Les jurés face au doute

France 2 vient de diffuser un reportage intitulé « les jurés face au doute » dans la série des documentaires Infrarouge consacrée aux problèmes de société. Réalisé par Sarah Lebas et Eléonore Manéglier Dessenne, ce film illustre la responsabilité écrasante qui repose sur les épaules de citoyens ordinaires qui doivent décider du sort d’autres citoyens.

 Au Palais de Justice de Troyes, un jour d’été, se déroule le procès d’un homme accusé d’un viol qui aurait été commis cinq ans plus tôt. Il comparait libre. A ses côtés un avocat, convaincu de son innocence. Face à lui, la victime, une jeune femme émotive, épaulée par son avocate et une amie ; le procureur, un homme jeune, déterminé à obtenir la condamnation ; et la Cour, son président, deux assesseurs et huit jurés tirés au sort. Continuer la lecture de « Les jurés face au doute »

Le tour de vis de la politique pénitentiaire Tory

Le ministre britannique des prisons et de la réhabilitation vient d’annoncer un changement d’orientation dans la politique pénitentiaire : certains privilèges seront désormais soumis à la condition que le détenu participe activement à sa réhabilitation.

 Dans le cadre d’un réexamen de la politique pénitentiaire demandée par le ministre britannique de la justice Chris Grayling, le ministre des prisons et de la réhabilitation Jeremy Wright vient d’annoncer un durcissement de la politique pénitentiaire. Continuer la lecture de « Le tour de vis de la politique pénitentiaire Tory »

Les commissions d’apporteur d’affaires du juge Ciavarella

Dans The Guardian du 1er mai, Zoe Williams rappelle une affaire jugée en août 2011 en Pennsylvanie. Le juge Mark Ciavarella Jr fut condamné à 28 ans de prison pour avoir conspiré avec un gestionnaire de prisons privées pour condamner des mineurs à la peine maximum.

 Mark Ciavarella Jr envoyait systématiquement en prison des jeunes qui comparaissaient devant lui en échange de sommes reçues de Robert Mericle, promoteur de centres de détention pour mineurs. Le site Internet allgov.com indique que les commissions perçues par Ciavarella et un autre juge, Michael T. Conahan, se montaient à 2,8 millions de dollars. L’accusation parla d’un schéma « enfants contre argent » (cash for kids scheme). Outre sa peine de prison, le juge fut condamné à rembourser 1,2 millions de dollars. Tous les cas qu’il avait jugés entre 2003 et 2008 furent revus par la Cour Suprême de Pennsylvanie, et 5.000 jeunes hommes et femmes furent  innocentés après qu’il fut constaté que leurs droits constitutionnels n’avaient pas été respectés. Continuer la lecture de « Les commissions d’apporteur d’affaires du juge Ciavarella »

Revenir en prison

France 2 vient de diffuser le troisième volet du documentaire de François Chilowicz intitulé « Hors la Loi », dont « transhumances » a déjà rendu compte. Cet épisode avait pour titre « revenir en prison », après « entrer en prison » et « rester en prison ».

 Le titre de cette troisième partie, « revenir en prison », en indique d’emblée la tonalité. Il met le doigt sur la difficulté du système judiciaire et carcéral à atteindre son principal objectif : aider ses « sujets » à prendre la mesure de leur déviance et leur donner les moyens de reconstruire leur vie.

 Du côté des « sujets » de la justice, il y a la propension au déni. Accusé de cambriolage, multirécidiviste, D se proclame innocent et se pose en victime de l’injustice de la Justice. Il refuse les travaux d’intérêt général, car il estime injuste de travailler sans rémunération. Arrêté pour avoir conduit sans permis, sans assurance et en état d’ivresse, P bénéficie d’une libération conditionnelle sous condition de suivre un traitement pour son addiction. Mais il considère que le traitement ne se justifie pas : il ne boit pas… sauf quand il boit. S, âgé de 45 ans et père de 3 enfants, est accusé d’agression sexuelle contre une personne vulnérable dans le centre où il était éducateur sportif. Il nie en bloc et raconte un scénario invraisemblable de ce qui s’est passé. L’avocate de la partie civile explique à la Cour que cette dénégation elle-même fait courir un risque de récidive à la société et requiert 3 ans de prison ferme. Le tribunal ira au-delà et prononcera une peine de 4 ans, dont S fera appel.

 Du côté de l’administration de la justice, le risque est celui du jargon. Un juge d’application des peines ou un conseiller de probation dira volontiers qu’il faut « mettre en place un projet de réinsertion ». Pour le détenu, cette phrase toute simple peut sonner creux. Qu’est-ce qu’un projet, lorsqu’on vit au jour le jour, parfois sous la dépendance de l’alcool ou d’une drogue ? Quelles réelles opportunités existent-elles d’apprendre un métier, de trouver un logement, de recréer des liens stables et affectueux hors du milieu de la délinquance ? L’expression « mettre en place » elle-même, bien qu’utilisant des mots simples, semble jargonneuse : qui parle comme cela dans la vie, hormis les travailleurs sociaux ?

 Le documentaire de François Chilowicz est solidement construit. Il ne se départ jamais de son parti pris de départ, vivre les événements du point de vue de celui qui est arrêté, gardé à vue, incarcéré et jugé. Le montage est séquentiel, suivant pas à pas le parcours policier et judiciaire de six personnes interpellées pour divers crimes ou délits. Le cadrage est rigoureux, alternant l’impersonnalité des commissariats, de la prison et du palais de justice et les visages des hommes et femmes auxiliaires de la justice. La musique elle-même exprime bien le caractère anxiogène des procédures et l’extension du temps qui n’en finit pas de passer.

 Au fond, « Hors la Loi » est un film profondément humain. Il met en lumière l’intensité des efforts consentis par tous les acteurs du système de la justice pour comprendre les individus et leur donner une chance. Il est aussi humain en ce qu’il montre le profond enracinement du mal dans des personnalités si intimement déformées qu’elles ne peuvent reconnaître la faute ni s’amender.