The Full Monty

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« The Full Monty », l’un des plus grands succès du cinéma britannique (1997) a été mis en scène comme comédie musicale à Broadway en 2000. La Watford Operatic Society vient de le produire au Palace Theatre de Watford.

Le Palace Theatre de Watford, dont certains spectacles attirent un public clairsemé, accueille aujourd’hui la foule des grands jours. Les premiers rangs ont été retirés pour laisser place à une fosse d’orchestre. Les femmes, certaines venues avec un groupe de copines, sont en écrasante majorité. Certaines semblent bien décidées à se rincer l’œil, et l’ambiance est particulière : le public s’identifie aux épouses de ces ouvriers métallurgistes disqualifiés par le chômage et la frontière entre acteurs et spectateurs s’estompe dans l’enthousiasme général.

La comédie musicale transporte l’action de Sheffield (Royaume-Uni) à Buffalo (Etats-Unis) et invente quelques personnages. Le désespoir d’ouvriers devenus « losers » par l’effet d’une oisiveté forcée qui ronge jusqu’à leur dignité, la découverte par des cadres déqualifiés qu’ils sont désormais solidaires de leurs anciens subordonnés, la souffrance des épouses témoin de la déchéance de leur mari, la peur que les travailleurs sociaux retirent la garde des enfants, tout cela est présent dans la comédie musicale comme dans le film, mais celle-ci minimise les sentiments tristes et joue la carte de l’humour et de l’érotisme.

La Watford Operatic Society est une troupe amateur fondée en 1923. Elle produit une comédie musicale chaque année, avec un excellent niveau de qualité. Elle illustre la vitalité de la vie associative musicale en Angleterre.

Illustration : affiche de « The Full Monty » au Watford Palace Theatre.

Tiny Volcanoes

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La pièce de Laurence Wilson, Tiny Volcanoes (minuscules volcans) met en scène les contradictions de la société britannique de l’ère Cameron.

Tiny Volcanoes est produit par la troupe de théâtre itinérante Paines Plough (www.plainesplough.com). Nous avions aimé « Love love love », l’une de leurs productions récemment présentée, comme celle-ci, par le Palace Theatre de Watford.

Tiny Volcanoes, jouée par Michael Ryan et Kevin Harvey, met en scène deux jeunes Britanniques, l’un blanc avec un fort accent populaire du nord, l’autre métis parlant une langue plus soutenue. Le premier est convaincu de la grandeur de l’identité britannique. Le second lui ouvre les yeux sur les minuscules volcans qui, sous la surface, font du pays une potentielle pétaudière : le racisme, le chômage, la déconnexion des élites.

La pièce est difficile à suivre pour un non anglophone : lorsque l’humour et le parler populaire s’en mêlent, les jeux de mots et les références implicites transforment le texte en un sabir indéchiffrable.

Parmi les meilleures scènes, on notera un jeu télévisé dont les participants, représentés par leur effigie, sont des hommes politiques, de Cameron et Clegg à Kadhafi ; le discours d’un homme politique, prononcé sur un ton amène et modéré, mais qui révèle peu à peu une vision raciste qui glace le dos ; le « come out » d’un jeune homme révélant à son père non son homosexualité, ce que celui-ci aurait accueilli à bras ouvert, mais sa conversion à l’Islam, qui déclenche chez lui une réaction délirante.

Photo « Paines Plough » : Michael Ryan et Kevin Harvey dans « Tiny Volcanoes ».

Ballet Black

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Le Place Theatre de Watford a programmé le 4 mai un magnifique spectacle de danse par la troupe Ballet Black.

Ballet Black (http://www.balletblack.com/) a été créé il y  a une dizaine d’années pour donner leur chance à des danseurs d’origine noire ou asiatique.

Pendulum, une chorégraphie réalisée en 2009 par Martin Lawrance sur une musique de Steve Reich écrite en 1968, est une œuvre impressionnante. Elle met en scène un couple de danseurs, Cira Robinson et Jazmon Voss. « Pendulum est un duo qui balance entre des images de combat et des moments de proche partenariat entre ses deux danseurs », dit Martin Lawrence. Le chorégraphe « utilise les rythmes de battement de cœur des Mouvements du Pendule de Steve Reich pour élever les pulsions de son travail jusqu’à une compétition, un menace ou une poursuite. Tandis que les danseurs se confrontent l’un à l’autre dans des tourbillons, la tension qui s’accumule leur donne une aura de danger et de séduction », écrivait The Guardian en 2009.

La musique joue un rôle fondamental dans Pendulum. Au début de la chorégraphie, tout est silence : on n’entend que le frôlement et le heurtement des corps. Puis se mettent en place des graves qui font vibrer les spectateurs, avec un rythme de plus en plus implacable. C’est magnifique.

Illustration : photo de Ballet Black.

Le moment de ma vie

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Le Watford Palace Theatre de Watford présente actuellement une pièce de Alan Ayckbourne intitulée « Time of my life ». Ce « moment de la vie » est celui où l’on a été vraiment heureux sans m’en apercevoir tout de suite, seulement après que le temps a passé, lorsqu’il trop tard pour le savourer.

Le 18 janvier 1992 (année de la création de la pièce), Laura célèbre son cinquante quatrième anniversaire dans un restaurant oriental en compagnie de son mari, Gerry, de leur fils aîné Glyn accompagné de son épouse Stéphanie et de leur fils cadet Adam qui profite de l’occasion pour présenter sa fiancée Maureen. Glyn parlera quelques semaines plus tard d’un moment de bonheur : il vient de se réconcilier avec Stéphanie, Adam a enfin une fiancée et il est bon de se retrouver en famille pour célébrer l’anniversaire de sa maman.

En réalité, les flûtes à champagne sont fêlées, ainsi que le représente joliment l’affiche de la pièce. Laura n’aime pas son fils Glyn et son épouse, qu’elle juge trop conventionnels. Elle ne supporte pas que Maureen lui prenne son Adam chéri, et son aversion est exaspérée par le fait que celle-ci vient d’un milieu social inférieur qu’elle méprise. Le moment de bonheur tourne au désastre. Maureen vomit, au sens physique du terme, cette famille qui la rejette. Restés seuls, Gerry et Laura règlent des comptes  sur des infidélités vieilles de vingt ans. Gerry avoue que son affaire bat de l’aile. Ils boivent plus que de raison. Sur la route du retour, ils auront un accident dont Gerry mourra.

Le cadeau d’anniversaire de Glyn à Laura est une horloge. Le symbole est bien trouvé, car la pièce d’Ayckbourne est un mécanisme d’horlogerie.  Elle se déroule en deux actes et vingt scènes. Dix scènes sont consacrées au dîner d’anniversaire, d’abord avec toute la famille, puis uniquement en tête à tête entre Laura et Gerry, parfois troublé par l’intervention exotique et hilarante du patron ou des serveurs du restaurant. Cinq scènes remontent le temps. On y voit, à rebours, la relation d’Adam et Maureen se construire, de la bague de fiançailles à la première rencontre, par hasard et par erreur. Cinq scènes descendent le cours du temps.  Malgré ses promesses, Glyn trompe de nouveau Stéphanie, qui est enceinte de leur deuxième enfant. Il joue les forts à bras et les magnanimes : il redressera les affaires de son père, il sera toujours là si Stéphanie a besoin de lui. Lorsqu’il annonce à Stéphanie qu’il la quitte, celle-ci est effondrée et une montagne de pâtisseries orientales ne parvient pas à la consoler. Mais lorsqu’ils se revoient plusieurs mois plus tard, c’est une femme reconstruite qui lui demande le divorce, alors que Glyn est allé d’échec professionnel en fiasco sentimental.

On prend beaucoup de plaisir à cette pièce sur le temps qui s’enfuit et, semble-t-il, sur l’impossibilité du couple. On passe sans cesse du rire aux larmes. Les comédiens sont formidables, avec une mention spéciale pour le couple Glyn / Stéphanie (Chris Kelham / Anna O’Grady) et pour le propriétaire de l’improbable restaurant Calvinu (Gregory Gudgeon).

Illustration : affiche de « Time of my life ».