45% des Britanniques veulent sortir de l’Union Européenne

Le Premier Ministre Britannique David Cameron a vu son autorité contestée le 24 octobre quand 80 députés du Parti Conservateur ont voté une motion réclamant un référendum sur la participation de la Grande Bretagne à l’Union Européenne. La décision du premier ministre grec de soumettre à référendum les accords récemment trouvés à Bruxelles donne à ce débat britannique une actualité nouvelle.

 Le référendum aurait demandé aux citoyens s’ils souhaitaient que la Grande Bretagne sorte de l’Union Européenne, y reste en renégociant les termes de son adhésion ou y reste dans les conditions actuelles. Un tel référendum aurait toutes chances d’entraîner la sortie de la Grande Bretagne de l’Union Européenne, non seulement parce que les partisans de l’Europe se diviseraient entre la seconde et la troisième position, mais tout simplement parce que l’opinion bascule vers une franche opposition à l’Union Européenne.

 Selon un sondage ICM publié par The Guardian le 25 octobre, 70% des Britanniques souhaitent un référendum. S’il était organisé, 49% demanderaient la sortie de leur pays de l’Union, contre 41 % qui souhaiteraient y rester. Les anti-européens sont plus certains de leur choix que les pro-européens : ils sont 34% à être sûrs de voter contre l’Europe si le référendum était organisé ; les pro-européens ne sont sûrs de leur vote qu’à 23%. Un point positif toutefois, d’un point de vue pro-européen : les jeunes de 18 à 24 ans ne sont que 28% à vouloir quitter l’Union, alors que les 65 ans et plus sont 63%.

 La défiance des Britanniques est évidemment alimentée par la crise de l’Euro et la difficile gouvernance de l’Union. Mais ce qui s’est passé au Parlement britannique illustre le problème majeur du projet européen : son déficit démocratique. Le Premier Ministre Cameron a du agir de la carotte et du bâton pour juguler les ardeurs des députés rebelles et empêcher, provisoirement, la propagation de l’incendie.

 En France, la sortie de l’Union Européenne est un thème d’extrême droite et d’extrême gauche et n’est pas sur l’agenda des partis représentés au Parlement. Mais les 54% de non au référendum de 2005 sur la Constitution Européenne dénotent aussi un divorce entre les élites et les citoyens ordinaires, alors même que la Constitution s’attaquait au problème de la légitimité démocratique de l’Union.

 La crise favorise la fuite en avant vers plus d’intégration économique, budgétaire et fiscale en l’absence d’un mécanisme transnational de contrôle démocratique. Le « couple franco-allemand », « Merkozy » comme on l’appelle, joue comme un rouleau compresseur qui ne s’embarrasse guère de considération pour les leaders des autres pays, pour ne pas parler de leurs opinions publiques.

 Jürgen Habermas, dans une tribune publiée par Le Monde le 25 octobre, « rendons l’Europe plus démocratique », appelle à la remise en chantier de la « légalisation démocratique » de l’Union Européenne. Il n’en donne pas la recette, ajoutant seulement que ce chantier passe par la réduction des inégalités entre les Etats membres.

La question soulevée par Habermas, celle de la démocratisation du projet européen, vient d’être spectaculairement mise à la une de l’actualité par la décision du premier ministre grec de soumettre au référendum l’accord trouvé à Bruxelles sur l’annulation de la moitié de la dette du pays en contrepartie d’une nouvelle dose d’austérité. A court terme, sa volte-face ouvre une période de danger et d’instabilité. Mais il faut probablement en passer là pour que l’Europe redevienne un projet porté par les citoyens européens, dans les bons comme dans les mauvais jours. 

 Photo « The Guardian », Nick Clegg, David Cameron et William Hague aux Communes le 24 octobre pour s’opposer à une motion demandant un référendum sur l’Union Européenne.

Jésus aurait pu naître dans le campement des « indignés » londoniens

Le Chanoine Chancelier de la Cathédrale Saint Paul à Londres, Giles Fraser, vient de démissionner de ses fonctions alors que les autorités ecclésiastiques songent de plus en plus à faire décamper par la force les protestataires du parvis où ils ont installé leurs tentes il y a deux semaines.

 Giles Fraser a accordé une interview au journaliste du Guardian Alan Rusbridger. Il oppose la Cathédrale Saint Paul au personnage de Saint Paul. « La cathédrale Saint Paul est excellente pour magnifier la grandeur et l’altérité de Dieu. Vous pouvez y faire des sermons fantastiques sur la création, le mystère, l’altérité, la grandeur. Mais le point fort de Christopher Wren (l’architecte de la cathédrale, seconde moitié du dix-septième siècle) n’était pas Jésus né dans une étable, cette sorte d’église qui existe pour les pauvres et les marginalisés.

 (…) Dans un sens, le campement (des indignés) met en question l’église sur le problème de l’Incarnation : Dieu, qui est grand et tout puissant, nait dans une étable, sous une tente. Vous savez, Saint Paul était un faiseur de tentes. Si vous regardez autour de vous et vous essayez de recréer où Jésus serait né, moi je peux m’imaginer Jésus né dans le campement. »

 (…) « L’argent, c’est le problème moral numéro un de la Bible, et telle que va l’église d’Angleterre, on pourrait croire que c’est le sexe. Combien de sermons entend-on au sujet de l’argent ? Très peu. »

 Autrefois socialiste, Fraser ne croit plus que le capitalisme soit intrinsèquement immoral. Mais il croit que « Jésus est très clair sur le fait que l’amour de l’argent est la source de tout mal… Jésus veut élargir notre vision du monde au-delà du simple shopping. »

 Les derniers jours ont été éprouvants pour Giles Fraser. « C’est dans ces périodes de stress que vous ne lisez pas la Bible, c’est la Bible qui vous lit ; et quelque fois elle n’a pas besoin de trop de sauce interprétative ».

 Photo The Guardian : Giles Fraser sur le parvis de Saint Paul.

Quatre bonnes nouvelles à savourer !

L’actualité nous offre généralement une profusion de drames individuels et collectifs. La semaine écoulée a pourtant été exceptionnellement clémente, avec au moins quatre bonnes nouvelles à savourer !

 1- Le vaccin contre la malaria

 Un forum contre la malaria à Seattle a confirmé qu’un vaccin contre la malaria est efficace dans environ la moitié des cas. Une étude a été menée sur 15.460 bébés et petits enfants au Burkina Faso, au Gabon, au Ghana, au Kenya, au Malawi, au Mozambique et en Tanzanie. Associé à des mesures prophylactiques, le vaccin pourrait réduire de manière considérable un fléau qui prend 800.000 vies par ans, surtout des tout petits. Andrew Witty, le patron du groupe pharmaceutique britannique GlaxoSmithKline, qui produira le vaccin à bas coût dans des pays émergents, a déclaré : « la première fois qu’on a montré les résultats à l’équipe, un bon nombre de ses membres ont fondu en larmes. » Peter Hotez, président de l’American Society for Tropical Medicine and Hygiene a de son côté affirmé : « Cette nouvelle sur le vaccin contre la malaria est l’équivalent de ce que la marche sur la lune représentait pour le futur de l’exploration spatiale ».

 2- La fin de l’ETA

La déclaration par l’organisation séparatiste basque ETA de ce qu’elle abandonne définitivement la lutte armée est une autre excellente nouvelle. Curieusement, la décrispation de la vie politique espagnole peut faciliter un recentrage du Parti Populaire espagnol, jusqu’à présent sur des positions de droite dure, et faciliter son accession au pouvoir le mois prochain. Mais ne boudons pas notre plaisir !

 3- La fin de l’ère Kadhafi

 On peut regretter que Kadhafi ait fini lynché comme l’avait été Mussolini. Il reste que son éviction du pouvoir est une bonne nouvelle pour le peuple libyen et en général pour les peuples opprimés par les dictatures. Les Syriens ne peuvent qu’y voir un présage de bon augure.

 4- Le retour aux foyers du soldat israélien Shalit et 1.027 Palestiniens

 L’échange de prisonniers entre Israël et Hamas est le fruit de sordides négociations et s’est fait trop longuement attendre. Il reste 4.000 prisonniers Palestiniens dans les geôles israéliennes. Mais un brin de relâchement de la tension au Proche Orient est toujours bon à prendre, sans oublier la joie de ceux qui retrouvent leurs proches.

 Photo The Guardian

Du Contestataire à l’Indigné

La photo publiée récemment par The Guardian du campement des Indignés sur le parvis de la Cathédrale St Paul à Londres rappelle à bien des égards la contestation des années soixante-dix. Mais entre le contestataire d’hier et l’indigné d’aujourd’hui, il y a des différences.

 Une table, des tableaux noirs écrits à la craie, des feuilles de papier ou de carton hâtivement remplies d’informations au feutre et collées à un mur : la photo n’aurait guère été différente il y a quarante ans – quelques années après 1968 – si ce n’était le téléphone portable de la jeune militante. La contestation d’alors était largement improvisée, comme l’indignation d’aujourd’hui. Elle était internationale, nourrie du Vietnam, du Chili et de l’Espagne franquiste. Elle était déjà écologiste et pacifiste, influencée par le mouvement hippie et le rejet du nucléaire. Si le mouvement des indignés nous est sympathique, c’est aussi parce qu’il semble répliquer l’ingénuité et l’enthousiasme de la génération précédente.

 Il y a pourtant des différences. Au militant a succédé l’activiste. Ce n’est pas seulement une victoire de la terminologie anglaise sur le mot français. Dans les années soixante dix, le chaos de la contestation permettait à des groupes d’idéologie extrême de se faire entendre de manière stridente : trotskystes et maoïstes promettaient le grand soir. Leur fanatisme allait produire la Bande à Baader et les Brigades Rouges. Au contraire, les indignés du parvis de St Paul  ne sont pas habités par une idéologie.  

 Ils ne croient pas que la politique puisse changer radicalement les choses. La protestation s’est déplacée au terrain éthique. On exige de la société qu’elle bannisse les comportements prédateurs, le lucre et la corruption. On veut une démocratie véritable et transparente.  Le mouvement des Indignés est inclusif : les embrassades gratuites (free hugs) offertes aux passants sur le parvis de Saint Paul s’inspirent du mouvement « action pour le bonheur » ; elles symbolisent aussi un mouvement qui « embrasse » plus qu’il ne rejette et qui s’adresse aux « 99% » de citoyens qui subissent un système économique injuste.

 Le mouvement est international d’une autre manière qu’il y a 40 ans. Ce n’est pas principalement l’usage d’Internet et des réseaux sociaux qui fait la différence. La quantité de pays impliqués implique par soi-même un changement qualitatif. Dans les années 1970, la contestation touchait quelques pays développés. L’indignation touche maintenant 70 pays, et le Chili n’est plus le pauvre dont on s’apitoie, mais un participant à part entière.

 Photo « The Guardian »