacial et brûlant, l’esprit de Thérèse d’Avila.

Les acteurs parlent avec la lenteur, la froideur et la préciosité de personnages de Truffaut. Il y a dans ce film une recherche sur le langage d’autant plus élaborée qu’elle se joue sur deux langues, le portugais et le français, toutes deux parlées de façon soutenue, impeccable jusque dans les liaisons. Eugène Green est un américain qui a fait du français sa langue de travail, au cinéma comme dans la littérature. Il a aussi appris le portugais. De la perfection de la langue de l’autre, les personnages semblent attendre une parfaite altérité, celle de Dieu peut-être.

La Religieuse Portugaise est un film atypique, invraisemblable, lourd de beauté intériorisée. Il nous ajuste à son rythme, celui d’une méditation où Lisbonne n’est pas un décor mais un acteur à part entière. Nous nous sentons peu à peu habités, apaisés, conquis.

Illustration : Leonor Balque dans La Religieuse Portugaise.

Mondrian / De Stijl

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L’exposition Mondrian / De Stijl au Centre Pompidou permet de mieux comprendre un moment clé de l’histoire de l’art : le passage à l’abstraction, dans les premières décennies du vingtième siècle.

L’ascension au sixième étage du Centre Pompidou par les escalators sous un tunnel vitré est en soi une expérience inoubliable. Peu à peu se révèle l’ouest de Paris jusqu’au quartier de La Défense. Arrivés au sommet, le panorama s’élargit vers le sud, avec Notre Dame et le Panthéon tout proches.

Le mouvement De Stijl fut créé en 1917 aux Pays Bas par le peintre, architecte et critique d’art Theo Van Doesburg. Il se fondait sur un courant intellectuel et spirituel, la « théosophie » : l’ordre cosmique est basé sur des principes géométriques qui trouvent leur expression dans toutes les cultures. Die Stijl avait l’ambition de transposer l’expérience spirituelle de l’harmonie avec le cosmos dans le monde industriel. Le mouvement était par essence interdisciplinaire, avec un point d’application privilégié dans l’architecture d’intérieur. Sur le plan esthétique, il s’éloignait du figuratif pour se concentrer sur des lignes horizontales et verticales et les couleurs fondamentales, rouge, bleu et jaune. On comprend que le vitrail ait constitué un moyen d’expression naturel, avec sa surface plane, sa structure et ses couleurs. Les vitraux de Theo Van Doesburg et Vilmos Huszár présentés dans le cadre de l’exposition sont éblouissants.

Piet Mondrian (1872 – 1944) est le représentant le plus illustre de De Stijl. Ses premières toiles représentent des sous-bois et on les devine animés par les sentiments naturalistes des artistes de l’Art Nouveau. Peu à peu, en particulier sous l’influence du cubisme, la forme s’affranchit de la figuration. A partir des années vingt, Mondrian invente son propre style. Comme l’écrit le catalogue de l’exposition, « les compositions sont réduites à un arrangement d’éléments invariants et universels : les couleurs primaires (rouge, bleu et jaune) sont opposées aux « non-couleurs » (noir, gris et blanc), cependant que les lignes horizontales sont opposées aux verticales. L’objet est de pousser chaque tension à son intensité maximale, en défiant les conceptions traditionnelles de l’harmonie et de la symétrie, en exploitant plutôt la dissonance et la spatialité pour transformer le paysage clos et inerte de la peinture en un champ de forces magnétiques. »

Illustration : Piet Mondrian, composition en rouge, bleu et blanc II, 1932