Terre Somnambule

L’écrivain mozambicain Mia Couto a reçu l’an dernier le prix Camões, la plus prestigieuse distinction attribuée à des écrivains lusophones. Son premier roman, Terra Sonâmbula (Terre Somnambule, 1992) nous plonge dans un Mozambique livré aux affres de la guerre civile.

 Fuyant un camp de réfugiés, un vieil homme et un jeune garçon trouvent refuge dans un autocar calciné au bord d’une route désertée. Le vieil homme s’appelle Tuahir. Il a baptisé le jeune garçon Muidinga, mais ce n’est pas le nom que lui avaient donné ses parents. Laissé pour mort, presque enseveli dans une fosse commune, il a été sauvé par le vieux, mais ne se souvient de rien de son passé. Il vaut mieux l’avoir oublié, dit le vieux. Continuer la lecture de « Terre Somnambule »

L’élégance du hérisson

France 2 a diffusé au début janvier le beau film de Mona Anache, « le Hérisson » (2009) qui mettait à l’écran « l’élégance du hérisson », roman publié trois ans plus tôt par Muriel Barbery dont voici une notre de lecture.

 Paloma Josse est une gamine parisienne surdouée qui vit sa vie de famille comme un enfer. Son père, député de gauche caviar, lui apparait comme un être insignifiant et lâche. Sa mère arbore comme un triomphe ses dix ans de psychanalyse. Et surtout, sa grande sœur Colombe, par sa superficialité et sa conformité aux préjugés de son monde, représente tout ce qu’elle abhorre : « chaque jour je me dis que ma sœur ne peut pas s’enfoncer plus profondément dans la mare de l’ignominie et, chaque jour, je suis surprise de voir qu’elle le fait. » Paloma a planifié son suicide, le jour de son prochain anniversaire, seul moyen selon elle d’échapper au « bocal à poissons » qu’est le destin où elle est enfermée. En attendant, elle écrit ses pensées profondes qu’elle introduit par des poèmes à la japonaise et un insolite « journal du mouvement du monde » consacré au « mouvement des gens, des corps, voire, s’il n’y a vraiment rien à dire, des choses, et à y trouver quelque chose qui soit suffisamment esthétique pour donner un prix à la vie. De la grâce, de la beauté, de l’harmonie, de l’intensité. » Continuer la lecture de « L’élégance du hérisson »

Le colonel Chabert

Le roman de Javier Marías, Los Enamoramientos, m’a donné envie de lire « le colonel Chabert », écrit par Balzac en 1832 et publié sous sa forme définitive en 1844.

 Un thème récurrent de l’œuvre de Javier Marías est l’attitude des vivants à l’égard des morts, entre deuil, remords et oubli. Il est fasciné par le personnage du colonel Chabert, donné pour mort après une charge héroïque à la bataille d’Eylau en 1807, miraculeusement rescapé et revenu à Paris dix ans plus tard pour récupérer sa femme et sa fortune. Chabert interroge Rosine, sa femme, remariée en son absence, devenue Comtesse Ferraud et mère de deux enfants : « Les morts ont donc bien tort de revenir ? » Continuer la lecture de « Le colonel Chabert »

Histoire des miens

Dans « l’histoire des miens » (Storia della mia gente, Bompiani 2010), Edoardo Nesi dit la colère et l’amour de sa vie d’industriel de province.

 Edoardo Nesi est l’héritier d’une entreprise textile de Prato fondée par son grand-père dans les années 1920. Le livre s’ouvre sur la vente de l’entreprise familiale, le 7 septembre 2004. Il s’achève par une manifestation de masse, le 28 février 2009, pendant laquelle on porta dans les rues de la ville un drapeau italien de plusieurs centaines de mètres de long sur lequel était inscrit : « Prato ne doit pas fermer ». Continuer la lecture de « Histoire des miens »