Les mémoires de Tony Blair au rayon Crime

   

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Dans The Guardian du 6 septembre, la journaliste Alexandra Topping écrit un article intitulé : « vous cherchez le livre de Tony Blair ? Essayez au rayon crime ».

« Lorsque Tony Blair a appelé ses mémoires très attendues « Un Voyage » (A Journey), il s’attendait probablement à ce que son voyage dans les librairies soit relativement sans encombre.

Mais hier une page dans Facebook a été inondée de photos du livre de l’ancien premier ministre dans des endroits insolites après que des milliers de personnes eurent rejoint un groupe intitulé « Déplacez subversivement les mémoires de Tony Blair dans la section crime des librairies ». La page de Facebook – à laquelle plus de 5.000 membres avaient adhéré au milieu de l’après-midi, les incitait à « faire en sorte que les libraires regardent à deux fois la catégorie où ils rangent le plus grand criminel de guerre de nos générations (sic) ».

Parmi les réactions, on lit « c’est une façon très anglaise de faire connaître ses opinions », ou « c’est un acte merveilleusement simple, mais il en dit en dit des tonnes sur le personnage ».

Jill Elisabeth Daines a écrit qu’elle avait déplacé trois exemplaires du livre dans la boutique WH Smith du Centre Arndale à Manchester : l’un est allé dans le rayon science fiction, l’autre dans les biographies tragiques et le troisième dans science fiction, fantasme et horreur. « Je pense que toutes ces catégories sont pertinentes », a-t-elle commenté.

Illustration : Sommet des Açores entre George Bush, Tony Blair, José Maria Aznar et José Manuel Barroso annonçant l’entrée en guerre contre l’Irak le 16 mars 2003.

Virage sécuritaire

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L’été 2010 a été marqué le discours de Grenoble du Président de la République associant l’insécurité à l’immigration.

Le ministre de l’immigration Eric Besson vient d’annoncer de nouvelles dispositions législatives pour faciliter les expulsions et les déchéances de la nationalité française.

Invité comme expert à l’Université d’été de l’UMP, le politologue Pascal Perrineau estime dans Le Monde du 31 août que « dans toutes les forces politiques qui ont vocation à gouverner, il faut une division du travail idéologique (…) et c’est finalement assez sain que chacun parle à son électorat de référence. » Il souligne toutefois la nécessité de « ne pas dépasser une ligne rouge où (des positions sur la sécurité) aboutissent à l’intolérance, ou à une démarche qui favorise l’exclusion, la xénophobie.»

La stigmatisation d’une partie de la population a été fortement dénoncée par les Eglises. On peut aussi se demander si le virage sécuritaire est un bon calcul politique. La présidence de Valéry Giscard d’Estaing avait commencé en 1974 sous le signe de l’ouverture et des libertés. Le 18 février 1976, le journaliste Roger Gicquel ouvrait le journal télévisé par son fameux « la France a peur ». Le 28 juillet de la même année, Christian Ranucci était guillotiné après que le Président de la République lui eut refusé sa grâce. Ce dernier perdit la présidentielle en mai 1981. Le nouvel élu, François Mitterrand, fit abolir la peine de mort, bien qu’elle fût alors soutenue par plus de la moitié des français

Illustration : camp de Roms à Lyon, photo de Le Monde.

Shirley Williams juge la Coalition

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« Transhumances » a publié le 28 février la recension de l’autobiographie de Shirley Williams, qui après une carrière dans le Parti Travailliste participa à la création du Parti Social Démocrate, devenu Libéral Démocrate après la fusion avec les Libéraux. Que pense-t-elle de la Coalition des Libéraux Démocrates avec les Conservateurs ?

Le quotidien The Guardian propose une interview de Shirley Williams dans son numéro du 14 août. Agée de 80 ans maintenant, celle-ci est membre à vie de la Chambre des Lords et ne semble pas près de se retirer. Elle n’avait jamais imaginé le scénario d’une alliance avec l’ennemi Conservateur. Après les élections législatives qui n’avaient pas donné de majorité absolue à David Cameron, elle aurait préféré une alliance avec les Travaillistes, ou du moins un soutien aux Conservateurs sans participation au Gouvernement.

Elle pense que la Coalition a une action positive dans le domaine des libertés civiles, notamment en ouvrant une enquête sur les tortures dont l’armée britannique s’est rendue coupable dans sa « lutte contre le terrorisme » ou en renonçant au projet d’une carte d’identité. Elle relève avec humour qu’il y a une forte convergence aussi dans le domaine des prisons : Conservateurs et Libéraux Démocrates veulent développer les peines de substitution et réduire le nombre de détenus. La motivation des derniers est idéologique. Celle des premiers est pragmatique : un prisonnier coûte 35.000 livres sterlings par an à l’Etat et au contribuable !

Elle a trois points majeurs de désaccord avec la Coalition et mettra tout son poids dans la balance à la Chambre des Lords pour infléchir les textes de loi. Il s’agit du projet d’autoriser les parents à créer des « académies », écoles non soumises au contrôle de l’Etat ; la redéfinition du NHS, le Service National de Santé ; et la construction pour 20 milliards de livres du remplacement des sous-marins nucléaires Trident.

Elle conseille au leader Libéral Démocrate Nick Clegg d’écouter attentivement ce que le Parti a à lui dire. Elle prédit que la prochaine conférence Lib Dem sera assez animée !

Photo « The Guardian » : Shirley Williams.

Tony Judt

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« Transhumances » a publié le 12 janvier 2010 le témoignage de l’historien Tony Judt sur la maladie dégénérative dont il souffrait. Elle vient de l’emporter, le 6 août. Il avait 62 ans.

Geoffrey Weatcroft a rédigé dans le numéro du 9 août du Guardian la nécrologie de cet homme qui cita Camus comme épigraphe de deux de ses livres : « s’il y avait un parti de ceux qui ne sont pas sûrs d’avoir raison, j’en ferais partie », et encore « toutes les idées fausses se terminent en bain de sang, mais c’est toujours le sang des autres ».

Né d’une famille juive à Londres, Tony Judt était un spécialiste de l’histoire de la gauche française. Profondément social démocrate, il considéra Louis Althusser, coqueluche des milieux parisiens progressistes dans l’après soixante-huit comme un charlatan. Il consacra en 1999 un livre à ses trois héros français, Raymond Aron, Léon Blum et Albert Camus.

Adolescent, il s’engagea dans un petit parti sioniste et travailla pendant les vacances d’été dans des kibboutz. Après la guerre des 6 jours (1967), « il s’engagea comme interprète pour des volontaires sur les hauteurs du Golan, bien qu’il commençât à perdre sa foi. « J’étais venu avec l’illusion idéaliste de créer un pays socialiste communautaire », dit-il plus tard, mais il vit peu à peu que les sionistes de gauche, au moins autant que ceux de droite, étaient « remarquablement inconscients des gens qui avaient été éjectés du pays et qui avaient depuis lors souffert pour rendre possible cette illusion ». Son expérience du travaillisme sioniste eut pour effet de lui inoculer une suspicion pour toute forme de politique fondée sur l’idéologie ou l’identité. Il méprisait l’opportunisme politique, mais abhorrait l’idéalisme et le fanatisme. »

En 2003, dans un essai intitulé « Israël, l’alternative », il prononça la fin du processus de paix au Proche Orient et il affirma que l’idée même d’un état juif ethnique était devenue un anachronisme et qu’il serait remplacé par un état binational. Quelques années plus tard, il souhaita que s’établisse un jour « une distinction naturelle entre les gens qui se trouvent être juifs mais sont citoyens d’autres pays, et des gens qui sont Israéliens et se trouvent être juifs. »

Dans le même numéro du Guardian, Peter Kellner écrit : « pour ceux qui ne le connaissaient pas bien, Tony Judt était un paquet de contradictions : un idéaliste qui pouvait critiquer de manière cinglante ceux qui partageaient ses idéaux ; un Juif, immensément riche de son héritage, qui en vint à être haï par beaucoup de Sionistes ; un véritable social-démocrate européen qui préférait vivre en Amérique. »

Photo The Guardian : Tony Judt à Manhattan en 2008