Silent friend

Dans « Silent friend », la réalisatrice Ildiko Enyedi invite le spectateur à ralentir, à l’écoute des plantes.

On ne peut parler de l’arbre Ginko Biloba comme du personnage principal du film. Mais cet ami silencieux, planté en 1832 dans le jardin botanique de l’université de Marbourg en Allemagne est le témoin muet de trois histoires entrelacées, celles de Tony en 2020, de Hannes et Gundula en 1972 et de Grete en 1908.

Tony Wong (Tony Leung Chiu-Wai) est venu à Marbourg pour présenter aux étudiants ses recherches sur le fonctionnement comparé du cerveau d’un bébé et d’un adulte. En présence d’une expérience nouvelle, l’adulte focalise, neutralise les circuits neuronaux inutiles. Le bébé est tout entier en éveil. Tony se trouve bloqué à Marbourg par le confinement. Il se trouve dans le jardin botanique avec pour seule compagnie le gardien du parc. Comment les plantes réagissent-elles à leur environnement ? Ne fonctionneraient-elles pas comme un bébé humain, tous capteurs ouverts ?

En 1972, l’Allemagne d’après mai 68 est en effervescence. Hannes (Enzo Brumm), jeune étudiant à l’université, est troublé par la belle Gundula (Marlene Burrow) qui lui fait des avances. Il est aussi troublé par l’objet de recherche de Gundula : un géranium branché à une sorte de sismographe chargé d’enregistrer ses émotions.

En 1908, Grete (Luna Wedler) est une fonceuse à qui rien ne résiste. Quand elle se présente au concours d’accès à l’université, les mandarins sont bien décidés à empêcher qu’une femme entre dans leur domaine réservé. Elle est admise malgré leurs machinations. Pour gagner sa vie, elle s’engage comme assistante chez un vieux photographe et satisfait sa passion pour les plantes en les fixant en images.

Tony, Hannes et Grete ont en commun d’être pris dans un tourbillon : celui de la gloire universitaire, celui des émois adolescents et celui de l’ambition. Tous trois ralentissent, font une pause, à cause du Covid pour Tony, autour du géranium de Gundula pour Hannes et afin de préparer ses clichés de plantes pour Grete. Le Ginko est témoin silencieux de cette mise en pause.

Saurons-nous comprendre le langage des plantes ? Le chercheur chinois et le gardien de parc sont assis sur un banc. Grâce au traducteur du smartphone du premier, ils échangent quelques mots, rares mais essentiels.

« Silent friend » est un film magnifique, pour son ambition philosophique (ralentir pour écouter ce qu’a à nous dire la nature), par la photographie de Gegerly Pàlos, par la bande son de Gábor Keresztes. Les critiques parlent de sensualité, de beauté, de poésie. Le film frappe aussi par son internationalité (Léa Seydoux joue le rôle d’une chercheuse française confinée chez elle et communiquant en visioconférence avec Tony), caractéristique bienvenue à l’heure des replis nationalistes.

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