Arte TV a récemment diffusé « les 2 Alfred », film de Bruno Podalydès (2020) dans lequel un quinquagénaire chargé de deux enfants en bas âge est confronté à l’univers impitoyable d’une start-up branchée.
Alexandre Duveteux (Denis Podalydès) est englué dans des problèmes : sa femme, officier sous-marinier partie en mission, menace de le quitter. Elle le somme de prouver, en deux mois, qu’il est capable de sortir du chômage de longue durée, de résorber le déficit de son compte bancaire et de s’occuper de leur petit garçon scolarisé en maternelle et de leur petite fille à la crèche.
Par chance, il se voit proposer un improbable poste en consulting process dans « The Box », une start-up créée et dirigée par Aymeric (Yann Frisch), un trentenaire aux dents longues qui ne met qu’une condition au recrutement : « no kids », pas d’enfants. Il va donc falloir mener une double vie, père de famille à la maison et célibataire au bureau.
Par chance aussi, Alexandre fait la connaissance d’Arcimboldo (Bruno Podalydès), un personnage aux mille métiers, dont celui de ramasseur de drones qui tombent sur les trottoirs de la ville, et aussi un grand enfant avide d’un nid familial. C’est Arcimboldo qui s’occupera des enfants d’Alexandre.
Le binôme d’Alexandre, la manageuse chargée aussi de le superviser, est Séverine Cupelet (Sandrine Kiberlain), une femme qui possède parfaitement les codes : usage virtuose du franglais, utilisation d’une voiture autonome, mépris pour les édiles d’une banlieue populaire à qui on veut vendre un salon des drones. Pour Alexandre, l’omniprésence de Séverine représente une menace redoutable : sa titularisation dans The Box repose sur l’étanchéité de sa vie privée, en particulier de sa paternité.
Peu à peu, Alexandre découvre que tous les employés de la boîte mènent comme lui une double vie, y compris Séverine. La révolte des doudous et des couches-culottes gronde !
« Les 2 Alfred » est un film drôle et acide, dans la veine du Playtime de Jacques Tati. Les locaux de The Box semblent faits pour l’épanouissement des employés et de leur créativité : table de ping-pong, transats, trampoline, distributeur de bonbons. Mais comme le dit Bruno Podalydès, « Ce sont des espaces régressifs, très infantilisants qui correspondent, me semble-t-il, à des buts de management très pensés qui peuvent remplacer le paternalisme d’autrefois. » Un weeboot, écran monté sur roulettes, se promène dans le local lors des événements tels que la traditionnelle Kings Galette, permettant ainsi la présence virtuelle du patron. L’excès de technologie touche au ridicule. Le spectateur est touché.


