LivresTélévisionThéâtre21 novembre 20210Vous n’aurez pas ma haine

Hélène Muyal-Leiris a perdu la vie lors de l’attentat du Bataclan, le 13 novembre 2015. Dans les jours qui ont suivi, son mari, Antoine Leiris, posta sur Facebook un texte intitulé « vous n’aurez pas ma haine ».

En voici des extraits. « Vendredi soir vous avez volé la vie d’un être d’exception, l’amour de ma vie, la mère de mon fils mais vous n’aurez pas ma haine. Je ne sais pas qui vous êtes et je ne veux pas le savoir, vous êtes des âmes mortes. Si ce Dieu pour lequel vous tuez aveuglément nous a fait à son image, chaque balle dans le corps de ma femme aura été une blessure dans son cœur (…) Nous sommes deux, mon fils et moi, mais nous sommes plus fort que toutes les armées du monde. Je n’ai d’ailleurs pas plus de temps à vous consacrer, je dois rejoindre Melvil qui se réveille de sa sieste. Il a 17 mois à peine, il va manger son goûter comme tous les jours, puis nous allons jouer comme tous les jours et toute sa vie ce petit garçon vous fera l’affront d’être heureux et libre. Car non, vous n’aurez pas sa haine non plus. »

Antoine Leiris publia quelques mois plus tard, sous le même titre, le récit jour par jour de la catastrophe qui saisit son fils et lui, jusqu’à l’enterrement d’Hélène. C’est bouleversant.

Hélène Muyal-Leiris

Comment annoncer à un petit garçon que sa maman a eu un accident et qu’elle ne reviendra plus ? « Je le colle contre mon corps, coincé entre mes jambes, pour qu’il me ressente, me comprenne. Il a passé neuf mois dans le ventre de sa mère à l’écouter vivre, son cœur battait le rythme de ses journées, ses mouvements étaient un voyage, ses paroles la musique de sa vie naissante. Je veux qu’il entende, l’oreille collée à ma poitrine, ma voix lui dire mon chagrin, qu’il sente mes muscles tendus par la gravité de l’instant, que les battements de mon cœur le rassurent, que la vie continuera. »

« On a toujours l’impression, lorsque l’on regarde quelque chose de loin, que celui qui survit au pire est un héros. Je sais que je n’en suis pas un. La fatalité a frappé, c’est tout. Elle ne m’a pas demandé mon avis. Elle n’a pas cherché à savoir si j’étais prêt pour ça. Elle est venue chercher Hélène, et m’a obligé à me réveiller sans elle ».

« Elle est avec nous. Nous sommes trois. Nous serons toujours trois. »

Raphaël Personnaz, seul en scène

France 4 a récemment diffusé la pièce jouée par Raphaël Personnaz à partir du texte d’Antoine Leiris. L’acteur est seul en scène. Les dates d’écriture  et des extraits de sa proclamation « vous n’aurez pas ma haine » sont projetés sur un rideau. Il est accompagné au piano par Lucrèce Sassella qui, dit le metteur en scène Benjamin Guillard, joue une musique originale, apportant des respirations, des ruptures et soutenant les ellipses.

Raphaël Personnaz  a été, pour ce spectacle, lauréat du Molière 2018 dans la catégorie « seul en scène ». Il donne au récit de Leiris une intensité poignante.

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