Verulanium

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La ville de St Albans, à une quarantaine de kilomètres au nord de Londres, fut la troisième ville romaine de Grande Bretagne. Son musée de la vie quotidienne dans la Grande Bretagne romaine vaut une visite.

Le musée est situé à l’extrémité d’un parc d’où l’on voit, imposante sur la colline, la Cathédrale de St Albans. Ce parc est à l’emplacement de la ville romaine. Des fouilles effectuées ici et sur le site d’anciennes villas romaines alimentent les collections. A proximité, on visite les ruines de l’amphithéâtre, très mal conservées car les ruines de la ville romaine furent utilisées au Moyen Age pour construire l’Abbaye.

Le musée abrite d’intéressantes mosaïques. J’ai été ému par les ossements d’un jeune garçon retrouvés dans un cercueil en cuir. Ses dents sont bleues, à la suite de l’oxydation pendant des siècles de la pièce de monnaie que l’on avait mis dans sa bouche pour payer le passeur au royaume des morts.

Illustration : mosaïque du musée, http://www.stalbansmuseums.org.uk/

Cartes magnifiques

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 La bibliothèque Nationale (British Library) de Londres présente jusqu’au 19 septembre une exposition intitulée « magnificent maps ».

« Les cartes traitent rarement seulement de géographie. De belles cartes de valeur ont ornée les murs depuis l’époque romaine et même plus tôt, manifestant ainsi le pouvoir, le goût et l’influence de leurs propriétaires », dit le catalogue de l’exposition.

L’exposition n’est pas organisée chronologiquement, mais regroupe des cartes d’époques différentes selon le lieu où elles étaient affichées : la galerie d’un château, la salle d’audience, la chambre à coucher royale, le cabinet des curiosités, la rue, la maison du marchand, le bureau du Secrétaire d’Etat, la salle de classe.

Illustration : carte de Londres vue par l’artiste Stephen Walter, www.stephenwalter.co.uk.

Mémorial du Couvent

 

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Je rends compte ici du livre probablement le plus connu de José Saramago, l’écrivain portugais mort la semaine dernière : Memorial do Covento, écrit en 1982.

Ce livre est l’histoire d’un couvent – palais construit à Mafra, à 40 km de Lisbonne par le Roi Jean V pour rivaliser avec l’Escorial et pour honorer le vœu qu’il avait fait de le bâtir s’il obtenait une descendance. Le Couvent, inachevé, est inauguré en grande pompe le dimanche 22 octobre 1730, jour anniversaire de Sa Majesté.

C’est l’histoire de dizaines de milliers d’hommes d’abord attirés par un emploi stable sur le chantier et ensuite recrutés de force et enchaînés lorsque le travail volontaire ne satisfit plus aux nécessités d’un projet devenu pharaonique (300 moines !). Ils vivent parqués dans des baraquements en bois désignés d’un joli nom : l’Ile de Madère. Certains paient de leur vie la folie qui consiste à déplacer sur plusieurs dizaines de kilomètres une pierre de 30 tonnes, et chaque jour est un enfer pire que le précédent.

C’est l’histoire de la famille royale, dont les déplacements sont suivis par une nuée de mendiants à qui l’on lance une pluie de monnaies frappées grâce à l’or du Brésil. Le voyage jusqu’à la frontière de l’Espagne pour sceller des alliances matrimoniales, retardé par des journées et des nuits de pluie, de boue et d’enlisement, est mémorable.

C’est l’histoire du Saint-Office, qui convoque des Actes de Foi, réjouissances populaires au cours desquelles des mal-pensants et des malfaisants sont exhibés aux quolibets de la foule avant d’être fouettés ou brûlés.

C’est l’histoire de Bartolomeo Lourenço de Gusmaõ, prêtre que sa réflexion sur le monothéisme mène aux confins du judaïsme et que la terreur du Saint Office va rendre fou. Il conçoit et réalise une machine volante plus lourde que l’air, mue par des volontés humaines soustraites à leurs propriétaires au moment de leur dernier souffle et conservées dans des sphères d’acier aimantées.

C’est l’histoire de Domenico Scarlatti, compositeur et claveciniste italien à la Cour du Portugal. Les Portugais l’appellent Escarlata. Sa musique rendra la vie à Blimunda, la voyante qui procure à Bartolomeu les volontés qui s’échappent de moribonds malades de la peste et qui lui sont nécessaires pour faire voler l’engin.

C’est l’histoire de Baltasar Matteus Sietesoles, agriculteur envoyé à la guerre et amputé d’une main à la bataille de Jerez de los Cabelleros, avant que les Princes de Portugal et d’Espagne se réconcilient. Né à Mafra, il travaille sur le chantier comme manœuvre, puis comme muletier. Ses camarades s’appellent Francisco Marques, José Pequeno, Joaquim da Rocha, Manuel Milho, João Anes,  Julián Maltiempo. Ils se racontent leurs destins de misère et de familles séparées.

C’est l’histoire de l’amour tendre de Blimunda et de Baltasar, Sietelunes et Sietesoles, amour né de l’Acte de Foi sur la place du Rossio à Lisbonne au cours duquel la mère de Blimunda est flagellée et envoyée en exil en Angola. Blimunda et Baltasar construisent et pilotent la machine volante. Baltasar se volatilise dans le ciel et Blimunda, pendant 9 ans, parcourt le Portugal en tous sens à sa recherche.

Photo Wikipedia : Monastère de Mafra.

Justice pour les victimes du Bloody Sunday

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Encore une fois, le caricaturiste Steve Bell a su mettre en scène un moment historique : justice vient d’être rendue aux victimes du « Bloody Sunday », le massacre par l’armée britannique de participants à une marche pacifique à Derry, en Irlande du Nord, le 30 janvier 1972.

Le 15 juin, le Premier Ministre britannique David Cameron a révélé le rapport de Lord Saville sur le Bloody Sunday. Commandée il y a 12 ans par Tony Blair, l’enquête a été critiquée tant par sa durée que par son coût, 195 millions de livres. Mais sans doute fallait-il qu’il en fut ainsi pour que Cameron puisse dire, sans être contredit : « je ne veux jamais croire quoi que ce soit de mal à propos de notre pays. Mais les conclusions sont absolument claires. Il n’y a pas de doute. Il n’y a rien d’équivoque. Il n’y a pas d’ambigüités. Ce qui c’est passé le jour du Bloody Sunday fut à la fois injustifié et injustifiable. Ce fut erroné. »

Les parachutistes tirèrent sur des hommes sans armes, parfois dans le dos alors qu’ils fuyaient ou secouraient les blessés. Ils mentirent aux enquêteurs.

A Derry, le discours du Premier Ministre fut reçu sans triomphalisme mais avec le sentiment que justice avait, enfin, été rendue.

Illustration : caricature de Steve Bell parue le 16 juin dans « The Guardian ».